mercredi 16 janvier 2008

Idéologie du don


Le Futur En Dépend
Originally uploaded by Sfar.
Parce que tout professeur, quelque soit sa discipline, devrait avoir des notions de sociologie de l'éducation (heureusement que les IUFM sont là pour la jeune génération d'enseignants et la formation continue progresse dans ce sens pour les plus expérimentés), je renvoie plutôt deux fois qu'une à la lecture de la préface du dernier livre de Marie Duru-Bellat et Martine Fournier, L'intelligence de l'enfant, l'empreinte du social, disponible sur le site inegalites.fr.

C’est la vocation naturelle des sciences humaines et sociales que de démontrer comment sont fabriqués les faits sociaux que nous percevons volontiers comme naturels. Mais dans certains cas, comme en ce qui concerne l’intelligence, il s’agit d’une tâche à reprendre sans cesse, tant sont lourds les enjeux sociaux de sa naturalisation.

En effet, combien de fois entend-on "il n'est pas doué pour les maths", "les filles sont faites pour étudier les lettres", etc. Comme une évidence, un trait naturel, tel élève se rélève "naturellement doué" et tel autre se considère "définitivement nul". Ses parents, ses camarades, ses professeurs vont le conforter dans cette perception des choses tant il est difficile de se défaire de cette idéologie du "don". Intériorisé, l'échec personnel sera alors vécu de manière individuelle par l'élève en difficulté. S'il ne réussit pas, c'est qu'il n'est pas "méritant".

Se défaire des jugements automatiques, c'est à cela que doivent servir les sciences sociales.

1 commentaire:

albert a dit…

"Se défaire des jugements automatiques, c'est à cela que doivent servir les sciences sociales." Je suis bien d'accord avec vous mais le travail est toujours à recommencer !
Je n'ai pas lu l'ouvrage dont vous parlez, je ne peux donc rien en dire sinon qu'il semble s'inscrire dans une problématique de recherche qui prolonge peu ou prou et 40 ans après celle des "Héritiers" de bourdieu/passeron ; problématique dont, au fond, les apports ne cessent pas d'être déficelés par le politique (au sens large) actuel.
Comme me disait un enquêté il y a peu : "les sociologues vous ne devriez plus exister !" - car si les sciences sociales ont à lutter contre le "jugement automatique", elles luttent donc et aussi contre la routine qui rend la vie plus... facile ! La tâche est par conséquent bien rude... mais pour ne pas commencer trop mal la journée, on peut toujours se dire quelle assure une "éternelle jeunesse" à ces sciences.

bonne journée,

albert