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mercredi 30 janvier 2013

Pour des partis politiques un peu plus européens !

Attention, c'est du Habermas, probablement le paragraphe le plus pointu du bouquin (qui reste quand même accessible). Mais ça vaut le détour, je rejoins pleinement ses analyses. Spéciale dédicace à mes amis politiques :

"Dans la mesure où la politique fait dépendre toute son action de son synchronisme avec une humeur ambiante que, d'élection en élection, elle escorte, convoiteuse et servile, le processus démocratique perd tout son sens. Une élection démocratique n'est pas là pour simplement permettre la projection de l'éventail spontané des opinions ; elle doit restituer ce qui résulte du processus public au cours duquel l'opinion s'est formée. Les voix données dans l'isoloir ne restituent le poids institutionnel de la codétermination démocratique que si elles sont corrélées aux opinions articulées publiquement et formées dans un échange communicationnel de prises de position, d'informations et de raisons en pertinence avec les questions du débat."
Jurgen Habermas, La constitution de l'Europe, Gallimard, 2012.

En clair, la démocratie d'opinion c'est pas bien, c'est trop facile. Suivre des résultats de sondages pour déterminer la politique à mener ne grandit pas le personnel politique. S'il se laisse abaisser à cela, c'est bien le signe qu'il est trop attaché à sa réélection qu'à la vraie poursuite de l'intérêt général, et la prise de risque qui va avec. À ce titre, le rôle des organisations politiques est bien de participer à la formation de l'opinion ( ce qui implique d'apporter tous les éléments nécessaires à la compréhension du débat) et non de la suivre bêtement. Dans la dernière phrase de l'extrait cité, il explique que la légitimité du politique aujourd'hui ne peut plus tenir à l'accumulation des bulletins dans l'urne. les formations politiques ne doivent pas se concentrer sur la compétition politique, car cela ne provoque que le désintérêt et l'indifférence. Elles doivent s'attacher à ce que les idées qu'elles portent provoquent un véritable débat argumenté dans la population.

Comme le suggère le titre de son ouvrage, Habermas s'exprime ici sur le sujet de la construction européenne, et attaque les partis politique (allemand, mais le parallèle avec la France est tout a fait faisable) qu'il juge inactifs lorsqu'il s'agit de faire comprendre les enjeux communautaires. Il les accuse de ne pas parvenir à se défaire de l'idée que la politique doit s'inscrire presque exclusivement dans le cadre de l'Etat-Nation. Et également de colporter l'idée que le "machin bruxellois" est la cause de nos malheurs, sans préciser que ce sont souvent les chefs d'Etats ou les Ministres des 27 Etats membres (i.e. nos représentants démocratiquement élus) qui sont force d'impulsion. Ces deux éléments expliquent évidemment l'hiver démocratique (cf. Guy Hermet) que traverse l'Union européenne.

Il faudrait en effet bannir la "pragmatique du pouvoir" et renouer avec le courage politique, pour proposer un nouvel horizon institutionnel pour l'Europe car le statu quo n'est pas une solution viable : le Conseil est trop influent alors qu'il n'est pas l'institution qui représente les peuples, la Commission n'est pas élue démocratiquement ce qui la déconnecte des européens, et quant au Parlement - qui devrait logiquement être l'institution européenne préférée des citoyens - ses positions et pouvoirs sont trop souvent mal compris, expliquant l'abstention pathologique qui touche les élections européennes.

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lundi 22 septembre 2008

Pourquoi le Sénat est-il structurellement de droite ?

C'est la question que tout le monde se pose depuis hier... enfin presque tout le monde. Bon au moins quelques observateurs interessés par le fonctionnement de nos institutions. Depuis 1958 (naissance de la Ve république), le Sénat a toujours été à droite. Et quand De Gaulle a voulu le réformer par referendum, le Général a du démissionner. Ce n'était certes pas sous la pression des sénateurs, mais c'est pour dire que le Sénat est vraiment une institution.

Le Sénat à droite, la faute à qui ?
La faute à Mirabeau, l'Orateur du peuple, le révolutionnaire, celui qui ne sortirait "que par la force des baillonettes". En effet, le 14 décembre 1789, l'Assemblée Nationale vote une loi sur proposition du marquis de Mirabeau qui institue la commune comme le plus petit échelon administratif et qui vient recouvrir toutes les paroisses que compte la France, histoire que le pouvoir spirituel se trouve concurrencé par le pouvoir séculier. Aujourd'hui on ne compte près de 37000 communes en France. A titre de comparaison, il y a autant de communes en France que dans le reste des 14 pays de l'UE à 15.

Or les listes électorales pour les sénatoriales sont composées des députés, des conseillers régionaux, des conseillers généraux et surtout des représentants des conseillers municipaux. Vu le nombre hallucinant de commune en France, les représentants des conseillers municipaux composent 95% du collège electoral (142000 des 150000 grands électeurs). Si les socialistes ont bien raflés les Conseils généraux et Régionaux en 2004, et qu'ils ont connu une poussée aux municipales de 2008, il n'en reste pas moins que la France rurale reste durablement ancrée à droite. Parmi les 37000 communes françaises on en compte 33000 de moins de 2500 habitants.

Comme si cela ne suffisait pas, il n'y a pas eu de révision démographique depuis 1976 ! C'est-à-dire que depuis plus de 30 ans, le nombre de sénateurs élus dans chaque département n'a pas bougé. C'est une sorte de prime à la ruralité, qui désavantage les départements ayant connus une forte croissance démographique depuis plusieurs décennies. On peut lire ceci chez Paul Allies (Politiste et militant de la "convention pour la 6e république") :

Les conseils municipaux des communes de moins de 500 habitants (qui abritent 7% de la population) désignent 16% des grands électeurs. Celle des communes de 500 à 1500 habitants (15% de la population) 25%. Seules les villes comprises entre 1500 et 15 000 habitants sont à peu prés équitablement représentées. Mais la France urbaine (plus de la moitié de la population dans les villes de plus de 190.000 habitants) ne dispose que de 30,8% des délégués. Si l’on retient les départements comme base de la comparaison l’inégalité est tout aussi criante : la Creuse a un sénateur pour 65.000 habitants alors que le Var, un pour 271.000. Les départements les moins peuplés pèsent deux fois plus que les départements les plus peuplés.


La réforme de 2003
Elle aurait pu être le moment de réviser la répartition des sénateurs sur le territoire. A part quelques corrections à la marge, la répartition reste quasi-identique, malgré l'augmentation du nombre de sénateurs (de 328 il est passé à 331 en 2004, 343 en 2004, il atteindra 348 en 2011 quand la phase de transition induite par la réforme sera terminée). Le mandat des sénateurs a été abaissé de 9 à 6 ans et l'égibilité est maintenant fixée à 30 ans (contre 35 avant 2003). Les membres de la chambre haute seront désormais remplacés par moitié tous les trois ans (ils étaients remlacés par tiers tous les 3 ans). Sur les 343 sièges actuellement pourvus, le groupe UMP ne compte plus que 145 membres. Mais cela suffit pour conserver une majorité relative, et ce d'autant plus que les sénateurs centristes ont bien le coeur à droite (bien que le Sénat comprenne un groupe parlementaire regroupant à la fois des élus de la majorité et de l'opposition). Par contre, le prochain renouvellement a lieu en 2011 : certes après les régionales et cantonales, mais avant les prochaines municipales... ce qui signifie que le gros du corps électoral n'aura pas changé. Mais demain est un autre jour.

Photo par Hamza Hydri

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jeudi 28 février 2008

De la démocratie sur la planète Terre

5 janvier, élections présidentielles en Géorgie ; 12 janvier, législatives à Taïwan ; 20 janvier et 3 février, présidentielles en Serbie ; 27 janvier, élections régionales en Allemagne ; 5 février, "super Tuesday" des primaires américaines ; 8 février, législatives en République Tchèque ; 17 février, 1er tour des présidentielles chypriotes ; 18 février, législatives au Pakistan ; 19 février, élections présidentielles en Arménie ; 2 mars, présidentielles en Russie, 9 mars législatives en Espagne ; 9 et 16 mars, municipales et cantonales françaises ; 14 mars, législatives en Iran... j'en ai oublié la moitié, et toute l'année 2008 est du même tonneau que son premier trimestre. Le planning de la démocratie est chargé, est-elle pour autant en bonne santé ? A la lecture du dernier ouvrage de Guy Hermet, L'hiver de la démocratie, ou le nouveau Régime (Armand Colin), on est en droit d'en douter.

Nous serions dans les années 2000 dans la même position que les français du début des années 1780, telle est la ligne force de la théorie de Guy Hermet. On ne jure que par le régime en place, même si celui-ci est condamné, et nous sommes incapables d'imaginer des solutions alternatives, malgré les quelques prémices de changement perceptibles. C'est un peu comme si nous étions aveugles, mais pas complètement sourds. Quelque part, au fond de nous mêmes, nous savons que la démocratie n'a plus de démocratique que le nom. La souveraineté du peuple est devenue une expression taboue, les élites ne prennent même plus la peine de feinter la recherche de l'intérêt général, la démocratie est à court de carburant.
Abandonnant à ses mythes le carré des intellectuels, le Peuple n’adhère plus guère à la fiction du gouvernement de tous et pour tous dont se réclame de plus en plus mollement notre démocratie. Naguère, c’étaient les élus du suffrage universel qui faisaient à tout le moins semblant de dépasser les intérêts particuliers pour servir l’intérêt de tous. A présent, c’est la majorité des électeurs ou des abstentionnistes qui, faute d’imaginer une autre option politique pourtant proche, se donne l’air de vivre dans un Etat de la démocratie tardive dont ils soupçonnent pourtant qu’il ne répond plus à ses prétentions.

Une agonie lente mais inévitable
Par ailleurs Guy Hermet ne promet ni ne parie sur un remplacement de la démocratie à court ou moyen terme. Le lexique va perdurer (dans le livre, G. Hermet propose une analyse assez intéressante des déviations sémantiques, des nouveaux tabous, allant jusqu'à évoquer le "préservatif lexical") mais le sens des mots va changer, et de nouveaux vont apparaître : c'est la novlangue de la gouvernance.

Le débat d'idée, la confrontation, laisse la place au consensus mou issu de la gouvernance. Ce n'est plus l'expression de la majorité qui compte mais la cooptation de ceux jugés "utiles" pour décider, par ceux qui sont parvenus au pouvoir grace à un populisme "bon chic bon genre" dans un régime qui se dirige doucement vers l'agonie. La complexité croissante des affaires publiques rend le système de gouvernement démocratique de moins en moins maniable et de moins en moins efficace. Ce n'est donc plus à la majorité du peuple qu'il faut confier le soin de gouverner, mais à la majorité des personnalités qualifiées en quelque sorte. On constate la technocratisation de la démocratie, avec quelques exemples à la clé : la commission européenne et ses commissaires nommés comme archétype bien sûr, mais plus proche de nous toutes les commissions et conseils mis en place ces dernières années pour parvenir à aboutir sur des consensus, depuis le CAE jusqu'à la commission Attali, commissions qui finalement confisquent le pouvoir au peuple. Et la politique emprunte au management le principe de gouvernance. On irait donc vers une sorte de "gouvernance démocratique", dont Guy Hermet rappelait récemment sur France Culture à juste titre qu'il s'agit là d'une magnifique oxymore.

Pourquoi la démocratie va à sa fin ?
Parce que la démocratie est un régime qui doit sans cesse se justifier, trouver des sources de légitimation, principalement dans les élections. Rappelons qu'il s'agit là d'une acception moderne de l'idéal démocratique, car l'élection était considérée par un certain nombre de penseurs grecs comme une menace pour la démocratie. Les élections risquaient effectivement de voir s'installer au pouvoir les plus beaux orateurs et de menacer la démocratie athénienne qui reposait essentiellement sur le principe du tirage au sort des citoyens amenés à gouverner.

Revenons à nos élections : pour être élu, il faut promettre. N'importe quel candidat à un poste politique le sait, le programme compte beaucoup plus que le bilan. S'il était facile de promettre dans les débuts de la démocratie, la chose est beaucoup plus délicate à l'heure actuelle, notamment parce que la globalisation de l'économie a considérablement réduit les marges de manœuvres des gouvernements nationaux. Ainsi les premières promesses consistaient à élargir le droit de vote. On promet le suffrage universel masculin, puis féminin, puis on abaisse l'âge du vote.
Tout cela ne coûtait pas très cher. Ensuite, on a promis la démocratie sociale : l’assurance- maladie, les pensions de retraite, la sécurité sociale en général. Maintenant, la démocratie arrive au fond du réservoir des promesses réalisables. Le déclin de la démocratie – et ce n’est pas une coïncidence – accompagne la fin de l’Etat-providence.
Interview de G. Hermet, Le Soir, 8/01/2008

Ainsi la fin de l'Etat-providence ne serait pas tant la conséquence de la domination de la pensée néolibérale que la cause. Le néolibéralisme se serait engouffré dans la brèche constituée par l'épuisement de la démocratie sociale. Et comme la démocratie a besoin de se justifier, elle ne peut faire du sur place. Arrivé au terme de ce que l'on peut promettre, la seule solution est d'aller en arrière, d'où le démantèlement progressif des services publics auquel on assiste. Il faut dire que cette conception prend à rebrousse poil le discours anti-libéral classique.

La démocratie connait certes une expansion géographique, comme je le notais en introduction de ce billet, mais cette expansion correspond plus à la volonté des anciens pays démocratiques de voir coûte que coûte leur régime vieillissant s'exporter pour lui faire connaître une seconde vie. Et ce n'est qu'apparence, la démocratie souffrant réellement de son manque de profondeur. Si l'idéal démocratique est toujours vivant, et l'envie de politique est toujours présente (en témoigne les faibles taux d'abstention des derniers scrutins), le régime politique démocratique, en tant que combinaison d’institutions politiques et de pratiques gouvernementales, a sérieusement du plomb dans l'aile.

Sources :
- Guy Hermet, L'hiver de la démocratie. Ou le nouveau régime, Armand Colin, 2007, 230p.
- Interview de G. Hermet, Le Soir, 8/01/2008
- Pour écouter un débat à propos de la démocratie avec Guy Hermet et d'autres discutants : Du grain à moudre, mardi 19 février 08, France Culture

Crédit photo : Luc Legay sur Flickr

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lundi 22 octobre 2007

Louis Chauvel et l'âge des députés

Vive l'anti-refletsCe n'est pas la première fois, ni la dernière fois que l'on parlera de Louis Chauvel sur ce blog. Et ce n'est probablement pas la dernière fois que je parlerais de La vie des idées, nouveau magazine en ligne publié par La République des idées. J'en parlais d'ailleurs pas plus tard que la semaine dernière.

A la suite d'un article publié dans Le Monde au lendemain des élections législatives du printemps dernier (article que je commentais ici), Louis Chauvel s'est mis en tête d'étudier de plus près l'évolution de la moyenne d'âge de nos représentants à l'Assemblée Nationale. Une étude longitudinale comme on dit. Et ça donne ça, disponible gratuitement et intégralement en ligne. Vous aimiez les strobiloïdes, les graphiques un peu bizarres mais très parlant, vous allez adorer ça :


Bonne lecture !

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mercredi 1 août 2007

Le salaire minimum et l'Ecole du Public Choice

Il est des économistes qui ne croient plus en la bonté de l'Homme. Ou plus précisément, en l'homme politique. Ils se retrouvent, ces économistes, dans l'Ecole dit du Public Choice (ou "Choix public" pour ceux qui n'ont pas révisé leur anglais en lisant le dernier tome de Harry Potter). Que racontent-ils ces économistes ? Pour William D. Nordhaus, la conjoncture est fonction des actions politiques, actions menées par des hommes et des femmes qui ne sont pas moins rationnels que les autres. Conséquence : les hommes politiques nous disent qu'ils oeuvrent pour l'intérêt général, alors que leur rationalité les fait oeuvrer dans le sens de leur intérêt personnel, en l'occurence leur réélection. Voyons de quoi il retourne, en examinant les dernières nouvelles concernant le salaire minimum en France et aux Etats-Unis.


Monsieur N. Sarkozy l'a dit, "pas de coup de pouce au SMIC". Et il l'a fait : aujourd'hui un Smicard gagne à peine 1000€ net par mois, pour peu qu'il ait la chance d'avoir un emploi à temps complet. La progression est fixée au minimum légal de 2% par rapport à 2006. Pourtant M. Sarkozy s'était proclamé candidat du pouvoir d'achat pendant la campagne des Présidentielles. Oui mais voilà, le SMIC c'est pas bien puisque c'est une entrave à libre fixation du salaire sur le marché du travail. Et puis le "paquet fiscal" c'est tellement chouette que ça vaut bien une augmentation de salaire. Comment ça le "paquet fiscal" ne concerne quasiment pas les Smicards ? Ah zut... Bon, on s'en fout, on vient d'être élu, on a 5 ans devant nous pour contenter les Smicards. C'est très caricatural, mais c'est un peu comme ça que ça marche les théories du Public Choice. La politique, c'est un marché, où l'on échange des promesses contre des voix. Plus question de projet de société, mais une sorte de démocratie individualisée, de check-list qui permet de n'oublier personne, de contenter tout le monde et de récolter un maximum de voix : les retraités, les paysans, les industriels, les handicapés, les gars du batiment, les parisiens, les corses, les smicards, les autres... Tiens, les smicards ? Boaf, 2.5 millions de personnes, une catégorie de la population comme une autre.

Sur le marché politique, il n'y a pas que des relations entre hommes politiques et électeurs, il y a également des contrats entre politiques. "Vote pour mes paysans, je voterai pour tes industriels", c'est comme ça que le résume le très très libéral Cercle Bastiat (gauchistes, attention les mirettes !). Frédéric Bastiat, penseur, économiste et homme politique libéral du XIXe siècle, n'était autre que l'économiste préféré de Ronald Reagan. Revenons à nos moutons, l'accord entre hommes politiques de partis opposés sur des questions précises est particulièrement employé aux Etats-Unis où on le nomme "logrolling". Et c'est l'observation de cette pratique qui a conduit Tullock et Buchanan à faire une analogie entre la vie politique et la microéconomie : les acteurs sont rationnels et ils cherchent à maximiser la satisfaction de leurs intérêts individuels.

Le salaire minimum aux Etats-Unis, c'est différent. Le salaire minimum n'a rien à voir avec celui que nous connaissons. Il est quasiment l'apanage des moins de 25 ans, il concerne également plus de 2 millions de personnes (mais rappelons que la population américaine est 5 fois plus nombreuse que la population française). Pour autant le salaire minimum n'y est pas moins symbolique. Un entrefilet de la dernière Note de veille du CAS nous apprend, au risque de flanquer la migraine à notre Président, que le salaire minimum américain connaîtra une progression de 40% en deux ans ! Cela faisait 10 ans qu'il n'avait pas été revalorisé, il fallait plus qu'un coup de pouce. Eh oui, le Smic américain c'est le truc qu'on oublie toujours au fond du garage. Qu'on ressort tous les 10 ans. Il y avait quoi en 1997 déjà ? Ah oui, la réélection de Bill Clinton... Il y a quoi en 2009 ? Ah oui, les élections présidentielles américaines. George W. Bush ne pourra s'y présenter une troisième fois, mais tout est bon à prendre pour que la place encore chaude revienne à un copain Républicain. En se référant au récent article de Catherine Sauviat de l'IRES, on apprend que "cette mesure a été adoptée grâce à son inclusion par les Démocrates dans une vaste proposition de loi portant à 120 milliards de $ les dépenses supplémentaires prévues pour le maintien des troupes américaines en Irak et en Afghanistan, proposition soutenue par les Républicains et la Maison Blanche." Autrement dit, "vote pour mes smicards, et je voterai pour tes soldats".

Sources :
Buchanan James D., Tullock Gordon, The Calculus Of Consent, 1962
Nordhaus William D., The Political Business Cycle, 1970
Conseil d'Analyse Stratégique, Note de veille n°69, 30 juillet 2007
Sauviat Catherine, "Etats-Unis. La revalorisation du salaire minimum : une réalité après dix ans de gel", Chronique internationale de l'IRES, n°107, juillet 2007.

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jeudi 21 juin 2007

Vaguelette bleue, mais têtes grises

Louis Chauvel, sociologue qui ira loin (il est déjà bien parti), décrypte le talon sociologique des nouveaux députés et alerte sur le fait que le fossé générationnel qui se creuse dans la société se retrouve de la même manière à l'Assemblée Nationale. Très bon papier paru dans Le Monde daté du 21 juin, dont je ne peux que vous conseiller vivement la lecture. Quelques chiffres pour bien comprendre l'ampleur du phénomène :

  • "pour la première fois, les plus de 55 ans représenteront une majorité absolue : 59 % contre 48 % en 2002"
  • "l'écrasante suprématie législative des jeunes seniors de 55 à 64 ans pose question : 48 % dans l'Assemblée de 2007, 8 points de plus qu'en 2002, 24 de plus qu'en 1981."
Pour lire l'article, et en attendant que L. Chauvel le mette à disposition sur son site : >>> cliquez ici

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mercredi 20 juin 2007

De la communication en politique

Le dernier clip de campagne de Hillary Clinton vient de sortir sur le net. On la voit, avec son président de mari, dans un de ces millions de restaurants typiques qui parsèment les Etats-Unis d'Amérique, ça sent le "cliché" (en anglais dans le texte). Hillary ne sait pas quelle chanson choisir sur le juke box du bout de la table, pendant que Bill regarde son assiette un peu désolé par ce qu'il y trouve.



Nous y voila, la politique 3.0, vous voulez savoir quelles chanson Hillary va choisir ?? Mais choisissez vous-même ! Allez voter... C'est ce qu'ont fait des millions d'américains. Ma chanson est la votre, mon avis est le votre, mon projet est le votre. Ca rappelle quelque chose. Nous sommes bel et bien passés d'une démocratie de parti, de projet, à une démocratie d'opinion. Et l'utilisation du net version 2.0 est là pour l'illustrer parfaitement.

La mise en scène est digne de la meilleure série américaine (d'ailleurs les connaisseurs des Sopranos devraient apercevoir quelques clins d'oeil). Et le résultat est tombé hier :



Tout ça pour choisir Céline Dion... pffff, ça valait bien la peine.

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lundi 18 juin 2007

Record de femmes !

Il y a 10 jours je revenais dans Parité en politique : la France à la ramasse sur le faible taux de représentation du sexe féminin à l'Assemblée Nationale. Au lendemain du second tour des législatives, elles sont désormais 107 à siéger au Palais Bourbon. De 13.2% on passe à 18.5% de femmes qui siègeront dans l'hémicycle pour cette XIIIe législature, ce qui n'améliore pas vraiment la situation française. Parmi elles, notons l'arrivée de Michèle Delaunay, tombeuse d'Alain Juppé à Bordeaux, et le retour de ma voisine, Roselyne Bachelot pour un quatrième mandat (88-93, 93-97, 97-2002, 2007-2012). Michèle Delaunay

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mercredi 6 juin 2007

Parité en politique : la France à la ramasse

L'Observatoire des Inégalités a publié hier sur son site une petite note très intéressante : La représentation des femmes dans les parlements mondiaux... histoire de prendre la mesure de notre retard en la matière.

Il en ressort qu'en Europe le Top 5 est celui que l'on retrouve souvent : Suède, Norvège, Finlande, Danemark, Pays-Bas. Les pays du Nord, toujours en avance sur la musique, ne parviennent pourtant pas à atteindre la parité synonyme de représentation plus fidèle du peuple ; la Suède dépasse tout juste les 47%.

577 députés dont 506 hommes pour la XIIe législature
Et la France dans tout ça ? Détachée du peloton, elle se retrouve à 12,3% avec 71 femmes pour 577 députés, au même rang que la Slovénie. Seuls la Roumanie, la Hongrie et Malte font pire... honte sur nous. Un malheur ne venant jamais seul, le classement est établi en ne prenant compte que des assemblées dont les membres sont élus au suffrage universel direct (ce que l'on comprend très bien pour la cohérence et la pertinence d'une telle étude comparative). Cela signifie que les chiffres du Sénat français ne sont pas pris en compte, chiffres qui sont meilleurs que l'Assemblée Nationale (59 Sénatrices sur un total de 331 sénateurs soit 17.8 %). Au passage on égratigne l'idée reçue selon laquelle le Sénat serait un repère de vieux croulants machos.

A l'échelle de la planète, c'est pas beaucoup mieux puisque la France, pays dont le mot "Egalité" figure au fronton des mairies et des écoles, se contente du 104e rang mondial (sur les 189 pays classés) !!! Ainsi il y a proportionnellement plus de femmes dans les parlements du Bengladesh, du Soudan ou de la Chine qu'en France. Evidement, nous faisons mieux que l'Arabie Saoudite et son 0%... Mais il n'y a vraiment pas de quoi s'en réjouir, que l'on soit Français ou Saoudien.

Les prochaines legislatives vont elles permettre de rééquilibrer un tant soit peu les choses ? On peut en douter. Il n'y a déjà pas 50% de candidates. Parmis ses candidats, le PS compte pratiquement 48% de candidates, ce qui devrait lui faire éviter les pénalités conséquentes à la loi sur la parité (une fourchette de 2% sous la barre des 50 est en effet tolérée). L'UMP quant à elle devrait parvenir à effleurer la barre des 30%. L'UDF-MoDem, mauvais élève en 2002 avec moins de 20%, atteindrait 38%. Il est à noter que cette progression est surtout due à un travail idéologique de longue haleine au sein des partis, mais également à l'application de la parité dans les parlements locaux qui ont vu leur proportion de femmes progresser fortement. Ainsi les régions et les communes de plus de 3500 habitants comptabilisent plus de 45% de conseillères. C'est donc une génération de femmes politiques qui disposent d'une expérience, d'une compétence et d'une notoriété sur leurs territoires plus importantes qu'auparavant. Et ce point n'est pas le moins significatif, alors que les femmes sont toujours injustement discréditées quant à leurs capacités à gérer les affaires publiques. J'en veux pour preuve les débats parfois hallucinants lors de l'adoption de la loi sur la parité, ou plus récemment le doute permanent qui pesait quant aux compétences de Ségolène Royal.

A lire également, en attendant une mise-à-jour, dans les publications de l'INED
Population & Sociétés, La parité hommes/femmes en politique : bilan et perspective, n°377, mars 2002.

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