mardi 16 octobre 2007

A propos du conseil scientifique de La vie des Idées


Laviedesidées.fr est en ligne. Il s'agit d'un nouveau "magazine d’analyse et d’information sur le débat d’idées". On connaissait déjà La République des Idées, la collection dirigée par Pierre Rosanvallon et Thierry Pech au sein des éditions du Seuil. Les ouvrages parus dans cette collection se remarquent par leur couverture orange, et à la fois leur qualité et leur concision. En quelques mois elle a su gagner le statut d'incontournable pour qui s'intéresse aux questions économiques et sociales. La vie des idées semble partir sur les mêmes bases, tout en profitant des avantages des technologies de l'information et de la communication : rendre accessible (par la gratuité) les idées, favoriser le foisonnement intellectuel en supprimant les obstacles matériels entre l'émission et la réception de productions scientifiques rigoureuses, le tout dans le but d'améliorer la qualité du débat d'idées. Les objectifs sont parfaitement louables.

Mais une visite rapide de la rubrique "qui sommes nous ?" me fait m'interroger sur un point précis ; voici la composition du conseil scientifique de La vie des idées, cherchez l'intrus :

Stéphane Audoin-Rouzeau (EHESS), Edouard Bard (Collège de France), Loïc Blondiaux (Université de Lille), Pierre Bouretz (EHESS), Robert Castel (EHESS), Eve Chiapello (HEC), Daniel Cohen (ENS), Stanislas Dehaene (Collège de France), Mireille Delmas-Marty (Collège de France), Philippe Descola (Collège de France), Mamadou Diouf (Columbia University), Jean-Luc Domenach (CERI), François Dubet (Université de Bordeaux II), Jean-Paul Fitoussi (OFCE), Carlos Forment (New School for Social Research), Antoine Garapon (IHEJ), Nilufer Göle (EHESS), Roger Guesnerie (Collège de France), Sudhir Hazareesingh (Oxford University), Christophe Jaffrelot (CERI), Baber Johansen (Harvard University), Sunil Khilnani (Johns Hopkins University), Henry Laurens (Collège de France), Claude Lefort (EHESS), Bernard Manin (EHESS), Pierre-Michel Menger (EHESS), Olivier Mongin (Esprit), Serge Paugam (EHESS), Thomas Piketty (Ecole d’Economie de Paris), Alain Prochiantz (Collège de France), Jacques Revel (EHESS), Olivier Roy (CERI), Jean-Frédéric Schaub (EHESS), John Scheid (Collège de France), Patrick Weil (CNRS)

L'avez vous trouvé ? Loïc Blondiaux est le seul membre de ce conseil présenté comme un universitaire (en faisant exception de ceux qui officient à l'étranger). Voilà une caractéristique de la recherche (et plus largement de l'enseignement supérieur) à la française. La reconnaissance scientifique ne passe pas par les universités mais par les grandes écoles et les organismes de recherche. Et cela semble encore plus prononcé dans les sciences sociales que dans les sciences dites dures.

Qui est donc ce Loïc Blondiaux ? La solution de facilité, recherche sur Google. Premier résultat, cliquons ! On peut lire [Loïc Blondiaux] est désormais Professeur en Science Politique à l'IEP de Lille. Ah, l'IEP de Lille, une grande école... l'honneur est sauf, et le système dual de l'enseignement supérieur français a de beaux jours devant lui.


Edit (18/10/2007) : Suite à une discussion avec Baptiste Coulmont (voir les Commentaires), il convient de préciser un certain nombre de choses. L'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales est régie par la même loi que les universités (Loi Savary de 1984 relative aux Etablissements Publics à Caractère Scientifique, Culturel et Professionnel). L'EHESS est néanmoins classé parmis les "Grands Etablissements" en vertu d'un décret de 1985. Elle déroge donc à de nombreuses dispositions de la loi Savary, et son organisation et son fonctionnement sont fixés par décret en Conseil d'Etat.

4 commentaires:

Baptiste a dit…

l'EHESS est certes à la marge du champs universitaire, mais les enseignants de l'EHESS sont des universitaires, non ?

Pierre M a dit…

Tout dépend de la définition de "l'universitaire". Mais au sens strict, l'EHESS est une Grande Ecole, pas une université (pas les mêmes statuts, pas la même organisation, pas les mêmes cursus, etc). Même s'il y a recherche et enseignement dans la même structure, ça n'est pas une université. Et les intervenants qui pourraient être rattachés à des labos dans les universités se présentent toujours comme issus de l'Ehess, pas de leurs universités. C'est une question institutionnelle, d'affichage, de prestige. Les pratiques qui ont lieu dans le champs de l'enseignement supérieur sont assez révélatrices. Et je trouve ça dommage, notamment parce que, vu de l'extérieur de l'héxagone, cela ne ressemble pas à grand chose.

Baptiste a dit…

Vos commentaires sur mon blog ont été mangés par mon vérificateur de spam, et je n'ai pas réussi à les retirer de son estomac...
L'EHESS n'est pas une Grande école... et son statut est expliqué ici
http://www.ehess.fr/formation-personnel/document.php?id=322
"L'EHESS est dotée du statut d'établissement public (EPSCP) qui régit les universités. L'École et l'Etat concluent, tous les quatre ans, un contrat de développement qui détermine ses orientations et sa place dans le dispositif national de la recherche en sciences sociales."
Alors... elle est peut-être plus prestigieuse... mais il n'empêche !

Pierre M a dit…

Dont acte.
J'ai cherché sur le site le statut de l'Ecole mais n'ai pas trouvé la page. Merci pour le lien. Je retire donc ce que j'ai dis, et m'en vais de ce pas modifié mon post. Mais il n'en reste pas moins que l'Ehess n'a pas du tout l'image d'une université (et je n'ai pas l'impression qu'elle fasse quoi que ce soit pour changer cela)...