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jeudi 17 janvier 2013

Comparaison n'est pas raison

Reprise d'activité ? On verra combien de temps cela dure. Il se passe tellement de choses que cela devient difficile et pour tout dire frustrant de ne pas y mettre son grain de sel. Bon nombre de sujets me tiennent à coeur et j'ai envie de les commenter. Et puis 140 caractères c'est trop peu, et Facebook c'est restreint au cercle de connaissances. C'est déjà ça, mais de l'ouverture et de la diversité, ça ne fait pas de mal au débat. Autant prévenir, les posts seront surement plus personnels et engagés qu'auparavant.

A la suite de la fameuse "manifestation pour tous" qui fait couler tant d'encre, les Anti-mariage pour tous partagent une image sur les réseaux sociaux pour revendiquer un référendum sur la question. Cette image fait la comparaison entre la grande manifestation de dimanche 14 janvier et les soulèvements populaires du "Printemps arabe". Certains n'hésitent pas à parler du "Printemps français" (à l'heure où la moitié du pays est en vigilance orange pour cause de verglas et de neige, c'est assez drôle). Cette image, vous l'avez peut-être déjà vue, la voici :



Au départ on est tenté de se dire, "ah oui, effectivement c'est ressemblant". Sauf qu'en vrai la place Tahrir ne ressemble pas vraiment au Champs de Mars. Et puis à bien y réfléchir, on se dit que les mouvements du printemps arabe étaient basés sur deux revendications fortes : la liberté face à un pouvoir qui opprime le peuple, et l'égalité alors que ces régimes consacraient une élite possédante et des populations rationnées. On ne voit plus vraiment le point de comparaison avec les quelques millions de français qui peinent à reconnaître la liberté de quelques autres millions de français en matière d'orientation sexuelle. On a bien entendu les justifications du style "on est pas contre les homosexuels, mais contre leur mariage". On pourra lire le billet très bien senti de J. Macé-Scaron et Christine Lambert sur ce point précis. Mais on sent que cela ne passe pas, les micro-trottoirs de dimanche étaient éloquents, combien de fois n'a-t-on entendu : "les homos font ce qu'ils veulent m'enfin quand même... c'est pas naturel". De même, on ne voit pas trop comment il est possible de comparer les révolutionnaires qui réclamaient l'égalité de l'autre côté de la Méditerranée (bon sur ce point il leur reste du chemin à parcourir !) à ceux qui la refusent ici. Car c'est bien de cela qu'il s'agit. On a bien l'habitude des manifestations qui ont pour but de protéger des droits acquis ou en réclamer de nouveaux. Mais cela fait bien longtemps qu'en France on n'avait pas vu des manifestations qui visent à empêcher le législateur d'augmenter les droits d'une catégorie de la population.

Plus pernicieux, et c'est à se demander si les concepteurs de la campagne n'avaient pas cette idée derrière la tête. En Tunisie, en Egypte, en Lybie, les homosexuels sont encore jetés en prison. Et les nouveaux pouvoirs en place n'y changent rien. Dans ces trois pays l'homosexualité est toujours illégale. Le combat militant des associations gays y est balbutiant, mais il s'organise depuis quelques années. En France on connait Robert Badinter pour son combat de septembre 81, l'abolition de la peine de mort. On a un peu oublié qu'en août 82 il avait gagné un autre combat, celui de la dépénalisation de l'homosexualité. Se comparer à ces pays sur la question de l'acceptation sociale de l'homosexualité est un formidable retour en arrière.

Car la reconnaissance de la multiplicité et de l'évolution des formes familiales, c'est le sens de l'histoire. La société se transforme lorsque norme sociale et norme juridique se déconnectent : parfois la norme juridique évolue plus rapidement que la norme sociale, faisant évoluer les mentalités. Parfois c'est l'inverse, la norme juridique doit s'adapter aux mutations sociales, comme c'est souvent le cas sur les questions familiales (mariage, égalité homme-femme, divorce, adoption, et aujourd'hui égalité homo-hétéro). Les anti-mariage gays veulent que la norme sociale reste consacrée comme le modèle unique par la norme juridique. Ceux qui défendent le projet de loi veulent que la norme juridique évolue pour que la situation des familles homoparentales ne soit justement plus considérée comme a-normale. Au départ cantonné aux "entrepreneurs de morale" de tous bords (je renvoie ici aux travaux d'Hower S. Becker sur l'évolution de la norme sociale et de la norme juridique, et le concept d'entrepreneurs de morale), le débat gagne la société, clivant fortement et faisant resurgir les réflexes mortifères pour le démocratie : la peur de l'autre et de sa différence.

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lundi 20 décembre 2010

Plus c'est gros, mieux ça passe... Sur l'existence du père Noël et autres croyances collectives


Via Xavier Molénat qui se lache en ce moment sur Twitter (tentez le hashtag #LeNoelDesSciencesHumaines pour voir) : un article de Nicolas Journet publié dans le Sciences Humaines de mars 2010, c'est-à-dire quand cette revue n'avait encore que 19 ans.


Pourquoi nous ne croyons plus au père Noël.

Allez lire l'article et revenez nous dire si c'est plutôt la dissonance, l'incohérence ou la concurrence qui vous ont permis d'accéder à la vérité suprême : non le Père Noël n'existe pas (et pourtant il est important).

Personnellement, c'est la concurrence. Je me souviendrais toute ma vie de Clément, mon meilleur ami de l'école primaire, celui qui m'a ouvert les yeux à la récré, un matin de Novembre, je venais de fêter mon cinquième de quart de siècle.

J'étais bien trop jeune pour être confronté à cette vérité crue, de ces vérités qui vous font grandir d'un coup. "Mais le Père Noël, c'est les parents". Il a bien fallu me rendre à l'évidence. Après quelques minces recherches, j'ai découvert l'emplacement stratégique : c'était dans l'armoire de la salle de bain que mes parents avaient caché le train électrique de mes rêves cette année là.

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dimanche 19 décembre 2010

Sur le pouvoir des mots.

Une recension du dernier ouvrage de Josiane Boutet (Le pouvoir des mots) sur le site liens socio par mon collègue Igor Martinache, me rappelle un vieil article d'Actes de la Recherche en Sciences Sociales où Pierre Bourdieu observait l’idée régionale comme un fait social, et rappelait que l'idée de région devait en très grande partie son existence au caractère performatif du discours portant sur lui.

C'est là la caractéristique du discours performatif : dans un tel énoncé, les mots produisent la réalité qu'ils nomment. Je ne résiste pas au plaisir de relire ces fameuses phrases de Pierre Bourdieu, si caractéristiques de son écriture exigeante :

L'acte de magie sociale qui consiste à tenter de produire à l'existence la chose nommée peut réussir si celui qui l'accomplit est capable de faire reconnaître à sa parole le pouvoir qu'elle s'arroge par une usurpation provisoire ou définitive, celui imposer une nouvelle vision et une nouvelle division du monde social : regere fines, regere sacra, consacrer une nouvelle limite.

L'efficacité du discours performatif qui prétend faire advenir ce qu'il énonce dans l'acte même de l'énoncer est proportionnelle à l'autorité de celui qui l'énonce : la formule "je vous autorise partir" est eo ipso une autorisation que si celui qui la prononce est autorisé à autoriser, a autorité pour autoriser.

Pierre Bourdieu, "L'identité et la représentation", Actes de la Recherche en Sciences Sociales, n°35, 1980.


Nous devons la notion de performativité au philosophe du langage John L. Austin (1911-1960). Pour en savoir plus, voir les travaux de Sandra Laugier, notamment l'article Performativité, normativité et droit.

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vendredi 19 novembre 2010

"Fées du logis"

On va finir par croire que ce blog est entièrement consacré à la question du ménage. Juste cette petite brève pour signaler une info lue sur www.ouest-france.fr.

Je ne connaissais pas ce Paul Lapie, que la journaliste dit sociologie. Quelques rapides requêtes Google nous indique qu'il n'en était pas vraiment un, plutôt un philosophe, qui a terminé Recteur de l'académie de Paris. Pédagogue, il est à l'initiative des filières que l'on nommerait technologique et professionnelle actuellement.

Une entreprise française met à la disposition de ses clients « 2 500 femmes de ménage dynamiques et motivées ». Elle organise aujourd'hui, à Paris, la finale d'une compétition interne, qui ressemble fort aux anciens concours de « Fées du logis ». Retour en arrière...
En 1908, le sociologue français Paul Lapie s'inquiétait de l'arrivée de nouveaux appareils qui facilitaient les tâches domestiques : « À toute diminution du rôle de la ménagère a correspondu une désagrégation de la famille. » Sans doute effrayées par une telle prédiction, les Françaises sont devenues de parfaites « femmes d'intérieur ».

Dès 1936, elles participent au Concours de la meilleure ménagère (lié au Salon des arts ménagers, à Paris), remercient tous les jours Paulette Bernège, fidèle disciple du « Mouvement des sciences domestiques » américain. Sa Méthode (éditions Dunod, 1928) permet de mieux organiser le temps consacré au repassage, à la cuisine, au nettoyage, aux enfants...

Stop ! Ont dit les femmes, dans les années 1960, sans réussir à lâcher complètement les rênes des tâches domestiques. Résultat, on voit revenir par la bande, les concours « Fées du logis » : en juin, à Ribeauvillé (Alsace) ; il y a quinze jours, à Trouville (Calvados)... Le coup de balai n'a pas été assez énergique.

Christelle GUIBERT.

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mardi 2 novembre 2010

Inégalités Hommes/Femmes : dans les têtes et dans les agendas.

Alors que se tenait il y a quelques jours à Paris l'Assemblée Générale constituante de l'association Osez Le Féminisme, le contenu de ma boîte aux lettres et le dernier numéro de la revue Travail, Genre et Société m'indique que cette jeune association a encore du pain sur la planche !


La répartition des tâches domestiques, l'éternelle inégalité ?
Dans le dernier numéro de la revue Travail, Genre et Société, Rachel Silvera signe un article qui dresse un panomara non exhaustif mais très intéressant de ce qui se fait au niveau communautaire en matière de politiques publiques visant à améliorer la "conciliation" entre vie familiale et vie professionnelle des femmes. Au détour d'un paragraphe elle rappelle les résultats d'une étude Eurostat de 2006 qui indiquait l'état du déséquilibre dans la répartition des tâches domestiques un peu partout en Europe.

D’importantes différences existent : entre la Suède, où [les femmes] effectuent environ 50 % de plus de tâches domestiques que les hommes et… l’Italie et l’Espagne où l’écart est de 200 % ! On pourrait penser que les hommes compensent ce faible temps domestique par un surinvestissement dans la sphère professionnelle. Mais c’est loin d’être le cas : si l’on prend en compte le temps contraint – c’est-à-dire le temps domestique et le temps professionnel – il n’y a que trois pays où ces temps sont équivalents entre hommes et femmes (Suède, Royaume-Uni et Pays-Bas). Autrement dit, même lorsque le travail à temps partiel ou les congés parentaux réduisent l’activité professionnelle des femmes, l’équilibre dans les temps sociaux ne se repère pas : les hommes gardent davantage de temps « libre », du temps pour eux-mêmes, quels que soient les modèles sociaux.



Mais pourquoi les femmes préfèrent-elles le ménage ?
Mais oui, pourquoi ? 200% de tâches domestiques de plus que les hommes, c'est plus un fardeau, c'est un hobby...

Coïncidence du calendrier, le mois de novembre est la période de distribution des catalogues de jouets pour Noël dans nos boites aux lettres. Et là, tout s'éclaire. Pour mener à bien l'expérience, j'ai gardé deux catalogues, pour comparer : Carrefour et Casino. Et finalement les deux sont quasi-identiques. Dès le sommaire, chez l'un comme chez l'autre, on retrouve une différentiation sexuée des jouets. "Les filles" d'un côté, "les garçons" de l'autre, y en a 20 pages pour chacun. Une dominante de couleur froide, bleue la plupart du temps, pour les garçons. Une dominante de rose chez les filles. On ne coupe pas au stéréotype de couleur, pour savoir pourquoi le bleu, pourquoi le rose, allez faire un tour du côté de chez Michel Pastoureau, il vous expliquera.

Et on tourne les pages. Pour les garçons : des voitures, des tractopelles, des grues, des trains, des hélicoptères et le quad de SpiderMan... Bref que des objets qui, dans la réalité, n'ont pas leur place à l'intérieur d'une maison. Chez les filles maintenant. Des poupées, des bébés à soigner, des petits animaux (rien à voir avec les dragons et les rhinocéros), des robes de princesses, des poussettes, des landaus, et finalement, la page qu'on préfère : les jouets Smoby. La caisse-enregistreuse, la cuisine, le chariot, le lave-vaisselle et la nouveauté de l'année... le clean service.



Avec le petit commentaire qui va bien : "Super, ton chariot pour faire le ménage dans toute la maison". Si on prête attention au reste de la page, on se rend compte qu'un petit garçon a fait son apparition. Bizarre, dans une rubrique réservée aux filles. Oui mais à bien y regarder il occupe une position bien particulière



Monsieur est médecin évidemment, pas hôtesse de caisse. Il semblerait que Smoby n'ait pas encore intégré que cela fait plus de 20 ans qu'il y a plus de jeunes femmes que de jeunes hommes dans les filières médicales de nos universités.

Bref, toute la panoplie de la ménagère est disponible "dès trois ans" pour les petites filles. La socialisation des enfants passe par l’imitation et le jeu de rôle pour s'identifier aux rôles sexués que la société assigne aux individus. La répartition des tâches entre les adultes ne changeant qu'à la marge, les fabricants de jouets ne font que répondre à une demande sociale : fournir les outils de la reproduction des rôles sociaux. Et si on changeait les jouets pour changer la société. Il y a 40 ans, Ellena Gianini Belotti écrivait "Du côté des petites filles" pour expliquer l'influence des conditionnements sociaux sur la formation du rôle féminin et ce dès la petite enfance. Il faut croire que la société n'a pas beaucoup avancée depuis les années 1970.

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jeudi 15 avril 2010

Enseigner Bourdieu dans le 9-3

Via le Twitter d'Une heure de peine, on accède à un billet fort intéressant. Même si je n'ai pas enseigné dans le "9-3", faire passer les théories sociologiques de Pierre Bourdieu c'est toujours une expérience pédagogique et didactique intense. Lecture conseillée :

Fabien Truong, « Enseigner Pierre Bourdieu dans le 9-3 : ce que parler veut dire », Socio-logos. Revue de l'association française de sociologie [En ligne], 5 | 2010, mis en ligne le 13 avril 2010, Consulté le 14 avril 2010.

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lundi 1 février 2010

Programme de SES : dégroupage de l'expertise

Le nouveau programme de Seconde de Sciences Economiques et Sociales fait parler de lui (à voir là et là). Aujourd'hui on peut lire dans Les Echos une tribune co-signée par les deux économistes qui siégeaient au sein du Groupe d'Experts chargé de constituer le nouveau programme. Ils défendent pied-à-pied le fait que celui-ci constitue une "véritable avancée dans la diffusion de la culture économique en France", et titrent leur tribune De l'économie pour tous les lycéens. C'est bizarre, mais j'ai l'impression qu'il manque un mot.



...ET SOCIALES

Comme bien souvent, c'est le "ET SOCIALES" de Sciences Économiques et Sociales qui se retrouve menacé par la réforme. Je passe ici sur la réduction drastique de l'horaire de SES en classe de Seconde, sur le contenu précis du programme, mais j'alerte sur la répartition Économie/Sociologie. Plus que jamais, les sciences sociales autre que l'économie sont les parents pauvres, la sociologie n'étant mobilisée que par 2 des 10 questions obligatoires dans le nouveau programme. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle le sociologue qui siégeait au sein du Groupe d'Experts, François Dubet, a décidé de démissionner de celui-ci. Il a rendu publique cette démission dans une lettre disponible sur le site de l'Association Française de Sociologie.

Extrait :

J'ai le sentiment que la perspective sociologique en ressort très appauvrie. Je ne peux évidemment pas cautionner ce rétrécissement, non par corporatisme disciplinaire, mais parce que je suis convaincu de ce que les sciences sociales participent à la formation d'un citoyen éclairé tout en préparant à des études supérieures et à des activités professionnelles.



[EDIT 13h36] Sur le même sujet, on peut lire chez Denis Colombi François Dubet, pour la sociologie dans le secondaire, du côté de l'Idies SES, vers un changement radical

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vendredi 22 janvier 2010

Le syndrome de l'écran vide

Petit billet pour signaler celui de Sylvain Maresca, sociologue, enseignant-chercheur à l'Université de Nantes, à propos de la non utilisation des cadres photos numériques. Une illustration de l'écart culturel entre génération. On est toujours frappé lorsqu'un sociologue rapporte des propos d'enquêtés qui trouvent un écho parfait dans votre propre expérience. Là, c'est le cas.

>>> L'écran vide, lu sur La vie sociale des images, par Sylvain Maresca.

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mercredi 4 novembre 2009

Peur du déclassement ?? Paye ton bac 2450€ !

La France a peur. C'est Eric Maurin qui le dit, dans son dernier ouvrage paru dans la collection de La République des Idées, La peur du déclassement, une sociologie des récessions. Les français ont peur d'être déclassés, de perdre leur statut, leur position dans la société. Les familles ont peur que leurs enfants ne réussissent pas à atteindre le même niveau de vie que le leur, les jeunes sont conscients qu'ils vivront peut-être moins bien que leurs parents.

Pour Eric Maurin ce risque reste faible, réel mais faible, et surtout disproportionné avec la peur qu'il suscite. Cette disproportion n'aurait pour origine que la protection des statuts les plus enviés dans notre société salariale : en protégeant toujours les positions les plus enviables, on a augmenté terriblement le coût de l'éventuelle chute. "Plus les murailles qui protègent les statuts sont hautes, et plus la chute risque d'être mortelle - peu importe qu'elle soit improbable" nous dit l'économiste (un peu sociologue...)

E. Maurin nous apprend qu'en 2008, les jeunes sortis du système scolaire depuis moins de 5 ans sans aucune qualification avaient une chance sur deux d'être dans l'emploi (53%), quand ceux diplômés du supérieur ont plus de 9 chances sur 10 (93%). L'écart n'a jamais été aussi grand, le diplôme est plus que jamais protecteur, n'en déplaise à ceux qui pointent du doigt leur manque de valeur. Certains ont bien compris que cet écart était une source d'angoisse pour les familles, et que cette peur pouvait rapporter beaucoup. Ainsi on apprend cette semaine qu'Acadomia lance sa toute nouvelle formule, Bachelier ou remboursé. Pour 245€/mois, soyez assuré d'avoir le précieux sésame vers l'enseignement supérieur. Cynique non ?


Ps : J'aurai le plaisir de poser des questions à Eric Maurin dans le cadre d'une conférence à Rennes, aux Champs Libres, ce samedi 7 novembre à partir de 15h30. Entrée gratuite dans la limite des places disponibles, réservation : 02 23 40 66 00

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mardi 29 septembre 2009

Repassage pour les femmes, bricolage pour les hommes

La sociologie des rapports sociaux de sexe a encore du boulot...

C'était la première de "Tournez Manège !" hier soir sur Tf1, et en prenant la peine de chausser ses lunettes de sociologue, ça valait son pesant de cacahuètes. Tout le travail de Sylvette Denèfle, Annie Dussuet, Kaufman et De Singly... parti en fumée, en moins 15 secondes. Elle, avec son petit accent de Nancy, elle les aime "un peu macho", qui font le bricolage pendant qu'elle s'occupe du linge. Tant qu'il y aura du linge...



Les habitudes ont la peau dure, il semble toujours naturel que les tâches domestiques soient si inégalement réparties. Toutes les enquêtes emploi du temps des ménages le montrent, et si les tâches sont inégalement réparties quantitativement - en terme de temps de travail domestique - elles le sont également qualitativement.

Ces quelques secondes de programme télévisé nous renvoie directement aux travaux de Françoise Héritier. Dans Masculin/Féminin, l'ethnologue démontre que la différence de sexe structure toute la pensée humaine qui finalement repose comme premier critère de classement sur les concepts d'identité et de différence. On oppose homme et femme comme on oppose chaud et froid, extérieur et intérieur, sec et mouillé, vif et inerte, etc... Et chaque culture construit cette différence à sa manière. Pour revenir à notre exemple et dans nos sociétés occidentales contemporaines, c'est aux hommes que semblent revenir naturellement les travaux d'extérieurs (jardinage, bricolage, entretien du véhicule et des façades du logement), pour les femmes les travaux d'intérieur (au point que dans les enquêtes on retrouve un vrai clivage entre plantes d'extérieur, entretenues souvent par les hommes, et plantes d'intérieur arrosées par les femmes).

Pour les femmes la saleté du quotidien, des travaux le plus souvent invisibles car il faut les refaire tous les trois jours. Pour les hommes les taches qui se donnent à voir : jardinage et bricolage ont des résultats visibles et durables, qui pourront être exposés à des regards extérieurs au ménage, l'homme pourra en tirer une reconnaissance. On a encore jamais vu quelqu'un s'esbaudir devant la propreté d'un carrelage. La particularité des lieux de travail domestique des femmes, c'est qu'on ne les remarque que s'ils sont sales.

Du point de vue de la charge psychologique, on jardine, on bricole pour penser à autre chose. Mais la charge mentale de la programmation des différentes taches, la prévision des courses et de leur liste, c'est aux femmes que cela revient.

Des gants Mapa universellement roses, impossible à trouver en grandes tailles pour des mains d'hommes, jusqu'à la toute dernière pub Persil, tout semble fait pour cantonner les femmes dans leurs buanderies.



Pour finir sur une petite note d'humour, rappelons nous quand les inconnus sévissaient encore à la télé.



Pour aller plus loin :
Sylvette Denefle, Tant qu'il y aura du linge à laver, Paris, Arlea-Corlet, 1995
Annie Dussuet, Logiques domestiques, essai sur les représentations du travail domestique chez les femmes actives de milieu populaire, L’Harmattan, 1997
Jean-Claude Kaufman, La Trame Conjugale - Analyse du couple par son linge, F Nathan, 2000
Dumontier, Guillemot, Meda, Evolution des temps sociaux au travers des enquêtes emploi du temps des ménages, Economie et Statistique, INSEE, 2002

L'INSEE est en train de procéder à une nouvelle enquête emploi du temps des ménages en cette fin d'année 2009, la dernière enquête de ce type datant de 1999.

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dimanche 13 septembre 2009

Dérapages communicationnels

Un doigt d’honneur, le racisme ordinaire d’un ministre, de petits employés triés sur le volet, des parents d’élèves encartés, des communiqués ratés… Comment les représentants de l’actuelle majorité politique peuvent à ce point perdre le contrôle de leur image, à l’heure de la professionnalisation de la communication politique, des trainings et autres spin doctors ?


Le moins que l’on puisse dire c’est que la rentrée est difficile dans la sphère politique, de chaque côté du clivage. Des questions de démocratie interne resurgissent à gauche, pendant qu’à droite c’est la perte de contrôle du véhicule communication. Vous trouverez en fin de billet le florilège des dérapages écrits, filmés, enregistrés qui sont apparus dans les medias ces derniers jours.

A l’heure où la communication politique a achevée sa professionnalisation, où les dirigeants politiques utilisent (pas tous mais une bonne partie) largement les médias numériques, il est plutôt étonnant de voir se succéder ces boulettes. Certains diront que c’est là une dérive liée justement aux nouveaux medias et à Internet ; chaque individu doté d’un téléphone mobile avec fonction vidéo deviendrait l’œil de Big Brother et participerait d’un système totalitaire où tout serait visible, contrôlé, disséqué. C’est la position notamment d’Henri Guaino, conseiller de Nicolas Sarkozy, qui juge que « la transparence absolue, c’est le début du totalitarisme. […] Internet ne peut pas être la seule zone de non droit, la seule zone où aucune des valeurs habituelles qui permettent aux gens de vivre ensemble ne soit acceptée. »

On ne peut qu’acquiescer à ces propos apparemment emplis de bon sens, mais ceux-ci sont particulièrement en décalage avec le contexte et les évènements desquels ils sont la réaction. Pour se défendre, les dirigeants politiques attaquent, mais c’est un coup d’épée dans l’eau. En effet si la transparence absolue c’est le totalitarisme, en revanche la transparence absolue de la vie publique, c’est le début de la démocratie. Or il ne s’agit là que de moments plus ou moins insérés dans la vie publique : vie du parti politique majoritaire, intervention de ministre et du président « sur le terrain ». Bref, on n’est absolument pas dans le domaine de la vie privée des individus.

De plus il ne s’agit aucunement de vidéos « volées » ou réalisées par des internautes piégeant les protagonistes, mais à chaque fois ce sont des caméras de télévision (Canal+, Public Sénat, TSR, France2) qui rapportent les dérapages et les supercheries de dirigeants parfaitement conscients d’être filmés.

Le seul cas qui est mêlé au réseau Internet est le cas de la vidéo montrant l’ex-ministre de l’Identité Nationale tenant des propos relevant du « racisme ordinaire » dans un registre qui se voulait humoristique. En effet, ces images filmées par une équipe de télévision ne vont pas être diffusées par la chaîne. Mais elles vont quand même circuler dans les rédactions des medias de presse écrite avant d’être rendues publiques par le journal Le Monde sur son site Internet.

Cette mise en lumière est à la fois une double bonne nouvelle, et une mauvaise nouvelle.

Commençons par la mauvaise nouvelle. Le divorce des citoyens d’avec la classe politique ne peut être que renforcé par ce genre d’images. Si les électeurs sont toujours au rendez-vous lorsqu’ils ont l’impression que leur vote compte (référendum sur le TECE, 70% de participation ; présidentielles 2007, 84%) et qu’ils demandent plus de politique, ils restent très méfiants à l’égard de la classe politique et de ses institutions (partis, gouvernement, parlement). Nul doute que ces évènements risquent de les conforter dans cette attitude.

La bonne nouvelle, c’est que dans les liens complexes qu’entretiennent les champs politiques et médiatiques, il y a toujours un certain désalignement entre les deux qui poussent les journalistes à aller plus loin que le seul relai de la parole publique. Philippe Riutort, dans Sociologie de la communication politique, évoque cela :

la généralisation, à l’initiative des conseillers en communication, du spin control (le fait de « mettre en condition » les journalistes afin qu’ils retiennent du discours politique uniquement ce qu’en souhaite l’émetteur, lui livrant des confidences, jouant habilement du « off », l’alimentant en permanence en « informations ») conduit, par réflexe d’autodéfense professionnel, les journalistes politiques à se livrer, dans leur couverture de la politique, de façon croissante, au dévoilement des « artifices » et des « mises en scène » de la politique

La conséquence de ceci n’est autre que la confirmation que la liberté de la presse est toujours d’actualité. Et c’est plutôt une deuxième bonne nouvelle. Internet joue d’ailleurs un rôle d’aiguillon vis-à-vis de la presse classique dans la mesure où le choix de montrer ou non certaines images est plus lourd de conséquences. En effet, ne pas montrer une image qui in fine se retrouve sur internet et rencontre un certain succès, c’est prendre le risque d’un questionnement en retour sur la non diffusion des images. Preuve à l’appui, la liberté de la presse est encore une réalité


Le doigt d’Eric Besson (Canal+)

Le racisme ordinaire de Brice Hortefeux (Public Sénat)

Les petits ouvriers de Sarkozy (Télévision Suisse Romande)

Luc Chatel et la « parent d’élève-conseillère municipale UMP » (France 2)

Luc Chatel et l’orthographe (Le Point)
Luc Chatel commence mal son année scolaire. Le ministre de l'Éducation nationale a fait distribuer aux journalistes lundi un dossier de presse consacré à la rentrée scolaire truffé de fautes d'orthographe. Tout y passe : accords oubliés, conjugaison piétinée, erreurs de syntaxe... Morceaux choisis : 

- "La rèforme de l'enseignement primaire, qui est entré en application à la rentrée 2008, s'appuie sur des horaires etdes Les programmes, redéfinis par arrêtés du 9 juin 2008 qui s'articulent avec les sept grandes compétences du socle commun." 

- "En 2009 se sont 214.289 élèves qui ont suivi... " 

- "Ces formations concerneront prioritairement les enseignants qui exercent pour la première fois en école maternelles ." 

La rue de Grenelle, bien embarrassée par cette mauvaise publicité, a rapidement apporté "quelques petites corrections au dossier". Le correcteur automatique d'orthographe a été activé et le document est désormais disponible sur le site internet du ministère de l'Éducation nationale... sans faute. 

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mercredi 9 septembre 2009

Les filles et les concours

Lu chez Tom Roud en réaction à l'article du Monde intitulé "Les filles brillent en classe, les garçons aux concours" :

Il ne viendrait à l’idée de personne de remettre en cause l’existence et la logique du sacro-saint concours. Si l’on considère que les performances en classe, les mentions, les représentations en bonnes prépas … bref, les dossiers scolaires, constituent un bon indicateur du niveau, pourquoi alors conserver un concours ?


Je crois que les écrits de Pierre Bourdieu peuvent nous aider à répondre à la question. Dans un court texte "Culture et Politique" publié dans Questions de sociologie (1980), Bourdieu évoque les concours. Ceux-ci sont très pratiques pour produire de la différence là où il n'y en avait pas, et c'est probablement pour cela qu'ils sont encore très prisés dans le recrutement.
La magie sociale peut transformer les gens par le fait de leur dire qu'ils sont différents ; c'est ce que font les concours. Le 300ème est encore quelque chose, le 301ème n'est rien).


Quand Bourdieu cite cet exemple, c'est justement pour expliquer pourquoi on reconnait moins de compétence politique aux femmes qu'aux hommes. Et finalement il explique que n'importe quelle compétence, qu'elle soit technique, politique ou autre, est toujours une compétence sociale : il faut savoir se faire reconnaitre comme digne de disposer du droit et du devoir d'intervenir sur tel ou tel chose. Autrement dit, la compétence technique existe, mais elle est d'autant plus grande qu'elle est reconnue socialement.
La différence entre les hommes et les femmes (...) est fondée sur un coup de force social, sur une assignation à compétence. La division du travail entre les sexes accorde à l'homme la politique, comme elle lui accorde le dehors, la place publique, le travail salarié à l'extérieur, etc., tandis qu'elle voue la femme à l'intérieur, au travail obscur, invisible et aussi à la psychologie, au sentiment, à la lecture de romans, etc. Même si les choses ne sont pas si simples...


Et même 30 ans après l'écriture de ces lignes, les disparités restent très grandes.

Pour ne citer que des professions dont l'accès est sanctionné par un concours, rappelons que si 57% des fonctionnaires de catégorie A de la fonction publique d'Etat sont des femmes, elles ne sont que 16% dans les emplois dits supérieurs, et 10% dans les emplois à discrétion du gouvernement. Incompétence ou discrimination ?
De même que la filière universitaire est très révélatrice : depuis longtemps les filles sont plus nombreuses que les garçons au niveau Bac, elles le restent jusqu'au niveau Master. Côté professionnel de l'enseignement supérieur : 32% des enseignants-chercheurs sont des femmes, la part tombe à 17% chez les professeurs d'université, et 10% chez les présidents d'Université (Manuel C me corrigera au besoin). Dans la fonction publique territoriale, plus de 50% de femmes chez les attachés et autres catégorie A, mais moins du quart des Directeurs Généraux. Le concours ne protège pas.

Source : Pierre Bourdieu, Questions de sociologie, Editions de Minuit, 1980, pp.239-241.

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mercredi 8 juillet 2009

Reprise de l'activité (tout doux, tout doux)

Le rush de la fin d'année scolaire n'est pas le meilleur ami du blogeur, loin de là. Je me rends compte que je ne suis pas le seul à connaître un rythme de publication ralenti (c'est un euphémisme) : la blogosphère économique et sociale me semble avoir relativement perdu un peu en endurance. Mais peut-être n'est ce qu'une illusion d'optique. En tout cas il reste encore quelque fous furieux qui postent plusieurs fois par jour (Wahou, mais comment fait il ?). D'autres ont choppé une bonne vitesse de croisière (ici par exemple). Et les valeurs sures sont toujours au rendez-vous (là et là).

Ces derniers temps j'avoue être plus dans la veille que dans l'analyse et la rédaction. C'est pourquoi je vous propose quelques liens à ne pas manquer cette semaine (sélection multimédia, avec respectivement des videos, du son, du texte et des graphiques) :

- Internet, nouvel espace démocratique ? Entretien avec Dominique Cardon, sociologue
- Comment mesurer autrement richesse et progrès ? Avec Dominique Meda, philosophe et Jean Gadrey, économiste
- Le vieillissement démographique sera plus rapide au Sud qu'au Nord, Gilles Pison, démographe (INED).

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jeudi 7 mai 2009

les sociologues et le virus H1N1


Parce qu'il n'y a pas que la biologie dans la vie, des sociologues bloggeurs se répondent au sujet de la grippe A ou du virus H1N1 ou encore le swine flu pour nos amis d'outre-manche et outre-atlantique (où se trouvent d'ailleurs les deux bloggeurs en question).

Pour en savoir plus :
Damien Babet, La grippe porcine est déjà internationale, ContreBande, 27 avril 2009
Christine Monnier, Moral Panic Versus Risk Society, The GSB, 3 mai 2009
Damien Babet, Les bonnes raisons de paniquer, ContreBande, 5 mai 2009

Photo : 2009 swine flu outbreak, The Big Picture, 6 mai 2009

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jeudi 30 avril 2009

web 2.0


On fait beaucoup dans le web 2.0 sur ce blog depuis quelques temps. Je signale ici la sortie du numéro 154 de la revue Réseaux. Revue de sociologie consacrée à la communication, aux télécommunications, aux médias, elle existe depuis 1983. Longtemps publiée dans la collection Hermès aux éditions Lavoisier, on trouve maintenant les résumé et tables des matières du côté de La Découverte. Le dernier numéro est justement consacré au Web 2.0 et en voici la présentation :

Si les plateformes relationnelles du Web 2.0 font beaucoup parler d’elles aujourd’hui, les analyses empiriques des pratiques concrètes des utilisateurs restent en revanche mal connues, si ce n’est pour moquer leur caractère infantile ou s’inquiéter des risques qu’y prennent les utilisateurs en livrant des informations sur leur vie personnelle. Pourtant, ces nouveaux sites relationnels (MySpace, Facebook ou Flickr) posent des questions très intéressantes et nouvelles. Que signifie devenir « ami » dans ces espaces relationnels, où il semble si facile de créer de nouvelles connexions avec des personnes que l’on connaît peu, mal ou pas ? Comment se développent et s’organisent les pratiques des utilisateurs ? Existe-t-il un lien entre le nombre d’informations dévoilées sur soi et la capacité relationnelle des individus ? Ce numéro spécial entend interroger, dans toute leur diversité, les usages de ces plateformes relationnelles. Les articles qui le composent s’appuient sur des enquêtes empiriques détaillées de Flickr, Wikipédia, Second Life et de la blogosphère politique française. À travers des analyses statistiques et qualitatives de la vie relationnelle sur ces plateformes, il sera possible de mieux répondre à un ensemble de questions qui se posent aujourd’hui de façon récurrente à propos des réseaux sociaux de l’Internet. Comment s’articulent les relations de la vraie vie et les relations avec les « amis » en ligne ? Comment s’organisent les systèmes relationnels sur Internet ? Quelles procédures sont mises en place pour régler les conflits et assurer la gouvernance des grands collectifs en ligne comme Wikipédia ? Comment se diffusent les informations et les opinions au sein de la blogosphère politique ?
Plus d'infos sur le site de La Découverte

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vendredi 24 avril 2009

Les jeunes face à la crise

Si vous l'avez raté ce matin, l'interview de Camille Peugny et Cécile Van de Velde est disponible en video :

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mercredi 22 avril 2009

Le directeur financier de Freddie Mac retrouvé mort : suicide anomique ?

Ce matin j'abordais en cours de Terminale le concept d'anomie chez Durkheim, notamment à partir de sa célèbre étude sur le suicide (pour en savoir plus sur les typologies, voir en fin de note). Pour illustrer le suicide anomique, nous avons étudié un texte de H. Mendras dans lequel celui-ci revient sur les formes d'anomie aiguë mis au jour par E. Durkheim. J'ai donc fait un aparté sur le fait que la crise financière et économique actuelle allait selon toute probabilité apporter son "contingent de morts volontaires", selon la formule bien connue. Je ne croyais pas si bien dire, à l'heure où je faisais mon cours le directeur financier de Freddie Mac était retrouvé mort, très probablement suicidé... Coïncidence...
Le directeur financier de Freddie Mac retrouvé mort, LeMonde.fr et AFP, 22 avril 2009


Pour en savoir plus sur le suicide vu par Durkheim :
- si vous êtes pressés, cet article Wikipédia, mais il est incomplet et approximatif. Classer les kamikazes parmi les suicides fatalistes, je doute...
- si vous avez 5 minutes, passez chez Claude Bordes. Article beaucoup plus détaillé et rigoureux.

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mardi 14 avril 2009

Les sciences sociales pour comprendre la Nouvelle Star (1/4)

Amusons-nous un peu. Aujourd'hui je voudrais parler de ce fabuleux télé-crochet qui égaye nos mardi soirs. Il se passe des choses à Baltard, et si le niveau global des candidats n'est pas transcendant cette année (parait-il, personnellement je n'ai aucune compétence musicale, à mon grand regret), il y a de quoi expliquer quelques trucs à partir de la sociologie, de l'économie ou d'autres sciences sociales. Pour le premier numéro de cette petite série de billets, je vais tenter d'expliquer comment le sauvetage de Damien de la nouvelle star a en partie contredit les théories de Mancur Olson. Et vous me direz, quel rapport entre un apprenti chanteur de 29 ans et un économiste américain mort à la fin du XXe siècle ??

Mancur Olson est connu pour avoir mis au jour un paradoxe, le paradoxe de l'action collective. Des individus qui partagent un intérêt commun mais qui n'ont pas d'instances représentatives ont une forte probabilité de ne pas mener à bien les actions en direction de cet objectif commun.

Une action collective telle que participer à un vote en faveur d'un candidat, conduit à la production d'un bien collectif, la satisfaction de voir son candidat préféré chanter à nouveau la semaine prochaine. Mais pour Mancur Olson, cette action collective a peu de chance de se réaliser. En effet, les individus rationnels vont laisser les autres agir, en espérant recueillir l'avantage collectif, sans avoir à supporter le coût de l'action (envoi d'un SMS + 50 centimes d'euros). Le problème ici, c'est que si l'avantage est collectif, le coût lui est individualisable et donc plus difficile à supporter (c'est un peu comme la consommation collective de services non marchands produits par les services publics, et les impôts : on aime pas payer les impôts, mais on est bien content d'avoir des routes et des écoles). Le paradoxe se produit si tous les individus agissent rationnellement ; alors l'action collective ne se produira pas, et aucun avantage collectif ne pourra être obtenu, alors que tous y avaient intérêt.

Pourtant, mardi dernier, j'ai contribué à sauver Damien !
Mardi à 23h15, Damien a été sauvé par le public. Pourtant il avait complètement craqué, nul Damien, capable de bien mieux que cela d'habitude. C'en était désagréable pour nos oreilles tellement c'était faux... Et bien j'ai quand même voté pour lui !! Alors qu'objectivement il était presque le plus mauvais de la soirée. Ca c'est pas loin d'être complètement irrationnel : Manoukian et Soan ont invité ouvertement le public à voter pour lui, des milliers d'adolescents ont du se précipiter sur leur portable, j'aurai pu manipuler tous mes contacts facebook et leur dire de voter pour lui (bon ok, je l'ai fait), mon vote m'a coûté un SMS surtaxé (0.60€) alors que sa prestation ne valait pas un cachou, je pourrais revoir 10000 fois si je voulais les vidéos de Damien sur Dailymotion ou YouTube, même s'il sort de la Nouvelle Star je pense que je pourrais le trouver sur son MySpace... complètement taré je vous dis. En fait, si les individus contribuent parfois aux actions collectives c'est principalement pour deux raisons.

Pas si irrationnel que cela...
Il n'y a pas que la rationalité en finalité dans la vie pour guider nos choix, il y a aussi la rationalité en valeur : j'agis non pas vers un but, mais en accord avec mon système de valeurs. Mon système de valeurs n'a rien a voir avec la Nouvelle Star, il y a peu de chance pour que cela explique mon geste désespéré de mardi soir. Il y a également l'action individuelle qui est réalisée sous le coup de l'émotion, réaction de l'affect. Ici ce n'est pas le cas, j'ai bien réfléchi avant d'envoyer le numéro 4 au 71600 ! Autre moteur de l'action individuelle : la tradition. Non, la nouvelle star, c'est pas traditionnel pour moi.

Une deuxième explication, la rationalité limitée : nous ne sommes pas forcément en capacité de calculer exactement, à chaque instant, ce que nous coûte et nous rapporte nos décisions. Il y a donc tout un tas de choses à prendre en considération, et notre cerveau ne nous permet pas de tester toutes les solutions pour déterminer celle qui est absolument la bonne. Le plus souvent, on choisit le moins pire, en fonction de son expérience, on prend la première qui nous parait raisonnable :
1) Ici j'ai pu juger que mon forfait SMS était plein, et que je ne parviendrais probablement pas à le consommer dans son intégralité (ce qui repose une autre question : dois je diminuer mon forfait SMS ?), donc que le coût du SMS normal n'était pas si important que cela.
2) Par ailleurs, le surtaxage à 50 centimes peut être relativisé : quel est le coût d'opportunité de ce SMS, en clair qu'est ce que j'aurai pu faire avec ces 50 centimes que je ne pourrai pas faire si je les dépense pour M6 ? En bon prof, ma première réaction c'est de dire : 50 centimes = un café à la machine du lycée. Moins de café, moins de palpitations, moins de risque d'overdose, sommeil moins agité, mieux pour la santé !
3) Enfin, en tant que prof de SES, je connais cette théorie de l'action collective, je sais donc que si tous les spectateurs ont la même démarche rationnelle qui consiste à penser que je vais pouvoir profiter de la présence de Damien mardi prochain sans en payer le coût, alors je risque de ne pas revoir Damien ! Non, je ne peux raisonnablement pas laisser tomber ma future idole.

Mardi prochain, vous savez ce qu'il vous reste à faire...

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vendredi 3 avril 2009

Facebook et tes amis (encore !)

Un post très intéressant sur le site Internet Actu, à propos de la force de nos liens faibles et de la manière dont ils sont entretenus sur Facebook.
Avons-nous de "vrais amis" sur les sites sociaux ?

Extrait :

[Le réseau social] n’agit pas vraiment sur les liens les plus forts (famille, amant(e)s et confidents), mais sur tous les autres : “ceux avec qui on travaille, on fait du sport, ceux qu’on connaît bien, qu’on connaît peu, qu’on aimerait connaitre mieux, ceux qui s’intéressent à nous, ceux qu’on intéresse, ceux qui nous font rires, ceux qui connaissent des trucs. Facebook montre qu’il y a une très grande élasticité de ce nombre d’amis là. Comme on le voit dans l’enquête, le sexe joue un rôle important, mais également l’âge, le niveau social et culturel… Ce qui serait intéressant, c’est de décomposer les chiffres auxquels accède Marlow par variable sociologique pour montrer que notre nombre d’amis ne repose pas sur une limite naturelle, mais sur des inégalités sociales et culturelles.”

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lundi 23 février 2009

Hypothèses, Agora, le Polit'bistro, etc.

La recherche française est en ébullition. Non seulement elle connaît actuellement un mouvement social sans véritable précédent, mais elle foisonne d'idées, notamment en sciences humaines et sociales ce qui nous intéresse au plus haut point. Ca foisonne, ça bouillonne même du côté de Revues.org qui, avec son maître d'ouvrage le CLEO, a mis sur pied une plate-forme de blogs intitulé Hypothèses. Sur cette plate-forme on trouve notamment deux blogs qui devraient retenir votre attention :

1. AGORA /Sciences sociales. Comme son nom l'indique c'est un lieu de débat autour de la question des sciences sociales, leur enseignement (dans le secondaire comme dans le supérieur), la recherche dans ces domaines, mais également les mutations qui touchent métiers et institutions se trouvant dans le champ de l'enseignement supérieur et de la recherche.

2. Le Polit'bistro : des politiques, du café. Ce blog prend la suite de Science politique en ligne, et gagne un auteur. Suivre de près les participations croisées dans la blogosphère va devenir un sport de haut niveau. François, auteur de Boîte Noire et de feu Science politique en ligne, ouvre avec Joël, auteur du blog de Joël Gombin, un blog sur Hypothèses, qui s'appelle le Polit'bistro et qui parlera de science politique. Si vous avez tout suivi, en cliquant sur tous les liens, les indexant sur delicious et enregistrant les flux sur netvibes, c'est que vous êtes définitivement aptes pour le web2.0, espèce de geek.

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