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mercredi 14 mai 2008

Vieillissement et nouvelles technologies

Si comme moi vous vous réjouissez d'avoir un beau-père sexagénaire accroc à Skype et à sa webcam pour communiquer avec ses enfants éloignés, une voisine à la retraite qui cherche à comprendre comment fonctionne la SD Card de son appareil photo numérique, une vieille tante toute fière de vous apprendre qu'elle vient de s'inscrire à ses premiers cours d'informatique, une maman qui a enfin dompté cet animal bizarre qu'est la souris, alors vous serez heureux d'apprendre que la FING (Fondation Internet Nouvelle Génération) a donné pour thème à son Université de Printemps l'innovation numérique et le vieillissement.

Le vieillissement de la population et l'avènement des technologies numériques sont deux phénomènes de société majeurs en ce début de XXIe siècle. Il existe un véritable fossé numérique entre les générations, même s'il n'est pas uniquement sous tendu par cette variable (voir ici). Je trouve l'initiative qui consiste à faire se rencontrer des recherches menées sur ces deux phénomènes particulièrement intéressant. En plus cela devrait donner lieu à la présentation de nouveaux usages toujours passionnants pour les geeks et autres nerds de tous poils. Le tout visible en streaming en direct. Ca se passe à Aix, les 5 et 6 juin.

>>> Pour en savoir plus

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lundi 22 octobre 2007

Louis Chauvel et l'âge des députés

Vive l'anti-refletsCe n'est pas la première fois, ni la dernière fois que l'on parlera de Louis Chauvel sur ce blog. Et ce n'est probablement pas la dernière fois que je parlerais de La vie des idées, nouveau magazine en ligne publié par La République des idées. J'en parlais d'ailleurs pas plus tard que la semaine dernière.

A la suite d'un article publié dans Le Monde au lendemain des élections législatives du printemps dernier (article que je commentais ici), Louis Chauvel s'est mis en tête d'étudier de plus près l'évolution de la moyenne d'âge de nos représentants à l'Assemblée Nationale. Une étude longitudinale comme on dit. Et ça donne ça, disponible gratuitement et intégralement en ligne. Vous aimiez les strobiloïdes, les graphiques un peu bizarres mais très parlant, vous allez adorer ça :


Bonne lecture !

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mardi 25 septembre 2007

L'aristocratie patrimoniale : une nouvelle classe sociale ? (2)


Middle class
Originally uploaded by VLKR.
Dans Les classes moyennes à la dérive, Louis Chauvel dresse un portrait peu reluisant de l'avenir qui s'offre à nous, les gens du milieu. Sombrer dans le déclassement social, ou survivre dans l'aristocratie patrimoniale... drôle de choix.


La semaine dernière je revenais sur les différentes conceptions sociologiques des classes sociales. Je terminais mon billet en empruntant la méthode décrite par Louis Chauvel dans Le retour des classes sociales [2001] :
On parlera de classes sociales pour des catégories :
1) inégalement situées — et dotées — dans le système productif ;
2) marquées par une forte identité de classe, dont trois modalités peuvent être spécifiées :
— l’identité temporelle (2a), c’est-à-dire la permanence de la catégorie, l’imperméabilité à la mobilité intra- et intergénérationnelle, l’absence de porosité aux échanges matrimoniaux avec les autres catégories (homogamie) ;
— l’identité culturelle (2b), c’est-à-dire le partage de références symboliques spécifiques, de modes de vie et de façons de faire permettant une inter-reconnaissance ;
— l’identité collective (2c) à savoir une capacité à agir collectivement, de façon conflictuelle, dans la sphère politique afin de faire reconnaître l’unité de la classe et ses intérêts.


Le même Louis Chauvel dans son dernier ouvrage, revient sur l’existence et la survie des classes moyennes en France. Analyse forte intéressante dans un livre à la fois court, abordable, précis, percutant mais démoralisant (autant prévenir tout de suite), je ne peux que vous conseiller de lire la centaine de pages qu’il représente. Si vous manquez de temps, pensez liens-socio, vous y trouverez forcément une fiche de lecture. De son étude il ressort que les classes moyennes semblent au bord du gouffre et que, au vu des choix politiques qui sont ceux de la France depuis les dernières échéances électorales, leur salut ne repose que sur la capacité de la génération des babyboomers à léguer quelque patrimoine à leur descendance (j’extrapole un peu, puisque le livre est sorti à l’automne 2006, donc avant les présidentielles).

Maman, donne moi mon sédatif !
Page 77, le sociologue qualifie de « sédatif » l’aide intergénérationnelle des parents vers les nouvelles générations. En effet, devant la raréfaction des postes stables, l’inflation scolaire, les difficultés d’accès au logement, la domination d’un système « up or out » (tu monte ou tu sors, tout échec dans ta carrière sera fatal), la survie des enfants de la classe moyenne dépend du capital social des parents, de leurs relations. Et « sans le sédatif que représente l’aide substantielle que de nombreux parents attribuent de façon presque automatique à leurs enfants, la souffrance d’une partie des nouvelles générations n’aurait pu passer inaperçue ».

Ceux qui privilégient le loisir au travail (au sens où ils aspirent à travailler ce qu’il faut pour pouvoir s’épanouir ailleurs que dans le travail, pas au sens de rester le cul sur sa chaise tout seul chez soi) sont socialement en danger de déclassement. Car pour accroître son réseau social, et s’assurer ainsi de surfer sur la bonne vague, mieux vaut travailler 90 heures par semaine que 35 ou même les 48h légales… Travailler beaucoup plus, pour être sûr de ne pas dégringoler dans la hiérarchie sociale : Nicolas Sarkozy avait raison, mais en même temps c’était facile, il a contribué lui-même à ce que cet état de fait advienne. On appelle ça une prophétie autoréalisatrice.

On pourrait se réjouir, finalement, que la générosité familiale soit parvenue à « maintenir l’édifice social » jusqu’à aujourd’hui. Oui mais voilà, « l’argent va à l’argent » comme le rappelle si bien Louis Chauvel, et il vaut mieux être fils d’une famille qui-n’en-a et qui-n’en-veut. « Ceux qui reçoivent le plus sont les enfants issus de familles mieux situées et accédant eux-mêmes aux meilleures positions sociales ». Se pose donc la question de la méritocratie, car on voit mal une mère de famille qui-n’en-a dire à son fiston : « non mon chéri, ce mois-ci je donne ton petit pécule à ton ami qui n’a pas la chance que tu as, à savoir des parents derrière lui pour l’aider dans la vie ». Caricatural ? Bon d’accord, peut-être un peu… Mais Louis Chauvel lui, enfonce le clou :
« La solidarité familiale a certes permis à ceux qui en bénéficient d’amortir des chocs dont la violence aurait été sinon d’une autre visibilité, mais avec quelles conséquences ? D’une part les entreprises ont fini par s’habituer à faire travailler les jeunes pour presque rien, grâce aux généreuses subventions des familles. D’autre part, en agissant comme un analgésique puissant, cette solution a fait oublier le mal qui empire. »


Hors de la pierre, point de salut.
Le problème supplémentaire et fatal dans une société comme celle-ci, c’est qu’on s’expose à un risque de « repatrimonialisation de l’accès au classe moyenne ». En plus du capital social des parents, il semblerait que la réussite soit de plus en plus conditionnée par le capital économique qu’ils ont pu accumuler. On perçoit là le caractère profondément injuste d’une société qui reposerait avant tout sur l’inégalité des chances dès la naissance. Il est loin pour la jeune génération le rêve, rêve qu’avaient largement embrassé leurs parents, d’avoir un travail intégrateur pourvoyeur d’autonomie et de stabilité sociale.

Le risque est donc de voir les différentes composantes des classes moyennes sombrer majoritairement vers les classes populaires, pendant qu’une fraction dominante culturellement ET économiquement parviendra à sauver ses enfants du déclassement social. Cette classe, ou ce projet de classe, Louis Chauvel l’appelle l’aristocratie patrimoniale. Et je ne sais pas ce que vous en pensez, mais quand on entend parler de bouclier fiscal, de déductibilité des intérêts d’emprunt, allégement des droits de succession, détaxation des donations sans oublier l’exonération des salaires étudiants, on peut se dire que cette aristocratie a sûrement de beaux jours devant elle…

Sources :
Louis Chauvel, Les classes moyennes à la dérive, Seuil, 2006.


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jeudi 23 août 2007

Suis-je un profiteur du peuple ?


Il m'est arrivé une histoire assez surprenante hier en fin d'après midi, alors que je faisais mes courses dans une entreprise de grande distribution bien connue. J'arrive au rayon boulangerie, un peu pressé par ce que fin de la liste de courses, envie d'en découdre avec la file d'attente à a caisse, passer ma carte fidélité, payer et partir dans mon home sweet home. Un monsieur d'âge respectable se tient là, devant les boules tranchées aux graines de sésame, et moi qui ai le bras long, c'est bien connu, je souhaite atteindre les boules classiques, nettement plus apetissantes (et moins chères). Je demande "Pardon" au monsieur et profite de l'intervalle ainsi créé pour me glisser tel Dominici dans les lignes arrières anglaises. Mais là le probable jeune retraité se fige sur place.

Crime de lèse-majesté odieux de ma part, il considère que je lui ai piqué son espace vital. L'air de rien, mais de manière frontale, la discussion s'engage. Avec une formule détournée il me fait bien comprendre que je manque de "savoir-vivre avec les autres". Je pratique selon lui le "pousse-toi de là que je m'y mette" ! Il me regarde et me jauge, et affirme d'un ton péremptoire que "ce sont des pratiques de fonctionnaires" (allez savoir pourquoi), et me pose la question fatidique : "vous êtes fonctionnaire ?". Oui je le suis (enfin presque, je devrai signer mon procès-verbal d'installation dans mon nouveau poste d'ici une quinzaine de jours). "Vous êtes dans l'enseignement ?". Un peu bluffé sur le coup par la formidable accuité de mon interlocuteur, je ne trouve rien de mieux que de lui répondre sur un ton ironique : "vous auriez du faire sociologue !". Et lui de me répondre : "ah, c'est la pire espèce les enseignants, des profiteurs du peuple". L'échange se muscle, mais nous controlons respectivement nos pulsions, lui se dirige vers les légumes, moi vers les caisses. Fin de l'histoire.

Qu'est ce que ce petit dramelet contemporain peut bien nous apprendre ? Que la génération baby-boom est moins polie que ses enfants et petits-enfants ? Ca c'est pas nouveau... Que les fonctionnaires sont encore des pestiférés alors qu'ils n'ont plus vraiment de privilèges, ou qu'en tout cas ils n'en auront plus à très court terme. Ca aussi nous le savons. Non, on apprend plutôt qu'on peut être retraité et bien malin. Un français sur quatre exerce dans la fonction publique. SI les orientations politiques actuelles vont tendre à faire diminuer ce chiffre, le petit monsieur aigri avait quand même une grande probabilité de tomber juste. Oui mais il a deviné que j'étais "dans l'enseignement". Alors quoi ? Mon habitus de prof se voit déjà ? Est-ce mes lunettes rectangulaires ? Ma chemise à rayures ? Ou bien ma gabardine qui lui a rappelé les robes des ses instituteurs d'antan, ceux qui tapaient forts avec leurs règles carrés pour que l'algèbre rentre mieux dans les petites têtes blondes, ceux que Brighelli et consorts voudraient voir rescuciter. Plus sérieusement, un fonctionnaire sur deux exerce dans le ministère de l'Education Nationale. Voilà la probabilité de tomber de juste qui augmente. Et moi de tomber dans le panneau dressé par le vieil aigri. Avec une impression que cette manie de dresser une partie de la population contre l'autre propre à certains a fait des petits dans la tête de mes concitoyens.

Cette petite note servant d'éxutoire à ma colère d'hier au soir, je vous réserve quelques petits biscuits, plus intéressant, sur les fonctionnaires et les retraites, ou comment cet énergumène s'est permis d'insulter un membre d'une génération sacrifiée pour la sienne, qui paiera sa retraite et celle de sa femme jusqu'à presque 70 ans.


Crédit photo : - senior citizen - par RoOobie sur Flickr

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