18000 demandeurs d'emploi de moins en décembre 2009 !
Voilà le titre que l'on retient des récentes annonces du Ministère de l'emploi. Le Président l'avait assuré sur TF1, trois jours plus tard on avait la confirmation : le chômage recule en France. En fait, c'est un petit peu plus compliqué que cela.
Histoire de catégories
En fait ce chiffre de 18000 correspond à une seule catégorie de chômeurs, la catégorie A. Elle regroupe les chômeurs cherchant activement un emploi et n'ayant exercé aucune activité dans le mois précédant. Si on y ajoute les catégories B et C, on se rend compte qu'en fait, le nombre de chômeurs augmentent (de 8600 demandeurs d'emploi) entre novembre et décembre. Les B et C sont les catégories qui regroupent les individus à la recherche d'un emploi, mais qui ont exercé une activité courte dans le mois qui a précédé. En clair, vous acceptez une mission d'une journée, vous changez de catégorie (de la A vers la B). Ou si vous avez une activité à mi-temps qui ne correspond pas à votre qualification, et cherchez un autre job en même temps, vous êtes dans la catégorie C. Alors chômage ou pas ? On vous compte dans le chiffre "officiel" qui fera la une des journaux ? La limite entre les deux est vite franchie, avec pour conséquence la visibilité ou l'invisibilité sociale de plusieurs milliers d'individus.

Mais d'autres chiffres sont plus intéressants que ceux qui nous sont toujours présentés en unes de la presse et en ouverture des JT.

Sur ce graphique on voit très nettement que la durée de chômage a tendance à s'allonger en France. Plus précisément, la nombre de chômeurs de longue durée ne cesse d'augmenter depuis juin 2008. En faisant écho au dernier ouvrage d'Eric Maurin, on voit bien que les victimes de la crise ne sont pas seulement celles que l'on voit à la télévision : les salariés qui se retrouvent au chômage. Il y a également tout ceux qui y étaient déjà, et qui voient le retour à l'emploi s'éloigner encore plus. Or on sait qu'il n'y pas plus vraie que la lapalissade "plus on s'éloigne du marché du travail, moins on s'en rapproche". En clair, le chômage ne s'apparente pas à un phénomène de file d'attente (premier arrivé, premier servi), les politiques publiques favorisent surtout le retour à l'emploi des salariés les plus proches du marché du travail. Et on en a la confirmation avec le graphique suivant : en période de crise, et de forte augmentation du chômage (+18% en 1 an pour les cat. A, B et C), la durée moyenne du chômage diminue.

Ceux qui ont perdu un emploi stable sont aussi les premiers à en retrouver un (tant mieux pour eux), mais ceux qui étaient au chômage depuis longtemps risquent d'y rester encore plus, et de perdre leurs droits.
On oublie souvent que le Pôle Emploi n'est pas uniquement le lieu où l'on recense l'offre de travail des salariés, il est également un lieu censé collecter la demande de travail (= les offres d'emploi). Or si la situation avait tendance à s'améliorer de ce point de vue là depuis le point bas atteint au début de l'année 2009, on assiste à un inversement de la tendance qui pourrait être dramatique s'il se confirmait.

Source des graphiques :
DARES, Demandeurs d’emploi inscrits et offres collectées par Pôle emploi en décembre 2009, Premières Synthèses, Janvier 2010.
Lire la suite...
Introduction uniquement...
Le nouveau programme de Seconde de Sciences Economiques et Sociales fait parler de lui (à voir là et là). Aujourd'hui on peut lire dans Les Echos une tribune co-signée par les deux économistes qui siégeaient au sein du Groupe d'Experts chargé de constituer le nouveau programme. Ils défendent pied-à-pied le fait que celui-ci constitue une "véritable avancée dans la diffusion de la culture économique en France", et titrent leur tribune De l'économie pour tous les lycéens. C'est bizarre, mais j'ai l'impression qu'il manque un mot.

...ET SOCIALES
Comme bien souvent, c'est le "ET SOCIALES" de Sciences Économiques et Sociales qui se retrouve menacé par la réforme. Je passe ici sur la réduction drastique de l'horaire de SES en classe de Seconde, sur le contenu précis du programme, mais j'alerte sur la répartition Économie/Sociologie. Plus que jamais, les sciences sociales autre que l'économie sont les parents pauvres, la sociologie n'étant mobilisée que par 2 des 10 questions obligatoires dans le nouveau programme. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle le sociologue qui siégeait au sein du Groupe d'Experts, François Dubet, a décidé de démissionner de celui-ci. Il a rendu publique cette démission dans une lettre disponible sur le site de l'Association Française de Sociologie.
Extrait :
J'ai le sentiment que la perspective sociologique en ressort très appauvrie. Je ne peux évidemment pas cautionner ce rétrécissement, non par corporatisme disciplinaire, mais parce que je suis convaincu de ce que les sciences sociales participent à la formation d'un citoyen éclairé tout en préparant à des études supérieures et à des activités professionnelles.
[EDIT 13h36] Sur le même sujet, on peut lire chez Denis Colombi
François Dubet, pour la sociologie dans le secondaire, du côté de l'Idies
SES, vers un changement radical
Lire la suite...
Introduction uniquement...
Petit billet pour signaler celui de Sylvain Maresca, sociologue, enseignant-chercheur à l'Université de Nantes, à propos de la non utilisation des cadres photos numériques. Une illustration de l'écart culturel entre génération. On est toujours frappé lorsqu'un sociologue rapporte des propos d'enquêtés qui trouvent un écho parfait dans votre propre expérience. Là, c'est le cas.
>>> L'écran vide, lu sur La vie sociale des images, par Sylvain Maresca.
Lire la suite...
Introduction uniquement...
Le classique Bilan démographique de l'INSEE nous apprend que :
- nous n'avons jamais été aussi près des 65 millions de Français,
- que deux unions hétérosexuelles sur 5 sont des PACS,
- et que les femmes (et les hommes accessoirement) repoussent encore et toujours le calendrier des naissances, puisqu'en moyenne et en métropole, elles attendent leur 30e anniversaire pour accoucher de leur premier enfant.
Une tendance se confirme : l'augmentation du nombre des 0-20 n'est pas aussi rapide que celle des plus de 60 ans.
Enfin l'Union Européenne dépasse les 500 millions d'habitants, soit près de 200 millions de plus que les Etats-Unis par exemple, mais cela ne représente qu'1/8e de l'Asie (avec ses 4 milliards d'habitants).
Tout est là ! Y a qu'à cliquer.
Lire la suite...
Introduction uniquement...
La France a peur. C'est Eric Maurin qui le dit, dans son dernier ouvrage paru dans la collection de La République des Idées, La peur du déclassement, une sociologie des récessions. Les français ont peur d'être déclassés, de perdre leur statut, leur position dans la société. Les familles ont peur que leurs enfants ne réussissent pas à atteindre le même niveau de vie que le leur, les jeunes sont conscients qu'ils vivront peut-être moins bien que leurs parents.
Pour Eric Maurin ce risque reste faible, réel mais faible, et surtout disproportionné avec la peur qu'il suscite. Cette disproportion n'aurait pour origine que la protection des statuts les plus enviés dans notre société salariale : en protégeant toujours les positions les plus enviables, on a augmenté terriblement le coût de l'éventuelle chute. "Plus les murailles qui protègent les statuts sont hautes, et plus la chute risque d'être mortelle - peu importe qu'elle soit improbable" nous dit l'économiste (un peu sociologue...)
E. Maurin nous apprend qu'en 2008, les jeunes sortis du système scolaire depuis moins de 5 ans sans aucune qualification avaient une chance sur deux d'être dans l'emploi (53%), quand ceux diplômés du supérieur ont plus de 9 chances sur 10 (93%). L'écart n'a jamais été aussi grand, le diplôme est plus que jamais protecteur, n'en déplaise à ceux qui pointent du doigt leur manque de valeur. Certains ont bien compris que cet écart était une source d'angoisse pour les familles, et que cette peur pouvait rapporter beaucoup. Ainsi on apprend cette semaine qu'Acadomia lance sa toute nouvelle formule, Bachelier ou remboursé. Pour 245€/mois, soyez assuré d'avoir le précieux sésame vers l'enseignement supérieur. Cynique non ?
Ps : J'aurai le plaisir de poser des questions à Eric Maurin dans le cadre d'une conférence à Rennes, aux Champs Libres, ce samedi 7 novembre à partir de 15h30. Entrée gratuite dans la limite des places disponibles, réservation : 02 23 40 66 00
Lire la suite...
Introduction uniquement...