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mardi 25 septembre 2007

L'aristocratie patrimoniale : une nouvelle classe sociale ? (2)


Middle class
Originally uploaded by VLKR.
Dans Les classes moyennes à la dérive, Louis Chauvel dresse un portrait peu reluisant de l'avenir qui s'offre à nous, les gens du milieu. Sombrer dans le déclassement social, ou survivre dans l'aristocratie patrimoniale... drôle de choix.


La semaine dernière je revenais sur les différentes conceptions sociologiques des classes sociales. Je terminais mon billet en empruntant la méthode décrite par Louis Chauvel dans Le retour des classes sociales [2001] :
On parlera de classes sociales pour des catégories :
1) inégalement situées — et dotées — dans le système productif ;
2) marquées par une forte identité de classe, dont trois modalités peuvent être spécifiées :
— l’identité temporelle (2a), c’est-à-dire la permanence de la catégorie, l’imperméabilité à la mobilité intra- et intergénérationnelle, l’absence de porosité aux échanges matrimoniaux avec les autres catégories (homogamie) ;
— l’identité culturelle (2b), c’est-à-dire le partage de références symboliques spécifiques, de modes de vie et de façons de faire permettant une inter-reconnaissance ;
— l’identité collective (2c) à savoir une capacité à agir collectivement, de façon conflictuelle, dans la sphère politique afin de faire reconnaître l’unité de la classe et ses intérêts.


Le même Louis Chauvel dans son dernier ouvrage, revient sur l’existence et la survie des classes moyennes en France. Analyse forte intéressante dans un livre à la fois court, abordable, précis, percutant mais démoralisant (autant prévenir tout de suite), je ne peux que vous conseiller de lire la centaine de pages qu’il représente. Si vous manquez de temps, pensez liens-socio, vous y trouverez forcément une fiche de lecture. De son étude il ressort que les classes moyennes semblent au bord du gouffre et que, au vu des choix politiques qui sont ceux de la France depuis les dernières échéances électorales, leur salut ne repose que sur la capacité de la génération des babyboomers à léguer quelque patrimoine à leur descendance (j’extrapole un peu, puisque le livre est sorti à l’automne 2006, donc avant les présidentielles).

Maman, donne moi mon sédatif !
Page 77, le sociologue qualifie de « sédatif » l’aide intergénérationnelle des parents vers les nouvelles générations. En effet, devant la raréfaction des postes stables, l’inflation scolaire, les difficultés d’accès au logement, la domination d’un système « up or out » (tu monte ou tu sors, tout échec dans ta carrière sera fatal), la survie des enfants de la classe moyenne dépend du capital social des parents, de leurs relations. Et « sans le sédatif que représente l’aide substantielle que de nombreux parents attribuent de façon presque automatique à leurs enfants, la souffrance d’une partie des nouvelles générations n’aurait pu passer inaperçue ».

Ceux qui privilégient le loisir au travail (au sens où ils aspirent à travailler ce qu’il faut pour pouvoir s’épanouir ailleurs que dans le travail, pas au sens de rester le cul sur sa chaise tout seul chez soi) sont socialement en danger de déclassement. Car pour accroître son réseau social, et s’assurer ainsi de surfer sur la bonne vague, mieux vaut travailler 90 heures par semaine que 35 ou même les 48h légales… Travailler beaucoup plus, pour être sûr de ne pas dégringoler dans la hiérarchie sociale : Nicolas Sarkozy avait raison, mais en même temps c’était facile, il a contribué lui-même à ce que cet état de fait advienne. On appelle ça une prophétie autoréalisatrice.

On pourrait se réjouir, finalement, que la générosité familiale soit parvenue à « maintenir l’édifice social » jusqu’à aujourd’hui. Oui mais voilà, « l’argent va à l’argent » comme le rappelle si bien Louis Chauvel, et il vaut mieux être fils d’une famille qui-n’en-a et qui-n’en-veut. « Ceux qui reçoivent le plus sont les enfants issus de familles mieux situées et accédant eux-mêmes aux meilleures positions sociales ». Se pose donc la question de la méritocratie, car on voit mal une mère de famille qui-n’en-a dire à son fiston : « non mon chéri, ce mois-ci je donne ton petit pécule à ton ami qui n’a pas la chance que tu as, à savoir des parents derrière lui pour l’aider dans la vie ». Caricatural ? Bon d’accord, peut-être un peu… Mais Louis Chauvel lui, enfonce le clou :
« La solidarité familiale a certes permis à ceux qui en bénéficient d’amortir des chocs dont la violence aurait été sinon d’une autre visibilité, mais avec quelles conséquences ? D’une part les entreprises ont fini par s’habituer à faire travailler les jeunes pour presque rien, grâce aux généreuses subventions des familles. D’autre part, en agissant comme un analgésique puissant, cette solution a fait oublier le mal qui empire. »


Hors de la pierre, point de salut.
Le problème supplémentaire et fatal dans une société comme celle-ci, c’est qu’on s’expose à un risque de « repatrimonialisation de l’accès au classe moyenne ». En plus du capital social des parents, il semblerait que la réussite soit de plus en plus conditionnée par le capital économique qu’ils ont pu accumuler. On perçoit là le caractère profondément injuste d’une société qui reposerait avant tout sur l’inégalité des chances dès la naissance. Il est loin pour la jeune génération le rêve, rêve qu’avaient largement embrassé leurs parents, d’avoir un travail intégrateur pourvoyeur d’autonomie et de stabilité sociale.

Le risque est donc de voir les différentes composantes des classes moyennes sombrer majoritairement vers les classes populaires, pendant qu’une fraction dominante culturellement ET économiquement parviendra à sauver ses enfants du déclassement social. Cette classe, ou ce projet de classe, Louis Chauvel l’appelle l’aristocratie patrimoniale. Et je ne sais pas ce que vous en pensez, mais quand on entend parler de bouclier fiscal, de déductibilité des intérêts d’emprunt, allégement des droits de succession, détaxation des donations sans oublier l’exonération des salaires étudiants, on peut se dire que cette aristocratie a sûrement de beaux jours devant elle…

Sources :
Louis Chauvel, Les classes moyennes à la dérive, Seuil, 2006.


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lundi 22 octobre 2007

Louis Chauvel et l'âge des députés

Vive l'anti-refletsCe n'est pas la première fois, ni la dernière fois que l'on parlera de Louis Chauvel sur ce blog. Et ce n'est probablement pas la dernière fois que je parlerais de La vie des idées, nouveau magazine en ligne publié par La République des idées. J'en parlais d'ailleurs pas plus tard que la semaine dernière.

A la suite d'un article publié dans Le Monde au lendemain des élections législatives du printemps dernier (article que je commentais ici), Louis Chauvel s'est mis en tête d'étudier de plus près l'évolution de la moyenne d'âge de nos représentants à l'Assemblée Nationale. Une étude longitudinale comme on dit. Et ça donne ça, disponible gratuitement et intégralement en ligne. Vous aimiez les strobiloïdes, les graphiques un peu bizarres mais très parlant, vous allez adorer ça :


Bonne lecture !

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jeudi 21 juin 2007

Vaguelette bleue, mais têtes grises

Louis Chauvel, sociologue qui ira loin (il est déjà bien parti), décrypte le talon sociologique des nouveaux députés et alerte sur le fait que le fossé générationnel qui se creuse dans la société se retrouve de la même manière à l'Assemblée Nationale. Très bon papier paru dans Le Monde daté du 21 juin, dont je ne peux que vous conseiller vivement la lecture. Quelques chiffres pour bien comprendre l'ampleur du phénomène :

  • "pour la première fois, les plus de 55 ans représenteront une majorité absolue : 59 % contre 48 % en 2002"
  • "l'écrasante suprématie législative des jeunes seniors de 55 à 64 ans pose question : 48 % dans l'Assemblée de 2007, 8 points de plus qu'en 2002, 24 de plus qu'en 1981."
Pour lire l'article, et en attendant que L. Chauvel le mette à disposition sur son site : >>> cliquez ici

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lundi 14 mai 2007

Guerre des générations

Une semaine après, qu'en est il ?


Le sondage sortie des urnes est disponible. Il montre des choix moins tranchés que les intentions de vote que je commentais dans ce précédent post. Les personnes âgées ont bien voté Sarkozy, mais pas dans des proportions 75-25. Les trentenaires aussi ont vu leur vote basculer entre le sondage du jeudi et celui du dimanche des élections. Les 25-34 ans ont voté comme leur grand-parents. Cela me rappelle un ouvrage, Génération 69, les trentenaires ne vous disent pas merci. Rédigé par deux journalistes politiques d'Europe1, le bouquin paru en 2005 résonne un peu aujourd'hui comme l'écho des derniers discours du candidat Sarkozy à propos de l'héritage de mai 68, et de sa nécessaire "liquidation". Ah mai 68, et plus largement les idées de la fin des années 60, la loi Neuwirth, la loi Veil, la loi Faure, que de reculs sociaux... Doit-on voir poindre ici ou là les prémisses d'un conflit de génération ? La lecture des ouvrages du sociologue Louis Chauvel (Le destin des générations, Les classes moyennes à la dérive) est de ce point de vue particulièrement intéressante. Je posterai ici bientôt quelques commentaires sur les théories de cet auteur pour ceux qui n'ont pas le temps de le lire.

Le fossé entre 18-24 et 25-34 est assez impressionnant. Les tendances se renversent d'une génération à l'autre. On pourrait voir ici un effet de génération, notamment la génération marquée par le 21 avril 2002 et le CPE. Un effet de génération entraîne des différences entre cohortes de population en fonction du contexte sociologique, économique et politique : génération 68, génération mitterand, génération CPE ?

A l'inverse, le vote des plus de 60 ans est le signe d'un effet d'âge. Quelque soit les générations qui se succèdent, l'avancée dans l'âge entraîne une droitisation inexorable de la population. Nos sages et nos aînés ne s'y sont pas trompés : le candidat du conservatisme, c'était bien N. Sarkozy. Maintenant c'est Notre Président, même s'il ne sera jamais le mien.



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mercredi 29 août 2007

Ca sent la rentrée !

... et au cas où vous ne l'auriez pas remarqué, la preuve irréfutable est le retour de quelques bons papiers dans les quotidiens nationaux ces dernières heures. Alors comme la rentrée est également synonyme d'effervescence pour les profs, je n'ai pas vraiment le temps ces jours-ci de faire une vraie note. Rassurez-vous, j'ai bien un petit quelque chose sur les retraités en préparation. Mais pour vous faire patienter, voilà une toute petite revue de presse, si vous ne deviez lire que cela :

La TVA sociale, une fausse réponse, par Thomas Piketty, Libé du 27 août
Un célèbre docteur qui officie sur FOX et TF1 (beuarkk !) disait très justement il y a peu : "quand on a plus besoin de choisir, on a plus besoin de réfléchir". Comme c'est exactement la stratégie gouvernementale sur pas mal de sujet ("mais non madame, ce sujet n'est ni de droite, ni de gauche ; pas besoin de tergiverser, on n'a pas le choix, il faut faire cette réforme"), je pense que des articles comme ceux de T. Piketty ne peuvent qu'être salvateurs. Si vous n'êtes pas sur la même longueur d'onde politique que l'auteur du papier, ce dernier a au moins le mérite de mettre en avant le fait que la TVA sociale est loin d'être la seule réponse au problème que pose "la réforme de la structure de financement de la protection sociale, à recettes constantes". Il apporte donc des élément au débat public, notamment en faisant un peu de publicité à la Cotisation Patronale Généralisée (CPG). La politique c'est ça, réfléchir et faire des choix, et de préférence, faire les bons. Si on a plus de décision à prendre, alors la politique ne se résume plus qu'à de la communication.

La crise de 1929 n'aura pas lieu, par Daniel Cohen, Le Monde daté du 28 août
Alors que ce matin Jean-Pierre Gaillard s'excitait sur France Info, presque les larmes aux yeux, en nous expliquant que les bourses avaient tout reperdu ce qu'elles avaient consolidé ces derniers jours, Daniel Cohen pose les termes du dilemne auquel les banques centrales doivent faire face. "On aimerait meilleur choix : 1929 aujourd'hui ou demain..." Prochaine réunion de la BCE, 6 septembre, la Fed 10 jours plus tard. Tous les regards se tourneront vers J.-C. Trichet, son discours de gouverneur de la Banque Centrale Européenne sera alors décortiqué. Il nous a habitué à tenir raide la corde qui permet de limiter l'inflation au maximum. La situation des grandes places boursières va-t-elle le faire infléchir ? Va-t-il inclure dans sa politique la prévention des bulles financières et immobilières ? Réponse au prochain épisode.

Lutte des classes et des sexes, par Roland Pfefferkorn, Libé du 28 août
Ca va faire plaisir aux candidats du CAPES 2006, dont le sujet à l'écrit était le suivant : Peut-on parler de l’existence de classes moyennes dans la société française d’aujourd’hui ? Quelques bouquins de Louis Chauvel plus tard, la question paraît plus d'actualité que jamais. Sans se focaliser sur les classes moyennes, R. Pfefferkorn brosse rapidement le tableau de l'analyse de la société en terme de classe telle qu'elle a pu évoluer ces dernières décennies. Il met en avant non seulement la place des rapports de classe dans les objets de recherche en sociologie, mais souligne fortement la place croissante des rapports de genre, et évoque ceux de génération, et de "racisation" (le terme est de l'auteur). "Il faudrait apprendre à penser la structure sociale comme un entrecroisement dynamique de l’ensemble des rapports sociaux, chacun imprimant sa marque sur les autres". Le retour du concept de classe dans les sciences sociales seraient donc la preuve qu'il existe des "cycles concpetuels" semblant correspondre à d’autres cycles ­renvoyant aux rapports de force tels qu’ils s’expriment dans la société, ­notamment ceux que d’aucuns appelaient autrefois les «cycles de la lutte des classes».

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samedi 24 janvier 2009

6 livres

Encore une chaîne, et pour une fois elle ne vient pas de Denis C, mais du Global Sociology Blog, ça c'est la classe (Denis aussi c'est la classe ! mais le GSB, c'est la classe internationale !!).

Alors si j'ai bien compris, il faut citer les 6 bouquins qui me représentent le mieux. Pas facile. Représenter... 6 conseils de lecture, passe encore, mais représenter... Bon, tentons l'expérience, avec des livres au sens large. On va la faire chronologique, ce sera plus facile. En fait, avant de commencer la liste de livres, il faut parler de mes débuts de lecteur. Je citerais bien la station service du bourg de mon enfance. Elle n'existe plus. Mais je me souviens que, alors que j'étais en grande section de maternelle, on devait être au mois d'octobre novembre, j'ai lu mon premier mot. C'était "Super". Sur la pompe, à la station service. Mes parents avaient une 504 bleu turquoise. Ca c'est de l'info, du pipole, ça va buzzer sur le ouaib, c'est sur.

I. Le petit Nicolas, Sempé & Goscinny, ben oui... Je les ai tous lu, tous adorés. Nicolas avec Alceste son meilleur ami, toujours prêt à faire des bêtises dans le terrain vague, et puis Eudes, le costaud, celui qui tape avant de poser les questions quand ils jouent aux gendarmes et aux voleurs. Souvenirs, souvenirs...

II. Comme un certain Fr., je citerais un Zola, dans la série des Rougon-Macquart, probablement Pot-Bouille parce que c'est celui que j'avais étudié en Première pour le bac de français, donc c'est un des livres que j'ai le mieux lu. 1) je lis très mal, je lis que l'intro, puis je saute des pages, je reviens en arrière, je vais pas jusqu'au bout, etc... et 2) je lis très lentement. En ce moment je suis dans Moby Dick, autant vous dire que j'en ai pour 6 mois.

III. Questions de sociologie, Pierre Bourdieu et Le guide de l'enquête de terrain, Stéphane Beaud et Florence Weber. Rencontre avec la sociologie, la discipline scientifique. Du lycée et de mon passage par la filière ES je ne garde essentiellement que des souvenirs d'économie. La vraie claque, c'est à l'université. Je passe mes premiers partiels le jour de la mort de Pierre Bourdieu. Première année, l'extase, je comprends les rouages de la société, le trip Néo dans la matrice. Deuxième année, deuxième effet kisscool, "désenchanteur" et parfois déprimant. Troisième année les choses sérieuses commencent, la sociologie sera ma passion. En plus de S. Beaud j'aurai pu citer Bernard Lehman, Christophe Lamoureux, Christian Vogels, Rémy Le Saout. Il y a des profs qu'on oublie pas.

IV. Aide-mémoire Economie, Beitone et alii et 100 fiches pour comprendre les sciences économiques, Montoussé et alii. Ca ce sont les restes du Capes. J'en ai lu bien d'autres, des livres, des polys, des articles, des cours. Mais ces deux là, je crois que je les ai eu sur moi en permanence pendant 10 mois, nuit et jour.

V. L'esprit de l'athéisme : introduction à une spiritualité sans Dieu, André Comte-Sponville. Un jour je parlerai de religion sur ce blog...

VI. L'hiver de la démocratie, Guy Hermet. Dans le grand ordre de choses sur lesquelles porte mon intérêt, après la sociologie, vient la science politique. Je pense que ce bouquin d'Hermet a été le meilleur que j'ai lu en 2007 (Avec L. Chauvel et ses classes moyennes qui dérivent entre Stockholm et Buenos Aires).

Si j'avais eu un septième choix à faire, j'aurais probablement cité un bouquin de Luis Sepulveda que je viens de découvrir grâce à un ami Chilien. Il y a un an j'étais en train de crapahuter sur les glaciers de patagonie, côté argentin. Sepulveda m'a permis de traverser la frontière pour faire faire un tour à mon imagination du côté chilien. Et parvenir à faire voyager les gens sans les sortir de leur fauteuil de lecteur, c'est déjà pas mal.

Vont avoir le droit de se plier à ce petit exercice :
- Nicolas, le prof à l'accent si agréable !
- J'aurai aimé que Rémi, Renaud et Marjorie le fasse mais je ne suis pas sûr que la ligne éditoriale de leurs sites respectifs le leur permette.
- Ajoutons Alexandre et Stéphane, et nous sommes à 6 !

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lundi 12 avril 2010

Dossier retraites sur La Vie des Idées

Petit message juste pour signaler la très bonne initiative du site La vie des idées qui publie une série de vidéos très intéressantes sur la question des retraites :

- Bruno Palier, Pourquoi les français ne veulent pas travailler plus longtemps ? (il a posé la question ce matin sur Inter)
- Louis Chauvel, L'âge d'or des jeunes retraités
- Anne-Marie Guillemard, Valoriser l'expérience au travail
- Thomas Piketty, Universaliser le droit à la retraite

Il manque Alain Supiot pour prendre un peu de hauteur et dépasser la seule question des retraites. On peut le voir ici :
- Alain Supiot, à propos de la justice sociale
[EDIT : 13/04/10] Alain Supiot sera en conférence le lundi 3 mai, à Nantes. Tous les renseignements ici.

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mardi 11 décembre 2007

L'argent ne fait pas le bonheur...

...mais il y contribue. Le CREDOC (Centre de Recherche pour l'Etude et l'Observation des Conditions de vie) dévoile quelques conclusions d'une étude à paraître prochainement, qui montre qu'en matière de conditions de vie les hauts revenus se détachent globalement des autres catégories de la population depuis 25 ans. Et dans le même temps les classes moyennes "dérivent" - selon l'expression consacrée par Louis Chauvel - de plus en plus vers les bas revenus.

Pour observer des courbes très intéressantes, c'est par ici.

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vendredi 24 août 2007

Fonctionnaires/gens du privé : vivons nous sur la même planète ?

Le sens commun oppose quotidiennement le secteur public au secteur privé. Il y a plusieurs raisons à cela, et également plusieurs moyens pour propager l’idée même de cette opposition. La presse écrite, et plus particulièrement les magazines hebdomadaires économiques ou d’actualité, a pris l’habitude de consacrer régulièrement des dossiers à la fonction publique et aux supposés « privilèges » de ceux qui en font partie, les fonctionnaires (et à la télévision aussi). Bien des arguments sont invoqués pour fustiger ces derniers et bien sûr les organisations dans lesquelles ils exercent leurs métiers. En témoigne les parutions plus ou moins récentes qui mettent en exergue l’impossibilité de réformer l’administration, la réforme étant entendue comme l’économie des moyens (humains et financiers), de juguler l’inflation jugée irrationnelle des effectifs de certains ministères, limiter la puissance des syndicats qui conduit à l’immobilisme, etc. Toutes ces raisons font que le discours ambiant oppose salariés du privé et salariés du public, comme s’il existait deux France, comme si la majorité maltraitée ne pouvait qu’en vouloir à la minorité privilégiée (précisons que le secteur public employait environ 5,95 millions de salariés soit 26,3 % de la population active du pays au 31 décembre 2003).


A l’heure où medias, politiques et sociologues affirment que la « loi du progrès générationnel » – selon laquelle les générations puînées disposeraient mécaniquement de plus de ressources que les aînées – n’est plus vérifiable, il n’est pas étonnant de voir un sentiment d’inquiétude se propager. Celui-ci a pour conséquence directe de renforcer l’attractivité du secteur public auprès de la jeune génération, celle à qui l’on répète à l’envi qu’elle vivra moins bien que ses parents. La dichotomie entre secteur public et secteur privé s’appuie notamment sur le fait que « les mécanismes qui déterminent l’évolution des salaires sont différents : les salaires dans le secteur privé sont davantage sensibles au cycle économique, tandis que dans le secteur public ils font l’objet de négociations centralisées" (Pouget, 2005). En effet, alors que l’économie se mondialise, avoir l’assurance que sa rémunération est encadrée par des procédures et des règlements devient un luxe, tout comme le fait de savoir que l’on conservera une certaine sécurité de l’emploi jusqu’à l’heure de la retraite. Marie Cartier dans son travail sur les facteurs nous montre combien la vision du salariat d’exécution à La Poste a évolué en fonction du contexte économique. Avant les années 1970 les facteurs parvenaient à « mettre à distance leur condition de salarié subalterne », alors que pour ceux recrutés depuis les années 1980, la transformation de leur métier les cantonne à un travail perçu comme « physiquement usant, et dont le prestige et l’autonomie diminuent ».

Outre les agents, la représentation collective de l’administration renvoie dos-à-dos deux espaces : le service public et le secteur concurrentiel. Dans Sociologie de l’administration française (1983), François Dupuy et Jean-Claude Thoenig mettent en avant un sondage réalisé en 1974 dans lequel 77% des personnes interrogées se disaient déjà convaincues que « la machine administrative est trop lourde et compliquée ». Aujourd’hui, lorsque l’Institut Delouvrier publie ses « baromètres » de satisfaction du service public, ce sont toujours les problèmes de personnels et d’ordre organisationnel qui ressortent pour justifier les insatisfactions. Le contraste avec le secteur concurrentiel est énorme : on oppose les « abrités » du secteur public à la précarité de l’emploi et aux dures exigences de la rentabilité du secteur « exposé », mais également la rigidité bureaucratique des structures administratives à la souplesse réputée des entreprises privées.

Le secteur public apparaît donc comme impossible à réformer. Comme si pousser la porte d'une administration publique constituait un formidable voyage dans le temps de 25 ans : la France est immobile, voire en déclin. Pourtant les mutations sont considérables, comme l'a montré Bruno Palier (2006) et un certain nombre de chercheurs en sciences sociales : «la France a connu de profondes transformations économiques, sociales et politiques au cours des décennies précédentes ». Les auteurs de La France en mutation 1980-2005 dégagent trois constatations : le marché, l'ouverture, la concurrence ont partout gagné du terrain ; des changements très progressifs, parfois silencieux, mais très profonds, ont bien eu lieu, mais sans être porté par une vision d'ensemble ; et l'écart entre les changements accomplis et le peu de visibilité politique de leurs étapes permet de comprendre la crise politique que connaît la France, et que l'actualité éléctorale de ces derniers mois ne saurait masquer.

Les preuves du passage de la logique de moyens à la logique des résultats et de la performance pleuvent tous les jours. La Division des Etudes et de la Prospective (DEP) de l'Education Nationale a récemment été rebaptisée DEPP : un deuxième P pour Performance. "L'idéologie gestionnaire" telle que décrite par V. de Gauléjac s'infiltre partout, le management règne, dans le public comme dans le privé, et les quelques rares endroits du secteur public qui ne sont pas encore concernés par la tendance sont soit des "placards", soit promis au "changement" à court terme. Le vocabulaire du changement, et du changment par le projet est omniprésent : conduite de projet, projet d'établissement, contrat de projet Etat-Région, projet professionel personalisé, projet de vie, projet de couple, partout les mots sont là pour construire une réalité. Le caractère performatif de la sémantique est indéniable, nous sombrons dans le culte du projet, que l'on soit du privé ou du public.

Nous ne sommes donc pas si différent, à nous aussi la fatigue d'être soi, le stress du résultat, la dictature du chiffre. Et les réformes prévues (retraites, régimes spéciaux, service minimum, etc) gomment de plus en plus les dernières différences, ces différences qui parfois pouvaient se justifier par le fait que les fonctionnaires gagnent moins que les autres. Ah oui, on l'oublie souvent celle là. Pourtant, l'INSEE nous le rappelle un peu tous les ans. "Compte tenu d’une hausse des prix de 1,8 % en moyenne annuelle en 2005, le salaire brut moyen [des agents de l'Etat] a diminué de 0,2 % en euros constants et le net de 0,9 %". Considérant en plus que les enseignants restent les cadres les moins bien payés de la fonction publique, et que ma génération, celle qui commence à travailler dans les années 2000, devra certainement cotiser plus de 45 ans, on a du mal à croire que ces fonctionnaires puissent encore être taxés de privilégiés.

Sources :
Blais André et Dion Stéphane, « Les employés du secteur public sont-ils différents ? », Revue Française de Science Politique, 1987, Vol. 37, N°1, p. 76–97.
Cartier Marie, Les facteurs et leurs tournées, un service public au quotidien, La Découverte, Paris, 2003, pp 173-198.
Chauvel Louis, Le destin des générations : structure sociale et cohortes en France au XXe siècle, PUF, Paris, 1998.
De Gaulejac Vincent, La société malade de la gestion. Idéologie gestionnaire, pouvoir managérial et harcèlement social, Le Seuil, Paris, 2005.
Dupuy François et Thoenig Jean-Claude, Sociologie de l'administration française, Armand Colin, 1983.
Gombault Vincent et Quarré Dominique, Les salaires des agents de l'État en 2005, INSEE Première, Numéro 1151 - juillet 2007.
Palier Bruno (sous la dir de), La France en mutation 1980-2005, Presses de Sciences Po, Paris, 2006.
Pouget Julien, « Secteur public, secteur privé : quelques éléments de comparaisons salariales », Les salaires en France - Édition 2005, INSEE, Paris, 2005, pp 29-40.
Institut Paul Delouvrier, 4ème édition du baromètre BVA / Institut Paul Delouvrier

Crédit illustration : Blog de Fañch
Edit 25.08.07 : Gizmo vous propose ce document pour compléter le propos sur les salaires des enseignants.

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