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mercredi 30 janvier 2013

Pour des partis politiques un peu plus européens !

Attention, c'est du Habermas, probablement le paragraphe le plus pointu du bouquin (qui reste quand même accessible). Mais ça vaut le détour, je rejoins pleinement ses analyses. Spéciale dédicace à mes amis politiques :

"Dans la mesure où la politique fait dépendre toute son action de son synchronisme avec une humeur ambiante que, d'élection en élection, elle escorte, convoiteuse et servile, le processus démocratique perd tout son sens. Une élection démocratique n'est pas là pour simplement permettre la projection de l'éventail spontané des opinions ; elle doit restituer ce qui résulte du processus public au cours duquel l'opinion s'est formée. Les voix données dans l'isoloir ne restituent le poids institutionnel de la codétermination démocratique que si elles sont corrélées aux opinions articulées publiquement et formées dans un échange communicationnel de prises de position, d'informations et de raisons en pertinence avec les questions du débat."
Jurgen Habermas, La constitution de l'Europe, Gallimard, 2012.

En clair, la démocratie d'opinion c'est pas bien, c'est trop facile. Suivre des résultats de sondages pour déterminer la politique à mener ne grandit pas le personnel politique. S'il se laisse abaisser à cela, c'est bien le signe qu'il est trop attaché à sa réélection qu'à la vraie poursuite de l'intérêt général, et la prise de risque qui va avec. À ce titre, le rôle des organisations politiques est bien de participer à la formation de l'opinion ( ce qui implique d'apporter tous les éléments nécessaires à la compréhension du débat) et non de la suivre bêtement. Dans la dernière phrase de l'extrait cité, il explique que la légitimité du politique aujourd'hui ne peut plus tenir à l'accumulation des bulletins dans l'urne. les formations politiques ne doivent pas se concentrer sur la compétition politique, car cela ne provoque que le désintérêt et l'indifférence. Elles doivent s'attacher à ce que les idées qu'elles portent provoquent un véritable débat argumenté dans la population.

Comme le suggère le titre de son ouvrage, Habermas s'exprime ici sur le sujet de la construction européenne, et attaque les partis politique (allemand, mais le parallèle avec la France est tout a fait faisable) qu'il juge inactifs lorsqu'il s'agit de faire comprendre les enjeux communautaires. Il les accuse de ne pas parvenir à se défaire de l'idée que la politique doit s'inscrire presque exclusivement dans le cadre de l'Etat-Nation. Et également de colporter l'idée que le "machin bruxellois" est la cause de nos malheurs, sans préciser que ce sont souvent les chefs d'Etats ou les Ministres des 27 Etats membres (i.e. nos représentants démocratiquement élus) qui sont force d'impulsion. Ces deux éléments expliquent évidemment l'hiver démocratique (cf. Guy Hermet) que traverse l'Union européenne.

Il faudrait en effet bannir la "pragmatique du pouvoir" et renouer avec le courage politique, pour proposer un nouvel horizon institutionnel pour l'Europe car le statu quo n'est pas une solution viable : le Conseil est trop influent alors qu'il n'est pas l'institution qui représente les peuples, la Commission n'est pas élue démocratiquement ce qui la déconnecte des européens, et quant au Parlement - qui devrait logiquement être l'institution européenne préférée des citoyens - ses positions et pouvoirs sont trop souvent mal compris, expliquant l'abstention pathologique qui touche les élections européennes.

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lundi 29 novembre 2010

Quand la Suisse et les USA sont aux antipodes.

Les géographes pensaient que le point antipodal de Washington tombait dans l'océan Indien. Que nenni, il se situe quelque part entre les Alpes et l'Autriche.

Hier, la moitié des Suisses en âge de voter se sont déplacés dans le cadre de référendums d'initiative populaire. Dans les media français on parle beaucoup du "Oui au renvoi des criminels étrangers" mais peu du "Non à plus de justice fiscale". Pourtant, 58.5% des bulletins ont exprimé une opposition à l'idée d'une légère augmentation de l'impôt des très riches et d'une limitation de la concurrence fiscale entre cantons.

Pendant ce temps, outre atlantique, des grosses fortunes font savoir qu'elles aimeraient bien payer plus d'impôt ! En effet les initiatives allant dans ce sens se multiplient comme le rapporte l'AFP dans une dépêche parue ce matin. Le projet "Responsible Wealth" de l'association United for a Fair Economy par exemple, réunit plusieurs centaines de millionnaires qui militent pour des hausses d'impôt ! Au pays de Laffer, c'est assez intéressant pour être noté.

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mardi 26 octobre 2010

Retraites : la réforme allemande plus dure que la française ?

A en croire le correspondant à Berlin du Monde, les français feraient bien des manières.

Si l'ampleur des manifestations françaises impressionne les Allemands, l'âge de la retraite et la pénibilité du travail y occupent bien des discussions même si, comparé aux 67 ans, le recul à 62 ans de l'âge de la retraite, en France, fait figure de miniréforme.

Frédéric Lemaître, "En Allemagne, un tel mouvement est inimaginable", Le Monde, 24 octobre 2010


La comparaison internationale est délicate tant les modèles de protection sociale et les critères divergent d'un pays à l'autre. Comparer les 67 ans de l'Allemagne et les 62 ans de la France revient à confondre âge de départ à la retraite à taux plein et l'âge légal de départ. Ce dernier n'a pas de sens dans le système Allemand. Ainsi, s'il est vrai que l'âge de départ en retraite à taux plein sera à terme de 67 ans en Allemagne, il sera identique en France, à ceci près que la mesure allemande est beaucoup plus progressive qu'en France.

Aujourd'hui, l'âge de départ à taux plein est fixé à 65 ans, de part et d'autre du Rhin. En l'état actuel de la réforme en France, c'est en 2018 qu'entrera en application le recul de l'âge de départ à taux plein à 67 ans. La même année, en Allemagne, le départ à taux plein pourra intervenir à 65 ans et 7 mois. Ce n'est qu'en 2029 que les Allemands devront attendre 67 ans pour toucher une retraite pleine.

Alors, miniréforme ? Du point de vue du financement, sans aucun doute, mais du point de vue des bornes d'âge, certainement pas.

Pour en savoir plus :
Mechthild VEIL, "Allemagne. Retraite à 67 ans : baisse des pensions ou nouvelle culture de travail dans la vieillesse ?", Chronique internationale de l'IRES, n° 105, mars 2007



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lundi 17 mars 2008

Quelle politique européenne de l'immigration ?

LeMonde.fr relaie ce soir la sortie d'une étude européenne soulignant la sévérité de la France en matière de politique d'immigration. Il faut savoir que plus de 30000 étrangers non européens vivent dans 224 centres fermés sur tout le continent. Alors que la France s'apprête à prendre la Présidence de l'Union Européenne pour 6 mois, et que N. Sarkozy a annoncé que la question de l'immigration serait abordée lors de cette présidence, il serait bon d'ouvrir un débat constructif, qui évite le travers qui consiste à alimenter le torrent des contre-vérités.

Trop souvent l'objet de l'instrumentalisation politicienne, l'immigration est pourtant, avec le vieillissement de la population, un défi démographique pour la France et l'Europe. Le babyboom s'est déjà transformé en papyboom, et dans 25-30 ans le solde migratoire ne suffira plus à compenser l'excèdent des décès sur les naissances. En clair, l'Europe va faire face à un déclin démographique sans précédent, et les politiques migratoires envisagées à l'heure actuelle risquent d'accentuer ce déclin.

Vous l'aurez compris, la question de l'immigration ne peut se passer des éclairages de la démographie. La lecture de quelques ouvrages de démographes ne seront pas de trop pour permettre aux dirigeants politiques européens de comprendre les enjeux de demain. Citons l'ouvrage de François Héran, Le temps des immigrés, dont on peut lire l'introduction ici. Ou encore les ouvrages d'Hervé Le Bras, et plus particulièrement la première partie des 4 mystères de la population française.

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lundi 10 décembre 2007

Kesako la balance commerciale ?

J'ai entendu ces jours-ci sur les ondes d'une radio d'information en continu une journaliste déplorer le déficit commercial de la France qui se creuse. Ce matin dans une tribune qui a fait grand bruit, la secrétaire d'Etat aux Droits de l'homme Rama Yade, a déclaré, entre autre, que "la France n'est pas qu'une balance commerciale". Mais qu'est ce donc que cette fameuse balance commerciale ? Et le fait qu'elle soit déficitaire est-il en soi si préoccupant ?

Un outil statistique
Comme tout outil statistique, la balance commerciale est une construction. Elle a donc ses qualités et ses défauts. Plus précisément la balance commerciale mesure les échanges de biens - et uniquement les échanges de biens - entre la France et le reste du monde. En clair, on additionne toutes les exportations de biens, et on retranche toutes les importations de biens, ça donne le solde de la balance. Dans sa définition française (et contrairement à d'autres pays), elle ne mesure pas les échanges de services, permière précision. Deuxième précision, "entre la France et le reste du monde", cela signifie entre les agents économiques qui ont un centre d'intérêt en France et ceux dont les centres d'intérêts sont extra-territoriaux. C'est donc le critère de la résidence des agents économiques qui est pris en considération, et non le critère de nationalité. Concrètement, si une entreprise française basée à l'étranger produit des biens qu'elle écoule en France, ils seront comptabilisés parmi les importations. Et inversement, une entreprise étrangère basée en région parisienne qui envoit ses biens aux quatre coins de la planète alimente les exportations prises en compte dans la balance commerciale française.

Le déficit est-il forcément mauvais ?
Contrairement à ce que l'on peut penser, le déficit commercial n'est pas fatalement une mauvaise chose. Le sens commun ("le bon sens") nous amène à penser que d'un échange il vaut mieux sortir excédentaire que déficitaire. Pourtant si l'on y réfléchit un peu, l'explication est bien moins évidente.

En effet, un déficit signifie que l'on importe plus que l'on exporte. Le fait d'importer beaucoup de biens peut être le signe d'une demande intérieure dynamique, qui peut également être renforcée par une croissance mondiale faible, qui limite ainsi les exportations. Rappelons que les exportations répondent à la demande du reste du monde. Un déficit peut donc s'avérer être le signe une vitalité économique importante à l'intérieur des frontières du pays déficitaire. A l'inverse, un excédent (lorsque les exportations sont plus importantes que les importations) peut être provoqué par une récession qui comprimerait la demande intérieure.

L'économiste Jacques Généreux exprime un point de vue intéressant, puisque selon lui s'il on considère que "la richesse progresse là où la population dispose d'une plus grande quantité de biens et de services vraiment utiles (alors) l'excédent commercial a plutôt les apparences d'un appauvrissement puisqu'il implique une sortie nette de biens vers l'étranger". La Chine a beau avoir un excédent commercial record, les chinois en bénéficient-ils pour autant ? Inversement, les Etats-Unis enregistrent des déficits abyssaux, les américains sont-ils moins biens lotis que les chinois ?

Comparer les balances commerciales des pays n'a donc pas grand sens si on ne les rapportent pas au Produit Intérieur Brut des pays en questions. Et déplorer le déficit commercial ou féliciter l'excédent n'a pas plus de sens si on ne fournit pas quelques éléments d'explications.

Sur le cas de la France et de l'Allemagne.
On compare souvent les récents déficits français aux récents excédents allemands. Les deux soeurs de l'Europe ne se ressemblent pas tant que ça au final. La France est fortement tertiarisée, spécialisée dans les services (hotellerie, restauration, secteur du tourisme) qui 1) ne sont pas comptabilisés dans la balance commerciale, et 2) ne sont que très difficilement exportables, vous en conviendrez. Au contraire, l'Allemagne est un gros producteur de biens d'équipement professionnel, qui s'exportent très bien et pèsent lourd dans la balance (c'est le cas de le dire). Et ce d'autant plus que des réformes structurelles ont permis de faire baisser les coûts de la main d'oeuvre outre-rhin depuis plusieurs années. L'industrie allemande a donc gagné en compétitivité sur le plan international, mais au prix d'une compression de la demande intérieure due à la stagnation des salaires. Le fameux pouvoir d'achat est en berne chez les allemands, et l'excédent commercial est renforcé par des importations faibles et une croissance faible. Alors qu'en France, la consommation est toujours le moteur de la croissance. Alors, bon ou mauvais excédent ?

Crédit photo : Spinning scales par darrjo23

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lundi 8 octobre 2007

Et pendant ce temps-là, chez nos amis d'outre-Quiévrain...

Belgique

Après le programme de l'option de seconde, petite plongée au coeur du programme de première, option science politique. Vous avez dit déformation professionnelle ? Ce programme commence par une partie sur les notions fondamentales en politique que sont le pouvoir et le droit, avec un arrêt plus précis sur l'Etat et la Nation. Ne pas confondre... J'ai décidé de regarder avec mes élèves ce qui se passent Outre-Quiévrain comme on dit. Le malheur des Belges fait le bonheur des profs de SES, ou quand deux nations provoquent la désagrégation d'un Etat.

La genèse de l'Etat
Un blog c'est fait pour aller vite, pour aller à l'essentiel : que les historiens me pardonnent. Norbert Elias, dans La Dynamique de l'Occident (1975) a mis en avant le fait que la création des Etats, en Europe, avait pour origine un double monopole détenu par le pouvoir central : le monopole militaire et policier (Max Weber aurait dit le monopole de la violence physique légitime) et le monopole fiscal. On comprend que le pouvoir central a besoin de la force pour lever l'impôt, et de cet impôt pour entretenir les forces, forces à leur tour nécessaires pour lever l'impôt. Les deux sont interdépendants. Le monopole fiscal a également eu pour conséquence de permettre aux souverains de ne plus remercier leurs fidèles alliés en leur donnant des terres, mais en les rétribuant en argent, stabilisant de par là même le territoire possédé.

Quid de la nation
La nation, c'est autre chose. Et ce n'est pas toujours très clairs dans les têtes de nos élèves. Les représentations naissent du fait que le sens commun utilise souvent un mot pour un autre : pays, état, nation, état-nation, on ne sait plus vraiment où on en est... La nation, pour Ernest Renan, c'est une âme, un principe spirituel (...), une grande agrégation d'hommes, saine d'esprit et chaude de coeur. Oui mais pas que. Car cette nation là peut encore revêtir plusieurs formes, deux principalement.

1. La nation peut être une nation "ethnique". Dans ce cas là, c'est le droit du sang qui primera, renforcé par la culture commune et la langue commune, acquise dès la naissance. La nation est ici à la source d'un lien quasipsychologique de l'individu au groupe, presque une filiation. Souvent les nationalismes se sont appuyés sur cette conception pour constuire leurs doctrines.

2. Ou bien elle est encore une nation "élective" (et c'est celle-ci qui était évoquée par Renan) : ce concept est celui qui fonde la citoyenneté, le lien politique (voire républicain), l'envie de vivre ensemble, quelque soit les différences particulières. Une plus grande place est faite au droit du sol. C'est une conception de la nation plus ouverte que la précédente, qui permet notamment à des étrangers de choisir une nationalité s'ils acceptent le projet politique commun à leur nation d'adoption. Prenons le temps de citer Dominique Schnapper :
Toute nation démocratique se caractérise par son projet de transcender par la citoyenneté toutes les formes d'appartenance particulières, qu'elles soient biologiques, ethniques, historiques, économiques, sociales, religieuses ou culturelles. Une nation démocratique est, par définition, multiculturelle, elle réunit des populations diverses par leurs origines régionales (Bretons, Corses, Lorrains...), leurs origines nationales (immigrés, fils ou petit-fils d'immigrés...), sociales (ouvriers, techniciens, fonctionnaires, riches et pauvres...), ou religieuses (catholiques, protestants, juifs, musulmans, agnostiques ou athées...). Elle se propose de les intégrer par la citoyenneté en dépassant ces diversités, en transcendant tous ces particularismes.
D. Schnapper, La conception de la nationalité, Cahiers Français

Où en sont les Belges ?
Maintenant qu'on y voit mieux, peut-on savoir où en sont précisément nos amis les Belges ? L'Etat belge est le fruit d'un processus historique, comme tous les Etats. La nation belge devrait l'être tout autant, mais la question se pose de savoir si cette nation belge a déjà existé. Si la Belgique est bien une nation au sens moderne du terme (c'est une collectivité humaine organisée sur un territoire donné et autour d'un Etat), elle n'est pas parvenue à créer le sentiment d'appartenance, sentiment produit par l'histoire et un projet politique commun. En 1912, Jules Destrée écrivait déjà dans une Lettre au roi "Il n'y a pas de Belges". Des cultures différentes entre Wallon et Flammands (langue, religion, voire même inclinaison politique) et des projets politiques différenciés (autonomie culturelle pour les Flammands, fédéralisme économique pour les Wallons), tout pousse à croire, surtout au vu des évènements actuels, que le projet d'une Belgique unie était déjà tué dans l'oeuf.

Sur la blogosphère : Jean Quatremer ne parle (presque) que de ça

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lundi 1 octobre 2007

Libéralisation des services postaux et revue de RCE

Ca y est, c'est fait. Tout le monde économique ne parle que de la mise en place des heures supplémentaires supplémentaires. "Travailler plus pour gagner plus", on y est, voilà la première mesure concrète justifiant le slogan de campagne de notre Président qui entre en vigueur. Mais tout le monde se goure car l'info économique et sociale du jour, c'est quand même bien la signature, à Luxembourg, de l'accord concernant la libéralisation des services postaux, de tous les services postaux y compris les envois légers classiques dans l'Union Européenne à horizon 2011.

Revue RCECette info me permet de rebondir et de vous parler du dernier numéro de la revue de RCE, Regards croisés sur l'économie. Je ne peux que vous en conseiller la lecture. Vous pouvez le commander en ligne ou le trouver dans les bonnes librairies, pour en savoir plus, cliquez ici. Dans ce numéro qui a pour titre "Bientôt privés de services publics ?" on en trouve pour tous les goûts, mais ce qui nous intéresse aujourd'hui c'est quand même bien les affaires de courriers. Et bien dans la partie "Le service public s'oppose-t-il au marché" vous trouverez l'interview de Jean-Paul Bailly. Comment vous ne connaissez pas Jean Paul ? Mais si, c'est le PDG du groupe La Poste. Avouez que ça tombe bien non ? Ils sont forts chez RCE !

Promis j'en parlerai plus dès que j'aurai fini de le lire (Lire plus pour en parler plus, telle est ma devise). Et dans les cartons, il traine une petite note sur "service public, service universel"... bientôt en ligne.

[Edit le 3 octobre : voir les commentaires]

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mardi 31 juillet 2007

Etats-nations et construction communautaire (3)

Lire la première partie
Lire la deuxième partie

Max Weber, en précurseur de la sociologie des organisations, affirmait qu’une organisation recherchait avant tout autre chose à assurer sa pérennité. Le chercheur qu’il était, tout autant que le militant politique, avait cru voir en la bureaucratie la forme d’organisation rationnelle par excellence. Nous allons voir comment la rationalité de l’Etat s’exprime pour résister face aux attaques qu’il subit dans le cadre de la construction communautaire, mais en commençant par la base, le comportement électoral de ceux qui désignent les représentants du peuple européen.

Vote et sentiment européen
Pascal Perrineau (Cevipof) a mis en avant le fait que les individus participaient plus à la vie politique lorsqu’elle est proche d’eux [1]. C’est-à-dire que traditionnellement, en France plus particulièrement, on vote plus aux municipales qu’aux législatives, qu’aux cantonales, aux cantonales plus qu’aux régionales, et encore moins aux européennes, scrutin qui enregistre les scores d’abstention les plus élevés. On remarque en France que l’élection du chef de l’Etat fait exception car, bien que le cadre géographique soit le plus grand, la participation y est forte. Cela démontre à la fois la place prise par l’Etat et celle prise par l’Europe dans les considérations politiques des Français. Cela ne veut pas dire que la question européenne désintéresse les Français ; la participation massive au référendum sur le traité établissant une constitution pour l’Europe en 2005 prouve bien le contraire. Autre phénomène confirmant le désintérêt voire la méfiance à l’égard de la question européenne, il s’agit de la montée des partis souverrainistes qui enregistrent leurs plus forts scores lors des élections européennes, et ce à l’échelle de l’Europe entière (pour peu que de tels partis y soient présents, comme dans les pays « historiques » de l’Union). Des députés européens se retrouvent ainsi élus pour pratiquer la politique de la « chaise vide » au Parlement Européen.

C'est pas nous, c'est Bruxelles
Si les populations montrent des réticences face à la construction communautaire, les dirigeants politiques nationaux ne sont pas forcément neutres. En effet, il arrive fréquemment lors de la mise sur agenda ou lors de la prise de décision, que les élites politiques se tournent vers Bruxelles pour trouver la source des explications mais plus souvent la source des maux ressentis par la population. La présence d’une institution au cadre supranational permet pour les exécutifs nationaux de dégager leur responsabilité lorsqu’une décision provoque des mécontentements. Il est ainsi aisé de renvoyer la faute à tel commissaire, tel groupe parlementaire, voir sur un groupe professionnel de nationalité étrangère comme cela peut être le cas entre pêcheurs français et espagnols par exemple. Pourtant ce comportement semble relever de l’hypocrisie. SI nous avouons que ce jugement peut paraître sans nuance, il apparaît clairement que les commissaires sont nommés par les Etats, que le président de la Commission fait l’objet d’un consensus, que les parlementaires européens sont des élus du peuple, bref, que finalement les décisions concernant les européens sont prises par les européens. Mais ces comportements politiques parviennent à déstabiliser les institutions européennes au profit des Etats.

Cette déstabilisation est accentuée par une décrédibilisation certaine, là encore du fait des représentants des Etats. Les instances européennes n’ayant que peu de moyens de coercition sur les Etats membres, les comportements opportunistes de certains d’entre eux ont des répercussions négatives sur la crédibilité de l’Union. L’exemple type est celui des condamnations qui ont suivi le non respect des critères du Pacte de Stabilité et de Croissance (PSC) par l’Allemagne et la France. Sans discuter la pertinence de ces critères ici puisque cela n’est pas notre objet, ces deux pays n’ont pas respecté certains critères tels que la limite de 3% de déficit public (rapporté au PIB) et 60% de la dette publique (toujours rapporté au PIB). Ils se sont trouvés condamnés à verser à la Banque Centrale Européenne l’équivalent d’un certain pourcentage de leurs PIB respectifs, pour voir ces crédits gelés, et le remboursement conditionné par le respect des critères dans un temps déterminé. Non seulement ces Etats ne se sont pas exécutés mais ils ont également menacé de suspendre leur participation à l’Union Européenne. On voit donc que si l’UE n’a pas vraiment de mesure coercitive à opposer aux comportements opportunistes, les Etats peuvent, parce que ce sont eux qui lèvent l’impôt et contribuent financièrement à la construction européenne, ne pas respecter les décisions communautaires.

De même qu’ils lèvent l’impôt, ce sont les Etats qui promulguent les lois. En conservant le monopole pour l’établissement de la règle de droit, les Etats disposent d’un levier conséquent pour freiner les effets de la construction communautaire. Ainsi les Etats peuvent, en retardant la mise sur agenda de l’examen des directives européennes par les parlements nationaux, ne pas appliquer les décisions collectives européennes. Les Etats conservent par ailleurs des compétences fondamentales depuis les fonctions régaliennes jusqu’aux politiques sociales. Les politiques touchant à l’éducation, à la santé, à la recherche, à l’emploi, aux systèmes de solidarité restent très fortement marqués par des modèles nationaux.

Les objectifs de la Stratégie de Lisbonne, le grand chantier de la construction communautaire sur la décennie 2000-2010, ne seront réalisés qu’à condition que le volontarisme politique des dirigeants nationaux soient au rendez-vous. En effet, les objectifs concernent des domaines dans lesquels l’Union n’a pas de compétence particulière pour s’ingérer dans les politiques nationales. L’Union ne peut imposer des pratiques politiques, de façon de faire. Ce sont les compétences étatiques qui prévalent. L’UE peut tout au plus utiliser la technique du benchmarking. Il s’agit, comme le décrivent D. Méda et A. Lefevre [2], d’une comparaison statistique entre Etats membres permettant de relever les « bonnes pratiques politiques ». Reste à savoir dans quelle mesure les bonnes pratiques doivent être imitées pour que chaque pays rejoignent le meilleur ou s’il faut favoriser l’émergence d’un modèle social européen. Si cette dernière proposition est retenue alors la construction européenne aura sûrement raison, à terme, du devenir des Etats. Mais dans les faits, cet horizon peut paraître comme indépassable tant l’Europe est divisée sur le plan social. Deux systèmes efficaces sont en passe de s’imposer comme tel dans la grande comparaison quantitative et qualitative européenne : le modèle libéral anglo-saxon et le modèle développé par les différentes social-démocraties nordiques.

En guise de conclusion
Après la construction des bases politiques de l’Europe, puis d’une Europe économique, les populations sont dans l’attente de l’achèvement de cette Europe politique, afin de déboucher sur une Europe sociale. Tiraillée entre souverainisme et fédéralisme, l’issue est plus qu’incertaine tant les populations ne parviennent pas à s’accorder sur la suite des évènements. En 2005, deux Etats sur 27 ont à eux seuls bloqués le processus institutionnel. Sans porter de jugement sur le projet de constitution, il apparaît quand même que l’échelon étatique n’est pas complètement dépassé. Et le mini-traité qui fait l’actualité récente de la construction communautaire semble aller dans le même sens puisque, comme le disait T. Ferenczi « le monopole de la légitimité politique des Etats-nations, auquel l'Union prétendait mettre fin, n'est pas mort ». Pourtant, les enjeux contemporains, inscrits dans une mondialisation qui prend toujours plus d’importance, nécessitent des prises de décisions collectives ou au moins coordonnées. Les Européens sauront-ils s’accorder, qui plus est à 27, sur l’avenir du cadre collectif qu’ils ont construit depuis 50 ans ?

Parce qu’une ouverture telle que celle-ci est trop vague, et parce qu’il ne faudrait pas manquer de pragmatisme, il convient de compléter l’analyse par des éléments concrets. Si l’Europe a été faite pour garantir la paix entre les nations, l’argent reste « le nerf de la guerre ». Ce sont les Etats qui contribuent financièrement à l’Union Européenne. En tenant les cordons de la bourse, ils peuvent décider de leur devenir face à cette institution supranationale. Aujourd’hui le budget européen, fonds structurels compris, représente 1% du PIB de l’Union. C’est-à-dire qu’un Etat comme la France dispose d’un budget 2.5 fois supérieur à celui de l’Union Européenne. Peut-on croire, dans ces conditions, que l’Europe parvienne à relever les défis qui se posent à elle aujourd’hui ?


Sources :

[1] Perrineau Pascal, "La dimension cognitive de la culture politique. Les Français et la connaissance du système politique", Revue Française de Science Politique, vol 35, n°1, Paris, 1985.

[2] Méda Dominique, Lefevre Alain, Faut il brûler le modèle social français ?, Seuil, Paris, 2006.

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lundi 30 juillet 2007

Etats-nations et construction communautaire (2)

Pour lire le début de la note, cliquez ici.

Elargissement...
La construction européenne repose sur un grand principe qui consiste à faire succéder à chaque élargissement de l’Union une phase d’approfondissement permettant de pallier aux perturbations induites par l’élargissement, d’homogénéiser les Etats membres pour parvenir à une convergence, l’approfondissement passant notamment par un transfert de compétence des Etats à l’Union. Jusqu’à une période très récente, cette construction se faisait dans un cadre temporel long permettant la transformation des structures de manière à ce que chaque étape soit couronnée de succès ; cela a valu à l’Union Européenne le surnom d'Europe « des petits pas ». Mais la période récente a vu l’entrée simultanée de dix nouveaux Etats au 1er janvier 2005, constituant ainsi un élargissement sans précédent dans l’histoire communautaire. Au 1er janvier 2007, deux nouveaux pays ont rejoint l’Union portant à 27 le nombre d’Etats membres. S’il apparaissait urgent d’intégrer les Pays d’Europe Continentale et Orientale (les PECO) issus de l’ancien bloc de l’Est pour les promoteurs de cet élargissement, celui-ci n’en reste pas moins considérable. Or chaque élargissement induit une réforme des structures politiques et administratives européennes. Il va sans dire que plus le nombre d’Etats augmente au sein de l’Union, moins un Etat peut être en mesure d’apporter à lui seul un changement, de peser sur une décision. On voit donc que le pouvoir de chaque Etat se réduite à mesure que la construction communautaire se poursuit.

Approfondissement.
Après l’élargissement vient le temps de l’approfondissement. Il consiste le plus souvent à accroître les compétences de l’Union au détriment de celles des Etats. La politique agricole, la pêche ou encore le droit de la concurrence, sont peut-être les compétences les plus emblématiques pour les populations car les prises de décisions de la Commission Européenne dans ces domaines sont fortement médiatisées. Bien sur le transfert de compétence induit une perte de pouvoir pour les Etats, perte qui reste relative dans la mesure où les dirigeants européens sont nommés ou élus par les Etats ou les populations. Les enjeux contemporains que sont l’immigration, que nous évoquions plus haut, ou les questions environnementales, dépassent largement le cadre étatique pour se poser à l’ensemble de la population mondiale. Il y a fort à parier que le transfert de compétences dans ces domaines pourrait avoir lieu dans un futur proche, si ce n’est déjà amorcé. Le principe de subsidiarité semble avoir vécu pour ces questions qu’un Etat seul n’est pas en mesure de résoudre.

Convergence

Ces transferts de compétences entrainent une certaine homogénéisation des Etats à l’échelle de l’Europe. Puisque les décisions sont prises à Bruxelles ou Strasbourg par l’ensemble des parlementaires ou commissaires, il est logique qu’elle s’applique à tous les Etats et qu’elles conduisent à effacer certaines particularités étatiques. L’utilisation de fonds structurels européens par les pays les « moins avancés » économiquement permet le rattrapage des pays les plus avancés. En leurs temps, Espagne et Portugal ont pu profiter de ces fonds pour rattraper les niveaux français et allemands. Espagnols et Portugais sont aujourd’hui considérés comme des piliers de l’Union, en témoigne le fait que c’est un portugais qui dirige la Commission Européenne en ce moment. Plus récemment ce sont les Irlandais qui ont connu un formidable rattrapage. Actuellement les efforts se concentrent sur les PECO. Déjà ils portent leurs fruits puisque les niveaux de vie s’élèvent. Les salaires dans les pays baltes ont connu une progression de 30% depuis leur entrée dans l’Union. Bien sûr les mécanismes sont complexes et cela n’est pas sans obstacles que les Etats convergent en Europe. Mais les résultats sont sensibles, y compris dans les domaines ou l’UE n’est pas forcément compétente. La Stratégie de Lisbonne, qui vise à ce que l’Union devienne une véritable « économie de la connaissance » afin de maintenir sa compétitivité, est un ensemble d’accords sur des objectifs et des indicateurs communs en matière d’emploi, de formation et d’éducation, de recherche et de développement. Qui dit objectifs communs dit convergence. Les pays restent libres d’appliquer les politiques qui semblent les plus efficaces, pourvu qu’ils atteignent les objectifs fixés. Chacun est en concurrence avec les autres, et le benchmarking bat son plein (ça marche bien avec des entreprises, pourquoi pas avec des Etats ?). Lorsque ces objectifs seront atteints, il sera d’autant plus aisé d’harmoniser les systèmes nationaux autour d’un modèle européen.

Enfin, dans nombre d’Etats des processus de décentralisation ont été amorcés, parfois depuis plusieurs décennies. Sans l’influence européenne, les Etats se sont reposés sur des formes administratives plus restreintes, réputées plus souples aussi. Il se trouve que ce mouvement, qui déleste là encore l’Etat de certaines de ses compétences, se trouve accentué par l’Union Européenne qui promeut la structuration en Eurorégions. Plus vastes que les Régions que nous connaissons en France, plus proche du Länder allemand, ces Eurorégions pourraient à l’avenir se retrouver la cible du redéploiement des fonds FEDER européens. Attaqué par le bas de son propre fait, et par l’Europe, l’Etat, dans un souci d’efficacité, se retrouverait amoindri.

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samedi 28 juillet 2007

Etats-nations et construction communautaire (1)

C'est le dernier billet publié sur Boîte noire, le très bon blog de François Briatte, qui m'a donné l'idée de rédiger une série de billets portant sur la construction communautaire.

Plus précisément, le billet sur Boîte noire mentionnait l'entretien avec un philosophe roumain publié sur le site de Notre Europe. Sur celui-ci, on rapportait un article de Thomas Ferenczi paru dans Le Monde daté du 2 juillet 2007, article intitulé La résistance des Etats-Nations (qui n'est plus disponible que pour les abonnés). C'est la joie de l'hypertexte, et de la divagation de site en site, on est toujours amené à en lire plus. Dans cet article le chroniqueur Europe du Monde écrit :
La volonté de l'Europe d'intervenir davantage sur la scène internationale renforce aussi le rôle des diplomaties nationales. Les innovations du futur Traité vont apparemment dans le même sens. En se donnant un président élu pour deux ans et demi, renouvelable une fois, et un ministre des affaires étrangères de plein exercice, l'Union va donner plus de poids aux Etats, en dépit des précautions prises pour ne pas amoindrir la Commission. Le nouveau système de vote avantagera les plus peuplés d'entre eux. Les décisions refléteront les rapports de forces entre les Vingt-Sept. Comme le répète José Manuel Barroso, président de la Commission, les institutions européennes doivent être au service des Etats. Le monopole de la légitimité politique des Etats-nations, auquel l'Union prétendait mettre fin, n'est pas mort.
Cela m'a rappelé un texte que j'avais écrit il y a quelques mois, autour de la question des effets de la construction communautaire, et du devenir de l'Etat en Europe (certains lecteurs verront peut-être dans quelle circonstance j'ai été amené à réfléchir sur la question). Je vous livre ici quelques réflexions, en plusieurs épisodes ! Bonne lecture...


L'Europe, pour construire la paix entre les États
Au lendemain de la seconde Guerre Mondiale, il était urgent d'imaginer des formes de coopération internationale même de préserver la paix entre les pays qui s'étaient affrontés. Le niveau de destruction des infrastructures était tel que les productions nationales étaient redescendues au niveau qu'elles occupaient plusieurs décennies auparavant. Si la constitution de l'Europe de la Défense fut un échec, la création de la CECA a permis de sceller des accords industriels et commerciaux entre l'Allemagne et la France quant à la production de charbon et d'acier. Il y a 50 ans, les principaux belligérants du second conflit international du XXème siècle se sont accordés sur un traité, provoquant ainsi la naissance de la communauté européenne. C'est donc en 1957 que le Traité de Rome a été ratifié par l'Allemagne, la Belgique, la France, l'Italie, le Luxembourg et les Pays-Bas.

Aujourd'hui les enjeux sont différents. Le pari de la paix est réussi. Il est inconcevable, en particulier pour les jeunes générations, qu'un conflit militaire opposant les membres de l'Union européenne puisse éclater, même dans un avenir lointain. L'économie, qui constituait un moyen de parvenir à la pacification des relations entre anciens ennemis, est devenu un enjeu en soi de la construction européenne. Dans un contexte de globalisation des échanges, d'ouverture des économies, les Etats européens sont contraints de se regrouper pour pouvoir prétendre lutter face à la concurrence économique, industrielle, commerciale, des Etats-Unis d'Amérique, ou des géants démographiques que sont l'Inde et la Chine. Cette mondialisation a entraîné la création de cadres supranationaux plus ou moins institutionnalisés. Les Etats semblent donc dépassés par la plupart des enjeux contemporains, dépassés au sens premier du terme.

Où en sont les Etats ?
Qu'en est il réellement ? La construction communautaire est-elle en train de reléguer les États au second plan ? Nous verrons dans de futurs notes que la construction européenne, en tant que réponse institutionnelle aux exigences des transformations contemporaines, peut sembler contribuer à l'amoindrissement du rôle de l'Etat en Europe. Mais nous observerons également combien l'Etat, de par les compétences qu'il conserve et les résistances qu'il oppose, cherche à préserver son devenir.

L'Etat contemporain est attaqué "par le bas" et "par le haut". Il est attaqué par le bas lorsque des particularismes et des régionalismes mettent à mal l'idée d'Etat-nation qui, comment France, veut que chaque individu délaisse ses particularités dans la sphère privée pour se sentir citoyen avant tout. Mais, et c'est ce qui nous préoccupe plus particulièrement ici, l'Etat est également attaqué par le haut. Nous ne pouvons soustraire, dans notre analyse, la construction communautaire du contexte dans lequel elle intervient : l'ouverture internationale.

Sur le plan économique, le nombre de firmes multinationales ou transnationales a explosé, tout comme les échanges de biens et services entre pays. D'un point de vue culturel, la démocratisation du transport sur longue distance permet la migration ponctuelle ou durable des populations. Si sur le plan politique le clivage Est-Ouest a disparu, les disparités économiques entre pays du Sud et du Nord se sont accentuées avec la crise de la dette, provoquant des migrations du Sud vers le Nord dont l'ampleur dépasse largement le cadre des Etats. Les relations stato-centrées ont laissé la place au multilatéralisme qu'ils s'agissent des discussions dans le cadre de l'OMC, du G8 ou de l'ONU, comme des nombreuses organisations intergouvernementales qui gravitent autour des grandes institutions internationales.

(à suivre...)

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