jeudi 31 janvier 2008

Jedi's links [2]

Comme promis, le petit florilège hebdomadaire...

Blogs
La discrimination comme nouveau paradigme par Denis Colombi (Une heure de peine)
Le mécano de la Générale par Gizmo (Le Blog de Gizmo)
Le monde (financier) est-il fou ? par Arnaud Parienty
BCE: Ne tirez pas sur le pianiste! par Jean Quatremer (Coulisses de Bruxelles) et la tonne de commentaires passionnés et passionnant (parfois).
Education et économie par Philippe Meirieu (Bloc-notes de Ph. Meirieu)

Réflexions
La réponse européenne à la crise financière est-elle appropriée ? par Florence Autret (La vie des idées)
Contre-expertise du rapport Attali (La Forge)

Radio
La fabrique de l'impuissance (La suite dans les idées - France Culture)

Presse écrite
Le prix Nobel d'économie Phelps juge inappropriée la baisse des taux américains (Les Echos/AFP)

mercredi 30 janvier 2008

Etudiant, engage toi, tu regarderas moins TF1 !

L'Observatoire de la vie étudiante vient de publier dans le dernier numéro de OVE Infos les résultats d'une enquête qui devrait, au moins sur certains points, faire plaisir aux dirigeants associatifs étudiants. L'engagement associatif ne semble pas faire concurrence aux études, contrairement aux activités salariés. Les étudiants engagés sont également plus prompts que les autres à pratiquer des activités culturelles diversifiées. En fait le temps consacré à l'activité associative provoque une diminution du temps passé devant la télé. Quand on sait l'importance du recrutement de nouveaux adhérents dans les associations étudiantes, on ne peut que se réjouir d'avoir tout un arsenal d'arguments à sa disposition pour convaincre les étudiants encore réticents à l'engagement.

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vendredi 25 janvier 2008

La sociologie dans le bureau de M. le Maire

Pierre Bourdieu, dans Question de sociologie disait de la sociologie qu'elle a d'autant plus de chances de décevoir ou de contrarier les pouvoirs qu'elle remplit au mieux sa fonction proprement scientifique. Cette fonction n'est pas de servir à quelque chose, c'est-à-dire à quelqu'un.
Demander à la sociologie de servir à quelque chose, c'est toujours une manière de lui demander de servir le pouvoir. Alors que sa fonction scientifique est de comprendre le monde social, à commencer par les pouvoirs. Opération qui n'est pas neutre socialement et qui remplit sans aucun doute une fonction sociale. Entre autres raisons parce qu'il n'est pas de pouvoir qui ne doive une part — et non la moindre — de son efficacité à la méconnaissance des mécanismes qui le fondent.

La sociologie politique et la sociologie des organisations, au sens de lieux d'exercice du pouvoir, sont à mes yeux deux des domaines les plus intéressants de la discipline sociologique. A l'heure où l'on reparle de supprimer l'échelon départemental du "mille-feuilles administratif" français, l'émergence depuis dix à quinze ans de la coopération intercommunale a créé, sans faire de bruit, un nouvel échelon dans la prise de décision politique. Les communautés de communes, d'agglomération, urbaines, redessinent le paysage administratif et politique français, induisant des modifications importantes dans la distibution des rôles joués par les acteurs de la démocratie locale.

Longtemps réservés aux politistes, ces lieux d'étude du champ politique que sont les Etablissements publics de coopération intercommunale (EPCI) sont peu à peu défrichés par Rémy Le Saout, sociologue nantais. En 1998, il signait un numéro de Problèmes politiques et sociaux intitulé Les enjeux de l'intercommunalité. Il a également dirigé avec François Madoré, géographe, un ouvrage collectif : Les effets de l'intercommunalité, sorti en 2004 aux Presses universitaires de Rennes. Plus récemment il signe un papier dans le cadre de la quatorzième journée d’étude du GDR Cadres, consacrée à l'encadrement dans les organisations publiques. Il revient sur les effets de l'intercommunalité sur les liens qu'entretiennent les maires avec leurs directeurs des services. Trés intéressant pour qui s'intéresse à la sociologie des organisations, à la sociologie politique ou pour ceux qui travaillent au quotidien dans les collectivités territoriales. Décidément, il n'est pas un endroit de la réalité sociale où la sociologie n'ait pas sa place !


Sources : Pierre Bourdieu, Questions de sociologie, Minuit, 1980.
Rémy Le Saout, Recomposition institutionnelle et encadrants publics : l'intercommunalité comme révélateur des liens entre le directeur des services municipaux et le maire, 14e journée GDR Cadres, CNRS.

jeudi 24 janvier 2008

Jedi's links [1]

Sur le net on pouvait déjà lire les liens du lundi, les choses utiles du mardi, les choses en listes, voir la photo du week-end ou encore l'heure de lecture. De plus en plus de "blogueurs" se mettent à poster plus ou moins régulièrement des listes de choses. Un peu comme les séries américaines qui envahissent vos écrans de télés, à force de les voir toutes les semaines on finit par s'accrocher à ces petits rendez-vous. Le lundi et le mardi étant déjà pris par Versac et François et le week-end par Manuel, je revendique les liens du jeudi, pour nos amis anglophones Jedi's links (bon d'accord, elle est nulle, mais tant pis). Il n'y a pas de raison que je reste à côté de cette mode. En cette période de crise boursière, le comportement moutonnier a le vent en poupe !
  • La revue des profs de SES, Idées, change de maquette. Comme à chaque numéro le CNDP propose en téléhargement un article, ce trimestre il est consacré au jeu vidéo Les Sims, article que l'on doit à Fanny Lignon de l'Université de Lyon I - Claude Bernard.

mardi 22 janvier 2008

Le cumul des inégalités

Les inégalités monétaires sont les plus visibles et en conséquences les plus dénoncées. Les inégalités de revenus d'un côté (j'en ai parlé récemment dans une note sur les basketteurs américains) et celles de patrimoine de l'autre, encore plus importantes. Car non seulement le patrimoine est alimenté par la part des revenus qui est épargnée (part qui augmente avec le revenu, cf la loi psychologique fondamentale de Keynes), mais ce patrimoine génère lui-même des revenus. Si le revenu est un flux, le patrimoine est un stock, qui s'accumule au fil du temps. Plus le patrimoine est important, et plus il génère des revenus. L’écart se creuse donc entre ceux qui ont du patrimoine et ceux qui n’en ont pas, et les inégalités se cumulent.

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jeudi 17 janvier 2008

Qui sont les idéologues ?

Depuis quelques jours on peut lire, écouter, voir dans les media une critique de la discipline Sciences économiques et sociales dans l'enseignement secondaire français : elle véhiculerait une idéologie néfaste pour notre jeunesse, par le biais d'enseignants peu scrupuleux et des manuels scolaires à l'objectivité relative. Mais de quel côté se situe réellement l'idéologie ?

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mercredi 16 janvier 2008

Idéologie du don


Le Futur En Dépend
Originally uploaded by Sfar.
Parce que tout professeur, quelque soit sa discipline, devrait avoir des notions de sociologie de l'éducation (heureusement que les IUFM sont là pour la jeune génération d'enseignants et la formation continue progresse dans ce sens pour les plus expérimentés), je renvoie plutôt deux fois qu'une à la lecture de la préface du dernier livre de Marie Duru-Bellat et Martine Fournier, L'intelligence de l'enfant, l'empreinte du social, disponible sur le site inegalites.fr.

C’est la vocation naturelle des sciences humaines et sociales que de démontrer comment sont fabriqués les faits sociaux que nous percevons volontiers comme naturels. Mais dans certains cas, comme en ce qui concerne l’intelligence, il s’agit d’une tâche à reprendre sans cesse, tant sont lourds les enjeux sociaux de sa naturalisation.

En effet, combien de fois entend-on "il n'est pas doué pour les maths", "les filles sont faites pour étudier les lettres", etc. Comme une évidence, un trait naturel, tel élève se rélève "naturellement doué" et tel autre se considère "définitivement nul". Ses parents, ses camarades, ses professeurs vont le conforter dans cette perception des choses tant il est difficile de se défaire de cette idéologie du "don". Intériorisé, l'échec personnel sera alors vécu de manière individuelle par l'élève en difficulté. S'il ne réussit pas, c'est qu'il n'est pas "méritant".

Se défaire des jugements automatiques, c'est à cela que doivent servir les sciences sociales.

mardi 15 janvier 2008

63 800 000

L'INSEE vient de publier les résultats des enquêtes de recensement 2004-2007. Les prévisions laissent penser que l'année 2008 vera la France franchir la barre des 64 millions d'habitants.

Les grandes tendances et ordres de grandeurs à retenir si vous voulez briller en société ou améliorer votre culture gé :

  • La population a augmenté de 361 000 personnes en 2007, chiffre que l'on peut décomposer comme il suit : 816 500 naissances moins 526 500 décès nous donne un solde naturel de 290 000, auquel il faut ajouter le solde migratoire (immigration - émigration) évalué à 71 000 (en forte baisse par rapport aux années précédentes).
  • Le nombre de naissances reste donc très élevé (Indice conjoncturel de fécondité : 1,98 enfant/femme) et pour la première fois la proportion de naissances hors mariage dépasse les 50%. L'âge moyen des femmes au premier enfant continue d'augmenter pour friser les 30 ans (29 ans et 8 mois).
  • Ces naissances n'empêchent pas le vieillisement de la population : en effet on assiste à un très bel effet de structure puisque les moins de 20 ans augmentent en nombre, mais leur part dans la population totale continue de diminuer. Ils passent pour la première fois sous la barre des 25%. Cela prouve notemment qu'à court et moyen terme, seule une politique migratoire ouverte peut permettre d'enrayer le vieillissement de la population, mais le solde migratoire est en forte baisse cette année (- 22% par rapport à 2006).
  • L'espérance de vie garde le même rythme de progression : nous gagnons 3 mois par an, soit 1 an tous les 4 ans, ou encore 2,5 ans tous les 10 ans.
Source :
Bilan démographique 2007 : des naissances toujours très nombreuses, Insee première n°1170, janvier 2008
Photo : le blog de Joël Ronez

lundi 14 janvier 2008

L'Alliance des Civilisations

Alors qu'on parle beaucoup de "civilisation" ces derniers temps, et que l'on ne sait pas toujours s'il faut comprendre le terme au sens d'Edgar Morin, ou bien au sens de Samuel Huntington, je lis un article du Financial Times assez intéressant à propos du projet d'Alliance des Civilisations, rédigé par le Premier Ministre Malaisien et intitulé "Muslim nations can pursue knowledge". J'ai entrepris de le traduire rapidement pour en faire bénéficier ceux qui ne s'aventurent pas dans la presse anglophone.

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jeudi 10 janvier 2008

100

Et voila la 100e note. Je profite de ce non évenement (pourquoi la 100e note représenterait quelque chose et la 101e rien ?) pour à la fois vous souhaiter une très bonne année 2008 et lancer un petit coup d'oeil dans le retroviseur : le blog Comprendre a 9 mois (jour pour jour, c'est la fin de la gestation), plus de 10000 visiteurs uniques y sont passés pour lire plus de 25000 pages et laisser près de 200 commentaires, et vous n'avez jamais été aussi nombreux à vous abonner au flux RSS (Rester Scotchés au Site) qui compte désormais environ 230 "abonnés". Merci donc de votre fidélité.

Et une fois n'est pas coutume, je voudrais ici adresser des remerciements spéciaux à ceux qui ont permis de faire connaître ce site. On le fait rarement et pourtant la réciprocité c'est bien le principe du Web ; donc sans eux, point de salut puisqu'ils sont à l'orgine de 40% de vos visites :
- le site Rezo.net qui régulièrement indexe mes billets en bonne position
- Denis Colombi et son heure de peine, de la précision sociologique comme on en fait plus.
- Marjorie Galy et sa Toile SES, LE site de référence des profs de SES.
- Emmeline, Jean-Edouard et toute l'équipe du blog RCE, spécialistes de la chasse au canard.
- Gizmo, le gentil Mogwaï qui fait plutôt office de Maître Yoda pour moi. Je redoute le jour de la transformation en gremlins...
- et last but not least, Manuel Canevet, pour ceux qui en veulent toujours plus !

Grand merci à vous et bonne continuation !

[ironie]
A ceux que je ne peux citer (que voulez vous, c'est la méritocratie : il faut bien fixer où commence le mérite et où il s'arrete) considérez votre non présence dans la liste comme l'aiguillon de la concurrence qui devrait provoquer une saine émulation, et donc vous faire progresser dans la liste des gens qui m'envoient des visiteurs. Ne rigolez pas, c'est quasiment du Ludwig von Mises dans le texte.
[/ironie]

A bientôt.

Photo : My Eye sur Flickr

mercredi 9 janvier 2008

Les basketteurs américains victimes de l'effet Tocqueville

...Ou quand les coupables parviennent à se faire passer pour des victimes.

Un article étonnant est paru le 8 janvier dans le quotidien Le Monde, à propos des basketteurs américains. La psychose gagne du terrain dans l'esprit des sportifs à mesure que les agressions dont ils sont victimes deviennent de plus en plus fréquentes. Comment peut-on expliquer et tenter de comprendre ce qui amène des citoyens américains à s'en prendre à leurs idoles ?

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Devenir Media

C'est la traduction d'une partie de la célèbre formule "Don't hate the media. Become a media" dont je ne savais pas à qui attribuer la paternité avant de lire cet article sur Media Part. Inculte que je suis. C'est aussi le titre du dernier ouvrage de Olivier Blondeau et Laurence Allard. Universitaires, tous deux docteurs en science de l'information et de la communication, ils ont déjà à leurs actifs plusieurs articles remarqués. Pour ma part j'ai rencontré les travaux de Laurence Allard au début des années 2000 lors d'une enquête ethnologique que j'ai réalisé sur les cybercinéphiles, ces gens qui passent leur vie à commenter des oeuvres sur Internet.

S'il vous reste quelques sous après les cadeaux de Noël, et que vous avez envie de me faire plaisir (on peut toujours rêver, non ?), achetez moi Devenir Media.

Pourquoi je parle de ce livre ? Parce que le journaliste de MediaPart nous dit qu'il "donne au Réseau ce qui lui fait souvent défaut, la mémoire". Et ça, ça m'intéresse, ça me donne envie de le lire. Et connaissant déjà les travaux de Laurence Allard, ça me donne envie d'en parler. Très vite j'en parlerai plus (je ne vais pas attendre une ame généreuse pour me le procurer...), mais déjà vous pouvez en trouver le sommaire ici. Et je pense qu'il est susceptible d'intéresser quelques éventuels lecteurs de ce blog comme Manu, Valério ou Nicolas, qui ont fait de l'internet leur lieu de travail. Qui a dit que le progrès technique détruisait des emplois ? De la destruction créatrice, comme disait Joseph, de la destruction créatrice...

[Ajout du 15 janvier 2008 : une note de lecture est disponible sur www.liens-socio.org]

lundi 7 janvier 2008

Sarkozy, les femmes et les personnes agées

Une petite réflexion concernant les résultats des sondages portant sur la cote de popularité de l'exécutif français, publiés ce matin.

La Tribune de Genève, bien informée, affirme que "la cote de Sarkozy s'effrite chez les femmes et les personnes âgées". Pourtant c'est précisément dans ces catégories que le vote Sarkozy avait été fortement majoritaire le 6 mai 2007, j'en parlais dans une note daté du 7 mai. Si la variable sexe n'était pas la plus clivante (52% de femmes, 54% des hommes avaient voté N. Sarkozy) la variable âge quant à elle revêtait un caractère tout à fait opératoire avec une population qui, passée la soixantaine, flirtait avec les 70% de vote Sarkozy.

Quand on sait que le vote systématique grandit avec l'âge (avant de décroitre après 80 ans, comme nous l'apprend l'INSEE dans sa dernière publication) et que la population va connaître un vieillissement sans précédent dans les décennies qui viennent(1/4 de la population aura plus de 60 ans en 2015, 1/3 en 2050), les gens de droite peuvent être rassurés. Quant aux autres, il risque de trouver le temps long...

Mais à court terme, le chef de l'Etat semble commettre une erreur stratégique, puisque ceux qui ont, en partie, fait son succès électoral, commence à lui tourner le dos. Et la Tribune de Genève de rajouter "l'«effet» Carla pèse sans doute sur une partie de l'électorat, qui n'imagine pas Carla Bruni jouer le rôle rassurant d'une Anne-Aymone Giscard d'Estaing ou d'une Bernadette Chirac."
No comment

A noter, pour remonter le niveau de ce billet, la publication dans le dernier numéro du Courrier des statistiques (INSEE) de deux notes de lectures très intéressantes :
- Les sondages : c'est pas sorcier - À propos de l'ouvrage « Les techniques de sondage », de Pascal Ardilly
- À propos de l'ouvrage collectif « Méthodes d'enquêtes et sondages - Pratiques européenne et nord-américaine »


Crédit photo : Fr@nçois sur Flickr