jeudi 28 février 2008

De la démocratie sur la planète Terre

5 janvier, élections présidentielles en Géorgie ; 12 janvier, législatives à Taïwan ; 20 janvier et 3 février, présidentielles en Serbie ; 27 janvier, élections régionales en Allemagne ; 5 février, "super Tuesday" des primaires américaines ; 8 février, législatives en République Tchèque ; 17 février, 1er tour des présidentielles chypriotes ; 18 février, législatives au Pakistan ; 19 février, élections présidentielles en Arménie ; 2 mars, présidentielles en Russie, 9 mars législatives en Espagne ; 9 et 16 mars, municipales et cantonales françaises ; 14 mars, législatives en Iran... j'en ai oublié la moitié, et toute l'année 2008 est du même tonneau que son premier trimestre. Le planning de la démocratie est chargé, est-elle pour autant en bonne santé ? A la lecture du dernier ouvrage de Guy Hermet, L'hiver de la démocratie, ou le nouveau Régime (Armand Colin), on est en droit d'en douter.

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Jedi's links [4]

Et c'est reparti mon kiki.

Dur début de semaine, c'est impressionnant comme le net modifie en profondeur les comportements. Après un break off-line (mon cher Jacques Toubon, si tu nous lis...) de quinze jours, l'ouverture de mon Netvibes ressemble à un mauvais cauchemar ; des centaines de notes non lues à droite, à gauche, au milieu, au dessus, en dessous, dans l'onglet d'à côté. Surtout que je rejoins complètement le constat de Jean-Edouard de RCE : la période est tellement riche en sollicitations et stimuli divers que l'envie de rédiger 1000 notes se transforme en incapacité d'en rédiger une seule digne de ce nom.

Qu'à cela ne tienne, voici quelques propositions de lectures :

L'économie de marché est-elle libérale ? par Philippe Mignard et Christian Chavagneux. C'est l'éditorial du dernier numéro de L'économie politique. Et je vous assure que la question mérite bien d'être posée, contrairement à ce que l'on pourrait croire.

Marre d'encaisser en silence. Un article particulièrement intéressant sur le site de la revue Regards (qui vaut le coup d'oeil !), immersion dans un pays que l'on traverse une ou deux fois par semaine sans y prêter attention, celui de la ligne de caisse de votre supermarché fétiche. Le 1er février, les habitantes de ce pays (il n'y a quasiment que des femmes) sont sorties de chez elle. Et ça leur a fait du bien.

Sur le chemin de l’école 2.0, par Jean-Marc Mannach sur le site InternetActu, fort stimulant. Merci à Olive de me l'avoir fait connaître, j'étais passé à côté.

Dans le bloc-note de Philippe Meirieu des propos intéressant sur la prise en compte du mérite dans la rémunération des enseignants et l'obligation de résultats dans le système éducatif.

Enfin le point de vue de Jean Pisani-Ferry publié cette semaine dans Le Monde : Pourquoi l'Europe s'enrhume ?

Bonnes lectures

mardi 26 février 2008

Un taggeur sachant tagger...

Me suis fait rattraper par la patrouille Colombi... Denis Colombi d'une heure de peine m'a taggé. Whazat ? En gros ça ressemble aux chaînes de courriers du XXe siècle, ou plus proche de nous à une chaîne de mail, sauf que c'est sur des blogs. Un bloggeur a du, un jour, raconter 6 choses insignifiantes sur sa vie et demander à 6 autres bloggeurs de faire de même, raconter 6 choses que les lecteurs du blog ne savent pas. Et ainsi de suite, jusqu'à ce que mon heure arrive. Une fois n'est pas coutume, je vais me plier à cette norme sociale. Mais pas sans tenter d'analyser pourquoi je le fais.

1) Parce que Denis m'a taggé et que j'aime bien lire Denis, donc pour lui faire plaisir, par courtoisie et politesse, je le fais.
2) Parce que ça ressemble à une sorte de rite de passage (la blogosphère a quelque chose de tribal), et que ça n'est pas inintéressant de participer à ce genre d'expérience.
3) Parce que ça ressemble également à un système d'échange. D'échange de lien (hypertexte en l'occurrence), mais aussi d'échange de reconnaissance entre guillemets, et ça rejoint le point 2.
4) Dans la continuité du point 3 ça me rappelle Bronislaw Malinowski, les Trobriandais et le Kula, mais également Marcel Mauss et sa théorie du don. Denis nous a donné 6 éléments de sa personnalité, on ne peut refuser ce don, et on se doit d'une certaine manière de contre-donner. Le don est à la fois la source d'une certaine forme de lien social mais également une relation de pouvoir puisqu'il oblige celui qui reçoit à accepter le don puis à le rendre d'une manière ou d'une autre.

Ne t'inquiète pas Denis, j'ai parlé de Kula et pas de Potlatch, je ne vais pas révéler 7 points et te tagger en retour pour que tu en donne 8. Bref, aucune rivalité à détecter là dedans, juste de la réciprocité.

Allez zou, c'est parti :

#1 : En fait je crois que j'aurai aimé être cartographe. Dès que je découvre une nouvelle contrée, je ne peux pas m'empêcher d'acheter une carte détaillée du coin, au grand dam des personnes qui m'accompagnent.

#2 : D'une certaine manière je pense que c'est lié au point précédent, je suis fasciné par les finistères, les caps, les péninsules... Je rêve de parcourir tous les "bouts" de la planète, je voudrais apprendre à piloter pour les survoler, et à surfer pour communier avec la vague (ça c'est mon côté "Westside")

#3 : et pour finir la série géographe frustré, j'adore les phares ! Ben oui, c'est la dernière maison qu'on trouve au bout de la terre, le phare. D'ailleurs je préfère les phares sur terre aux phares en mer.

#4 : j'aime le moment quand dans la salle des profs tu lance un "t'as entendu ce matin à la radio ?", et tout le monde sait que tu parles de l'invité de France Inter de 8h20... et non pas celui d'RTL de 7h55.

#5 : la première année de sociologie est fascinante, la deuxième douloureuse, la troisième déconcertante, et la quatrième passionnante. Et le reste de votre vie s'en trouve changé. Je veux allez voir comment c'est plus loin...

#6 : mon instrument préféré est la contrebasse... c'est physique autant que musical, c'est un instrument qui ne fait pas seulement vibrer mes tympans mais mon corps tout entier. Et je ne pense pas être le seul dans cette situation. Un physicien pourrait peut être m'expliquer pourquoi les graves nous font vibrer.

Désolé pour ceux qui auront trouvé ce billet déplacé parce qu'un peu hors normes et très inhabituel. Tant mieux si certains sont content d'en savoir un peu plus. I did the job, comme on dit. Merci Denis. A mon tour de passer le témoin. And the winners are :
- Manuel Canevet, de Toujours Plus,
- Nicolas Anoto, de Prof&Militant
- François Briatte, de Boite Noire s'il passe par là.
- Christophe Foraison, de SOS...SES
- Gizmo, mais je pense que c'est peine perdue ; je ne sais pas comment traduire tag en langage Mogwaï.
- et puis je me défile pour le dernier, Denis a déjà vidé ma liste...

lundi 25 février 2008

Mon patron dans la tourmente ?

Sondage, tu me fais tourner la tête... Ou plutôt celle de mon patron, le Ministre Darcos.

Devoir de réserve et neutralité du professeur obligent, je ne parlerai pas de la personne de Xavier Darcos, ni même de sa fonction, mais plutôt des sondages qui pleuvent sur Périgueux, ville dont il est actuellement le premier magistrat. A mon retour en France, après une pause de 15 jours, qu'apprends-je ? Henri Salvador est mort, Nicolas Sarkozy multiplie les bourdes alors qu'il est déjà en posture délicate (Mémoire de la Shoah, défiance vis-à-vis du conseil constitutionnel, "casse toi pauv'con"...) et mon grand chef garderait son fauteuil de Maire dès le premier tour, comme la dernière fois.

Et puis dimanche, c'est la déroute : une nuit de 12 heures pour se remettre d'un vol aussi long et d'un France-Angleterre perdu, et pouf, X. Darcos en passe de perdre Périgueux. Mais que s'est il passé en 24h ?

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jeudi 7 février 2008

Jedi's links [3]

Cette semaine, glané ça et là sur la toile :

Via le café pédagogique, Que peut apporter aux enseignants la pensée d'Edgar Morin ? par Jacques Nimier (PedagoPsy.eu)

De l'académie de Platon à la Star Academy, par Michèle Narvaez (Sens public). J'ai connu un Monsieur Narvaez il y a quelque temps, mais je ne sais pas s'il y a un lien avec l'auteure de cet article.

La flexibilité danoise n'est pas seulement la flexibilité des contrats de travail
, par Alain Lefebvre (Sociétés Nordiques)

Deux notes bien senties sur Ceteris Paribus :
Au nom du people français
Le crime du 4 février

Les jeunes n'aiment pas l'entreprise ? ou comment ceux qui le pensent sont aussi ceux qui prouvent le contraire... par Olivier Bouba-Olga

Il n'y aura pas de billets dans les quinze prochains jours, pour cause de vacances bien méritées. Alors pour en savoir plus sur ma destination :

L’Argentine ou les limites du système de gouvernance financière internationale, par Guislaine Guiran (Melchior)

mardi 5 février 2008

Revalorisation nominale, revalorisation réelle

Il y trois types d'annonces gouvernementales (ou presido-gouvernementale dans la "Ve République post moderne") : celles qu'il faut annoncer avant une période électorale, celles qu'il faut annoncer après, et celles qu'il faut annoncer suffisamment tôt pour que le soufflé soit retombé avant. Le paquet fiscal et la réforme des régimes spéciaux faisaient partie de la troisième catégorie. Les annonces de revalorisation du minimum vieillesse et du salaire des fonctionnaires entrent dans la première. Et nous ne savons pas encore quelles seront celles qui entreront dans la seconde catégorie, les paris sont ouverts.

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lundi 4 février 2008

L'économie communiste de marché

Retrouvé via Rezo.net, un papier signé Alain Supiot et paru dans Le Monde daté du 25 janvier 2008 que je n'avais pas vu passé. Je vous conseille la lecture de l'article dans sa version intégrale (en cliquant ici). Si vous êtes pressés, j'en reproduis ici les derniers paragraphes qui me semblent tout à fait intéressants.

Avec leur arrogance habituelle, les Occidentaux ont vu dans [la conversion de l'Europe de l'Est et de la Chine à l'économie de marché], et l'élargissement de l'Union qui en a résulté, la victoire finale de leur modèle de société, alors qu'ils ont donné le jour à ce que les dirigeants chinois appellent aujourd'hui "l'économie communiste de marché".

On aurait tort de ne pas prendre au sérieux cette notion d'allure baroque, car elle éclaire le cours pris par la globalisation. Edifié sur la base de ce que le capitalisme et le communisme avaient en commun (l'économisme et l'universalisme abstrait), ce système hybride emprunte au marché la compétition de tous contre tous, le libre-échange et la maximisation des utilités individuelles, et au communisme la "démocratie limitée", l'instrumentalisation du droit, l'obsession de la quantification et la déconnection totale du sort des dirigeants et des dirigés. Il offre aux classes dirigeantes la possibilité de s'enrichir de façon colossale (ce que ne permettait pas le communisme) tout en se désolidarisant du sort des classes moyennes et populaires (ce que ne permettait pas la démocratie politique ou sociale des Etats-providence). Une nouvelle nomenklatura, qui doit une bonne part de sa fortune soudaine à la privatisation des biens publics, use ainsi de la libéralisation des marchés pour s'exonérer du financement des systèmes de solidarité nationaux.

Cette "sécession des élites" (selon l'heureuse expression de Christopher Lasch) est conduite par un nouveau type de dirigeants (hauts fonctionnaires, anciens responsables communistes, militants maoïstes reconvertis dans les affaires) qui n'ont plus grand-chose à voir avec l'entrepreneur capitaliste traditionnel. Leur ligne de conduite a été exprimée il y a peu avec beaucoup de franchise et de clarté par l'un d'entre eux : il faut "défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance". En tête de ce programme figuraient "l'établissement de la démocratie la plus large (...), la liberté de la presse et son indépendance à l'égard des puissances d'argent, (...) l'instauration d'une véritable démocratie économique et sociale, impliquant l'éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l'économie, (...) la reconstitution, dans ses libertés traditionnelles, d'un syndicalisme indépendant". Rien de tout cela n'est en effet compatible avec l'économie communiste de marché.