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mercredi 30 janvier 2013

Pour des partis politiques un peu plus européens !

Attention, c'est du Habermas, probablement le paragraphe le plus pointu du bouquin (qui reste quand même accessible). Mais ça vaut le détour, je rejoins pleinement ses analyses. Spéciale dédicace à mes amis politiques :

"Dans la mesure où la politique fait dépendre toute son action de son synchronisme avec une humeur ambiante que, d'élection en élection, elle escorte, convoiteuse et servile, le processus démocratique perd tout son sens. Une élection démocratique n'est pas là pour simplement permettre la projection de l'éventail spontané des opinions ; elle doit restituer ce qui résulte du processus public au cours duquel l'opinion s'est formée. Les voix données dans l'isoloir ne restituent le poids institutionnel de la codétermination démocratique que si elles sont corrélées aux opinions articulées publiquement et formées dans un échange communicationnel de prises de position, d'informations et de raisons en pertinence avec les questions du débat."
Jurgen Habermas, La constitution de l'Europe, Gallimard, 2012.

En clair, la démocratie d'opinion c'est pas bien, c'est trop facile. Suivre des résultats de sondages pour déterminer la politique à mener ne grandit pas le personnel politique. S'il se laisse abaisser à cela, c'est bien le signe qu'il est trop attaché à sa réélection qu'à la vraie poursuite de l'intérêt général, et la prise de risque qui va avec. À ce titre, le rôle des organisations politiques est bien de participer à la formation de l'opinion ( ce qui implique d'apporter tous les éléments nécessaires à la compréhension du débat) et non de la suivre bêtement. Dans la dernière phrase de l'extrait cité, il explique que la légitimité du politique aujourd'hui ne peut plus tenir à l'accumulation des bulletins dans l'urne. les formations politiques ne doivent pas se concentrer sur la compétition politique, car cela ne provoque que le désintérêt et l'indifférence. Elles doivent s'attacher à ce que les idées qu'elles portent provoquent un véritable débat argumenté dans la population.

Comme le suggère le titre de son ouvrage, Habermas s'exprime ici sur le sujet de la construction européenne, et attaque les partis politique (allemand, mais le parallèle avec la France est tout a fait faisable) qu'il juge inactifs lorsqu'il s'agit de faire comprendre les enjeux communautaires. Il les accuse de ne pas parvenir à se défaire de l'idée que la politique doit s'inscrire presque exclusivement dans le cadre de l'Etat-Nation. Et également de colporter l'idée que le "machin bruxellois" est la cause de nos malheurs, sans préciser que ce sont souvent les chefs d'Etats ou les Ministres des 27 Etats membres (i.e. nos représentants démocratiquement élus) qui sont force d'impulsion. Ces deux éléments expliquent évidemment l'hiver démocratique (cf. Guy Hermet) que traverse l'Union européenne.

Il faudrait en effet bannir la "pragmatique du pouvoir" et renouer avec le courage politique, pour proposer un nouvel horizon institutionnel pour l'Europe car le statu quo n'est pas une solution viable : le Conseil est trop influent alors qu'il n'est pas l'institution qui représente les peuples, la Commission n'est pas élue démocratiquement ce qui la déconnecte des européens, et quant au Parlement - qui devrait logiquement être l'institution européenne préférée des citoyens - ses positions et pouvoirs sont trop souvent mal compris, expliquant l'abstention pathologique qui touche les élections européennes.

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vendredi 26 novembre 2010

"Puisqu'on est jeune et con, puisqu'ils sont vieux et fous"

L'institut national de la jeunesse et de l'éducation populaire a rendu public dernièrement les résultats d'une étude menée en 2008 sur les valeurs et la participation politique des jeunes. Si l'étude confirme le fait que les jeunes sont en en général plus engagés dans les formes protestataires de participation politique (manifestation, pétition, boycott, etc) que dans la participation conventionnelle (comprendre le vote), et qu'il existe de grandes différences de pratiques en fonctions du niveau d'étude, on apprend que les jeunes de 2008 sont plus politisés que leurs prédécesseurs de 1999, de 1990 et même de 1981.

Source : enquêtes Valeurs. Arval-INJEP

Dans ce tableau, c'est finalement la dernière ligne qui est la plus instructive, c'est à dire les non-réponses. Alors qu'en 1999 près d'un jeune sur quatre refuse de se positionner sur l'échiquier politique, en 2008 on n'en compte moins d'un sur 10. Les hypothèses sont nombreuses. Effet Internet ? on posera la question à Dominique Cardon samedi prochain. Effet de calendrier ! CPE ? Présidentielle ? En 2008 au moment de l'enquête Nicolas Sarkozy est président depuis moins d'un an alors que les précédentes enquêtes étaient plus éloignées des élections présidentiels, scrutins qui voient une participation accrue des jeunes comparativement aux autres scrutins.

Source :
Bernard Joudet, "Des jeunes davantages impliqués et plus protestatires", Jeunesses études et synthèses, INJEP, novembre 2010.

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dimanche 13 septembre 2009

Dérapages communicationnels

Un doigt d’honneur, le racisme ordinaire d’un ministre, de petits employés triés sur le volet, des parents d’élèves encartés, des communiqués ratés… Comment les représentants de l’actuelle majorité politique peuvent à ce point perdre le contrôle de leur image, à l’heure de la professionnalisation de la communication politique, des trainings et autres spin doctors ?


Le moins que l’on puisse dire c’est que la rentrée est difficile dans la sphère politique, de chaque côté du clivage. Des questions de démocratie interne resurgissent à gauche, pendant qu’à droite c’est la perte de contrôle du véhicule communication. Vous trouverez en fin de billet le florilège des dérapages écrits, filmés, enregistrés qui sont apparus dans les medias ces derniers jours.

A l’heure où la communication politique a achevée sa professionnalisation, où les dirigeants politiques utilisent (pas tous mais une bonne partie) largement les médias numériques, il est plutôt étonnant de voir se succéder ces boulettes. Certains diront que c’est là une dérive liée justement aux nouveaux medias et à Internet ; chaque individu doté d’un téléphone mobile avec fonction vidéo deviendrait l’œil de Big Brother et participerait d’un système totalitaire où tout serait visible, contrôlé, disséqué. C’est la position notamment d’Henri Guaino, conseiller de Nicolas Sarkozy, qui juge que « la transparence absolue, c’est le début du totalitarisme. […] Internet ne peut pas être la seule zone de non droit, la seule zone où aucune des valeurs habituelles qui permettent aux gens de vivre ensemble ne soit acceptée. »

On ne peut qu’acquiescer à ces propos apparemment emplis de bon sens, mais ceux-ci sont particulièrement en décalage avec le contexte et les évènements desquels ils sont la réaction. Pour se défendre, les dirigeants politiques attaquent, mais c’est un coup d’épée dans l’eau. En effet si la transparence absolue c’est le totalitarisme, en revanche la transparence absolue de la vie publique, c’est le début de la démocratie. Or il ne s’agit là que de moments plus ou moins insérés dans la vie publique : vie du parti politique majoritaire, intervention de ministre et du président « sur le terrain ». Bref, on n’est absolument pas dans le domaine de la vie privée des individus.

De plus il ne s’agit aucunement de vidéos « volées » ou réalisées par des internautes piégeant les protagonistes, mais à chaque fois ce sont des caméras de télévision (Canal+, Public Sénat, TSR, France2) qui rapportent les dérapages et les supercheries de dirigeants parfaitement conscients d’être filmés.

Le seul cas qui est mêlé au réseau Internet est le cas de la vidéo montrant l’ex-ministre de l’Identité Nationale tenant des propos relevant du « racisme ordinaire » dans un registre qui se voulait humoristique. En effet, ces images filmées par une équipe de télévision ne vont pas être diffusées par la chaîne. Mais elles vont quand même circuler dans les rédactions des medias de presse écrite avant d’être rendues publiques par le journal Le Monde sur son site Internet.

Cette mise en lumière est à la fois une double bonne nouvelle, et une mauvaise nouvelle.

Commençons par la mauvaise nouvelle. Le divorce des citoyens d’avec la classe politique ne peut être que renforcé par ce genre d’images. Si les électeurs sont toujours au rendez-vous lorsqu’ils ont l’impression que leur vote compte (référendum sur le TECE, 70% de participation ; présidentielles 2007, 84%) et qu’ils demandent plus de politique, ils restent très méfiants à l’égard de la classe politique et de ses institutions (partis, gouvernement, parlement). Nul doute que ces évènements risquent de les conforter dans cette attitude.

La bonne nouvelle, c’est que dans les liens complexes qu’entretiennent les champs politiques et médiatiques, il y a toujours un certain désalignement entre les deux qui poussent les journalistes à aller plus loin que le seul relai de la parole publique. Philippe Riutort, dans Sociologie de la communication politique, évoque cela :

la généralisation, à l’initiative des conseillers en communication, du spin control (le fait de « mettre en condition » les journalistes afin qu’ils retiennent du discours politique uniquement ce qu’en souhaite l’émetteur, lui livrant des confidences, jouant habilement du « off », l’alimentant en permanence en « informations ») conduit, par réflexe d’autodéfense professionnel, les journalistes politiques à se livrer, dans leur couverture de la politique, de façon croissante, au dévoilement des « artifices » et des « mises en scène » de la politique

La conséquence de ceci n’est autre que la confirmation que la liberté de la presse est toujours d’actualité. Et c’est plutôt une deuxième bonne nouvelle. Internet joue d’ailleurs un rôle d’aiguillon vis-à-vis de la presse classique dans la mesure où le choix de montrer ou non certaines images est plus lourd de conséquences. En effet, ne pas montrer une image qui in fine se retrouve sur internet et rencontre un certain succès, c’est prendre le risque d’un questionnement en retour sur la non diffusion des images. Preuve à l’appui, la liberté de la presse est encore une réalité


Le doigt d’Eric Besson (Canal+)

Le racisme ordinaire de Brice Hortefeux (Public Sénat)

Les petits ouvriers de Sarkozy (Télévision Suisse Romande)

Luc Chatel et la « parent d’élève-conseillère municipale UMP » (France 2)

Luc Chatel et l’orthographe (Le Point)
Luc Chatel commence mal son année scolaire. Le ministre de l'Éducation nationale a fait distribuer aux journalistes lundi un dossier de presse consacré à la rentrée scolaire truffé de fautes d'orthographe. Tout y passe : accords oubliés, conjugaison piétinée, erreurs de syntaxe... Morceaux choisis : 

- "La rèforme de l'enseignement primaire, qui est entré en application à la rentrée 2008, s'appuie sur des horaires etdes Les programmes, redéfinis par arrêtés du 9 juin 2008 qui s'articulent avec les sept grandes compétences du socle commun." 

- "En 2009 se sont 214.289 élèves qui ont suivi... " 

- "Ces formations concerneront prioritairement les enseignants qui exercent pour la première fois en école maternelles ." 

La rue de Grenelle, bien embarrassée par cette mauvaise publicité, a rapidement apporté "quelques petites corrections au dossier". Le correcteur automatique d'orthographe a été activé et le document est désormais disponible sur le site internet du ministère de l'Éducation nationale... sans faute. 

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jeudi 29 janvier 2009

Sarkozy, le pouvoir et la série ES

Jour de grève dans le pays et notre Président Nicolas Sarkozy est au centre de bien des articles, aux sujets forts différents, dans des médias que l'on ne peut soupçonner de faire dans l'anti-sarkozysme.

1) "Charité bien ordonnée commence par soi-même", occupons de nos propres défauts. La série ES est une "blague" pour le Président.

Lemonde.fr : La filière économique ES ? "Une blague", pour M. Sarkozy

Le Président a voulu tacler l'hégémonie de la filière S ("la voie royale"), en s'en prenant à la filière ES. Tactique pour le moins curieuse.

La réponse des professeurs de Sciences Économiques et Sociales ne s'est pas fait attendre.

APSES : Non, Monsieur le Président, la série Economique et Sociale n’est pas une « blague ».

2) Dans le journal le Figaro, on apprend que le préfet de la Manche est démis de ses fonctions, direction le placard. La raison ? Nicolas Sarkozy n'a pas apprécié son déplacement à Saint-Lô le 12 janvier dernier, trop mouvementé à son goût. La nomination d'un préfet relève du Conseil des Ministres, le Prince aura du attendre 16 jours pour pouvoir concrétiser son caprice.

Le Figaro : Un préfet muté après une visite présidentielle chahutée

3) Dans le magazine Capital on apprend que la femme de Raymond Soubie, conseiller aux questions sociales de Nicolas Sarkozy, détient maintenant 70% de l'AEF, agence de presse spécialisée éducation, enseignement supérieur et formation professionnelle. Quelle signe faut-il y voir ? Nicolas Sarkozy étend-il son pouvoir sur les groupes de presse ? Raymond Soubie prépare-t-il sa reconversion ?

Capital.fr : La femme de Raymond Soubie prend la tête d’une agence de presse spécialisée sur l’éducation et le social

Pour terminer, une fois n'est pas coutûme, un petit dessin de l'excellent Martin Vidberg

Le blog de Martin Vidberg : l'actu en patates

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jeudi 23 octobre 2008

Fin des retraites par capitalisation en Argentine

Après les décisions prises au Royaume-Uni, des décisions tout aussi marquantes sont prises en Argentine par la Présidente Cristina Kirchner. Le système de retraite par capitalisation géré par les fonds de pension privé va disparaître, et sera progressivement remplacé par un régime de répartition géré par la puissance publique. Cela n'est pas sans poser des problèmes financiers puisque les dix fonds de pension qui assuraient jusqu'à maintenant la gestion du système de retraite sont les principaux investisseurs institutionnels (les fameux zinzins) du pays.

C'est à lire dans Le Figaro :
L'Argentine nationalise son système de retraite

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mercredi 22 octobre 2008

Une relance keynesienne au Royaume-Uni

Sur les terres de Keynes, Gordon Brown, après avoir été le premier dirigeant européen à prendre le taureau par les cornes en nationalisant Bradford&Bingley et consorts au début du mois, n'a pas peur de parler de récession et de plan de relance. A la keynésienne, des hopitaux, des porte-avions, des lignes de train, des logements sociaux, un engagement de l'Etat à régler ses factures sous 10 jours...

C'est à lire dans Le Monde :
Le gouvernement britannique opte pour une relance keynésienne

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mardi 14 octobre 2008

CODICE : Conseil pour la diffusion de la culture d'entreprise

Je suis révolté. Révolté mais pas surpris. Christine Lagarde vient d'annoncer (discrètement) la nouvelle composition du CODICE, le Conseil pour la Diffusion de la Culture Economique. 10 chefs d'entreprise, 3 journalistes (Nouvel Obs, Figaro, France5), 2 consultants, 2 économistes, 1 inspecteur de l'éducation nationale, et 1 prof de SES (inconnue au bataillon jusqu'à maintenant), le tout présidé par Eric Le Boucher (Les Echos) et Nicolas Bordas (TBWA). On rajoute à cela la responsable d'un think-tank ultra-libéral anti-fonctionnaire et anti-état qui se présente comme un laboratoire de recherche en science politique (j'en parlais déjà ici), et on a fait le tour.

Dans le tas on trouve en vrac, Thibault Lanxade (Positive Entreprise), Michel Pébereau, et Jean-Pierre Boisivon (soit deux représentants de l'exécutif de l'Institut de l'Entreprise), autant d'ennemis des Sciences Economiques et Sociales. La surreprésentation des chefs d'entreprise est assez significative. On voit bien la conception toute particulière de l'économie de Mme Lagarde. Et pourtant non, l'économie ce n'est pas que l'entreprise.

En clair, l'Institut De l'Entreprise a autant de représentants dans le CODICE que l'ensemble de la communauté universitaire économique !!! C'est une honte. Je souhaite ici bien du courage à Etienne Wasmer (prof à Science Po Paris), actuel bloggeur) et Daniel Cohen (prof à Normale Sup, ancien bloggeur), pour leurs nouveaux sièges dans le COnseil pour la DIffusion de la Culture d'Entreprise.


[dernière minute : l'annonce du nouveau CODICE devait coïncider avec le lancement d'un site Internet www.kezeco.fr. Pas de bol, on a le droit à un petit message d'accueil : En raison de l'actualité économique et financière,
le lancement du site « kezeco.fr » est reporté de quelques semaines
.]

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lundi 13 octobre 2008

Ca vous dit de bosser le dimanche ?

Le Journal Du Dimanche du 12 octobre consacre une pleine page à un sondage qu'il a commandé à l'institut IFOP à propos du travail dominical, sous un titre ravageur « Les Français veulent travailler le dimanche ! ». Vous aurez remarqué au passage la ponctuation double. Qu'en est il vraiment ? N'est on pas, encore une fois, confronté à une manipulation de sondage à des fins politiques.

On pourrait se demander si l'article n'a pas fait l'objet d'une commande tant l'agenda médiatique correspond au poil près avec l'agenda politique. En effet, dans la matinée du 12 octobre, Xavier Bertrand annonce sur France2 la remise sur la table du dossier « Travailler plus le dimanche ». Et Nicolas Sarkozy en personne devrait en faire l'annonce demain lors d'un discours consacré à l'emploi. L'annonce fait grand bruit et l'Agence France Presse publie une dépêche qui reprend le sondage publié dans le JDD. Cette fois ça y est, les Français sont prêts, ils sont « 67% à accepter de travailler le dimanche, si leur employeur le leur propose ». 67% des Français, donc plus que les seuls actifs...

Si on regarde de plus près le sondage, on s'aperçoit que ce ne sont pas 67% des Français qui ont dit oui mais 67% de l'ensemble des actifs. Or on compte 27,8 millions d'actifs en France. 67% de 27,8 millions, cela représente 18,6 millions. Rapporté à la population totale, cela représente 29,6% des Français. Un peu short pour titrer « Les Français veulent travailler le dimanche ».

La question ?
La question posée au panel était la suivante « Travailler le dimanche est payé davantage qu'en semaine. Si votre employeur vous proposait de travailler le dimanche accepteriez-vous ? ». On aurait pu la faire sur un autre mode « Travailler le dimanche vous condamne à rater tous les matchs de foot de votre petit dernier, les réunions de famille, et les week-ends plage quand les beaux jours reviennent. Si votre employeur vous proposait de travailler le dimanche, accepteriez-vous ? ». En ces temps de crise du pouvoir d'achat, il est évident que l'appât du gain est considérable.

Les réponses.
Forcément directives. Trois modalités possibles : Oui, toujours 17% ; Oui de temps en temps 50% ; Non, jamais 33%. Les journalistes ont fait le choix de regrouper le 17 et le 50 pour dégager leur majorité de Français favorables au travail dominical. Je pense qu'il aurait été plus honnête d'affirmer que les actifs sont 83% à refuser la généralisation du travail le dimanche. Soyons clairs : j'ai acheté le JDD un dimanche matin, c'est donc que des magasins sont déjà ouverts et donc que certains personnels travaillent déjà le dimanche, de temps en temps. On aurait tout aussi bien interpréter les réponses des personnes interrogées comme un plébiscite pour le statu quo, avec une minorité d'extrémiste (17%) à vouloir à tout prix travailler le dimanche.

Un point supplémentaire : bien sûr et comme d'habitude il n'est pas fait mention des non réponses.


Marie Nicot précise qu'en marge du sondage pour ou contre travailler le dimanche était posée la question pour ou contre l'ouverture des magasins le dimanche. La question posée était « Etes vous favorable à l'ouverture des magasins le dimanche ». On remarquera la neutralité plus grande de la question. Il n'y a pas de petite phrase précédent la question qui pourrait induire un biais dans la réponse. Mais le résultat de 2008 est comparé avec celui d'un sondage de 2004, et la question de 2004 était la suivante : Vous savez qu’aujourd’hui, la plupart des magasins n’ont pas le droit d’ouvrir le dimanche. Le gouvernement a annoncé son intention d’assouplir la législation à ce sujet. Vous personnellement, y êtes-vous favorable ? (c'est moi qui souligne). Ou comment comparer l'incomparable.


A 160€/semaine, a-t-on vraiment le choix ?
Pour terminer, juste un mot sur la notion de « volontariat des salariés » pour évoquer l'ouverture des commerce et le travail le dimanche. Outre le fait que la notion de travail obligatoire renvoie à des heures sombres de notre histoire, il me semble passablement hypocrite de présenter les choses sous l'angle du volontariat du salarié. On sait parfaitement bien que le contrat de travail n'est pas un contrat commercial, ce n'est pas un contrat comme un autre qui fixe une entente entre deux parties également satisfaites des clauses du contrat. Le contrat de travail implique forcément un rapport hiérarchique entre employeur et employé. De plus, on sait très bien quels sont les secteurs d'activité qui sont prioritairement concernés par l'ouverture dominicale : le commerce.

Cette modification du code du travail aurait donc un impact presque unique sur les seuls vendeurs(ses) et les hôtes(ses) de caisses. Ce sont des professions fortement féminisées (plus de 60% de femmes dans le commerce de détail), mais surtout où le taux de temps partiels est impressionnant, et en particulier le temps partiel subi, avec déjà des horaires particulièrement difficiles (tranches) pour une rémunération équivalente au SMIC. La durée moyenne des contrats à temps partiels s'établit autour de 23h hebdomadaire : au SMIC cela ne représente même pas 160€/semaine. Si votre patron vous dit « Si vous voulez travailler à temps plein, travaillez le dimanche », qu’est ce que vous pouvez lui répondre ?

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vendredi 3 octobre 2008

Recession ou ralentissement

Eric Woerth, Ministre du Budget, 2 octobre 2008 à Antibes :
"Par nature, la France n'est pas en récession. 1% de croissance sur l'ensemble de l'année, ce n'est pas une récession, c'est une très faible croissance. (...) Il y a une définition technique et statistique de la récession et puis, il y a la réalité des choses. On ne va pas se battre sur les chiffres. Le ralentissement est fort et la crise est évidemment très importante".

Eric ferait mieux d'écouter Christine pour une fois !

Christine Lagarde, Ministre de l'Economie, 14 août 2008 sur France Inter :
"Je rappelle qu'une récession correspond à une contraction du PIB durant deux trimestres consécutifs."

D'après ce que nous dit Eric Woerth, en réalité, la France est née sous une bonne étoile, la récession n'est pas dans ses gènes... Il est marrant ce Woerth, mais pas très cohérent. En politique les mots sont toujours importants. On voit comment il est difficile pour les gouvernants de parler de "rigueur" et de "récession".

Pourtant, la définition de la récession est claire : il s'agit bien de deux trimestres consécutifs d'évolution négative du Produit Intérieur Brut. La France est donc entré en récession, à moins que l'INSEE ne révise à la hausse ses chiffres a posteriori. Depuis 1950 c'est la troisième fois que cela se produit, après les crises de 1974 et de 1993.

Eric Woerth se trompe lorsqu'il évoque un "fort ralentissement". Un élève de première ou de terminale ES pourrait corriger M. le Ministre aisément en lui rappelant qu'un ralentissement correspond à une diminution de la croissance, sans que celle-ci devienne négative. Pourtant depuis 6 mois il y a bien un signe - devant les chiffres du PIB.

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jeudi 10 avril 2008

Pire que Kosciusko-Morizet : Michael Fortier

--- Avertissement : ceci n'est pas un post très sérieux ---


Lorsque l'on est responsable politique, il est des paroles qu'on ne peut prononcer. NKM en a fait les frais récemment en France. Mais Michael Fortier, le ministre fédéral des Travaux Publics du Canada, par ailleurs responsable de la Région de Montreal, a fait bien pire. Alors que l'équipe de hockey des Canadiens de Montréal commence sa première série de matchs des play-offs (phase finale de la LNH) contre les Bruins de Boston, Michael Fortier a prédit la défaite de son équipe ! C'est un peu comme si, à l'entrée des phases à élimination directe de l'Euro 2008, Jean-Louis Borloo disait devant des journalistes de l'Equipe que Domenech alignait des branquignolles qui dépasseront jamais les quarts. Mais c'est encore mieux quand c'est raconté en québécois :

La Presse Canadienne (mercredi 9 avril)
OTTAWA - Au Québec, prédire ces jours-ci que le Canadien de Montréal ne verra pas le lustre de la coupe Stanley est presque considéré crime de lèse-majesté. Et si c'est le ministre fédéral responsable de Montréal qui ose faire ce pronostic, il en est quitte pour être la cible de railleries.

Le sénateur et ministre non-élu, Michael Fortier, responsable de la région de Montréal, a fait réagir les partisans du Canadien, mercredi, en prédisant dans les pages de La Presse que la Sainte-Flanelle se retrouverait à jouer au golf après la deuxième ronde.

Le ministre des Travaux publics, oubliant quelques instants les principes sacrés de la partisannerie, croit que les joueurs du Canadien seront éliminés, en deuxième ronde, contre les Rangers de New York.

Le chef libéral Stéphane Dion n'a pas manqué l'occasion de se moquer de la "déclaration défaitiste" du ministre responsable de Montréal.

M. Dion a failli être pris à son propre jeu, hésitant visiblement lorsqu'un journaliste a testé ses connaissances en lui demandant qui était l'adversaire du Canadien en première ronde. Son adjoint a dû venir à sa rescousse en lui soufflant la réponse.

De la poignée de politiciens du Québec interrogés dans le cadre de l'exercice de La Presse, M. Fortier se démarque, étant le seul à croire que le Canadien ne se rendra même pas en finale. Le maire de Montréal, Gérald Tremblay, et le premier ministre du Québec, Jean Charest, ont le CH tatoué sur le cœur et prédisent rien de moins qu'un défilé de la coupe Stanley dans les rues de Montréal.

Le chef de l'Action démocratique, Mario Dumont, ne va pas aussi loin, lui qui évalue que le Canadien s'inclinera en finale, contre les Sharks de San José.

Et qui gagnera la coupe selon M. Fortier ? Pas les Sénateurs d'Ottawa, prédit-il, mais plutôt les Rangers de New York.

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vendredi 4 avril 2008

Re : Des économistes chics et chocs

Ce post est un peu particulier puisqu'il s'agit d'une réponse au billet de Jean-Edouard du très bon blog Ma femme est une économiste. Jean-Edouard évoque le dernier ouvrage de Naomi Klein qui montre comme les "différentes crises ont été exploitées consciemment par Chicago Boys et autres comme des opportunités pour vendre des politiques « néo-libérales » présentées comme des « thérapies de choc »". Comme mon commentaire est un peu long, je n'ose pas squatter la page d'origine, et je poste donc ici. Je vous conseille bien sûr de lire le post original avant celui-ci pour mieux comprendre de quoi il retourne.

Début du commentaire
Très belle argumentation. Je vais me risquer à une petite prolongation.

Il n’est pas rare d’entendre les commentateurs, même les plus avisés, affirmer la fin du primat du politique sur l’économie. Et ce notamment à cause de la globalisation. La classe politique elle-même a contribué à cela. On ne compte plus les aveux d’impuissance, depuis le fameux « le chômage… on a tout essayé » jusqu'au dernier « je suis à la tête d’un Etat en faillite ». Les politiques n’ont eu de cesse d’user de l’argument d’impuissance, soit lorsqu’ils sont au pouvoir pour discréditer ce qui a été fait par les équipes précédantes, soit lorsqu’ils sont dans l’opposition pour stigmatiser l’immobilisme des dirigeants en place. Le caractère performatif du mythe de l’impuissance est impressionnant : tout le monde semble persuadé que le politique ne peut plus rien à l’ère de l’économie mondialisée, y compris les politiques eux-mêmes.

Des économistes de premier rang, comme Jean-Paul Fitoussi, n’hésitent pas à évoquer une véritable « politique de l’impuissance ». C’était d’ailleurs le titre d’un ouvrage paru en 2005. Le plus inquiétant c’est que cette politique de l’impuissance sert non seulement à qualifier les politiques étatiques, mais également des politiques supranationales, alors que celles-ci pourraient précisément s’efforcer de rassurer les angoissés de la mondialisation. D’ailleurs Fitoussi affirme que cette politique de l’impuissance est née de la confrontation des deux dogmes : celui du marché et celui de l’antilibéralisme obsessionnel. Il rappelait, pas plus tard qu’il y a une semaine, dans une émission de radio que c’est bien le politique qui devrait déterminer la croissance mais que pour autant nous ne pouvions que constater l'inverse, à savoir une croissance qui dicte les comportements et les décisions politiques.

Alors peut-être faut il paradoxalement voir dans ce découragement du politique face à l’économie une conséquence du fait que celle-ci ne soit plus engagée dans une volonté de faire émerger des doctrines qui puissent s’encastrer dans de puissantes idées politiques. Difficile de conserver sa neutralité axiologique : le scientifique ne peut que se réjouir que la science économique ne soit plus à ce point connecté au politique, qu’elle soit autonome et se limite dorénavant à présenter les choix politiques qui s’offrent aux dirigeants (même si cela m’apparaît quelque peu naïf de penser cela). Cela laisse malheureusement les dirigeants politiques soit dans le flou artistique comme ce peut être le cas de la gauche française, soit dans une démocratie d'opinion, où l'action politique ne semble guidée que par les sondages, accréditant par la même les théories du public choice. L’homme engagé pourrait regretter, alors que le dernier logiciel économico-politique est affaibli, qu’aucun autre ne soit en capacité de prendre sa place. Si bien que le libéralisme ébranlé par des crises successives, a tout le temps de muter et de renaître de ses cendres. J’ai l’impression que nous sommes bloqués sur la dernière séquence, et pourtant je ne peux me résoudre à envisager que nous ayons atteint la fin de l’histoire, et que celle-ci soit marquée par l’hégémonie des logiques de marché sur toutes les autres, à l’exception de quelques résurgences timides. Et la je me rends compte que je me dévoile à moi-même : je suis en fait Fitoussien, rendu à prôner une démocratie de marché…

Par ailleurs ; et pour revenir sur un point de détail de votre argumentation : vous dites que le keynesianisme, le marxisme et le libéralisme sont « des doctrines économiques appuyées sur de puissantes idées politiques ». Je pense plutôt que c’est l’inverse. Au contraire ne sont-ce pas plutôt les idées économiques qui ont en quelque sorte servi d’infrastructures aux grandes idéologies (au sens premier du terme) du XXe siècle, le communisme, l’interventionnisme et le libéralisme (je ne parle pas des totalitarismes) ?

En tout cas j’aime le ton des nouvelles notes, un ton effectivement plus libre qu’à l’époque de RCE. Elles sont très stimulantes.

Fin du commentaire

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vendredi 25 janvier 2008

La sociologie dans le bureau de M. le Maire

Pierre Bourdieu, dans Question de sociologie disait de la sociologie qu'elle a d'autant plus de chances de décevoir ou de contrarier les pouvoirs qu'elle remplit au mieux sa fonction proprement scientifique. Cette fonction n'est pas de servir à quelque chose, c'est-à-dire à quelqu'un.
Demander à la sociologie de servir à quelque chose, c'est toujours une manière de lui demander de servir le pouvoir. Alors que sa fonction scientifique est de comprendre le monde social, à commencer par les pouvoirs. Opération qui n'est pas neutre socialement et qui remplit sans aucun doute une fonction sociale. Entre autres raisons parce qu'il n'est pas de pouvoir qui ne doive une part — et non la moindre — de son efficacité à la méconnaissance des mécanismes qui le fondent.

La sociologie politique et la sociologie des organisations, au sens de lieux d'exercice du pouvoir, sont à mes yeux deux des domaines les plus intéressants de la discipline sociologique. A l'heure où l'on reparle de supprimer l'échelon départemental du "mille-feuilles administratif" français, l'émergence depuis dix à quinze ans de la coopération intercommunale a créé, sans faire de bruit, un nouvel échelon dans la prise de décision politique. Les communautés de communes, d'agglomération, urbaines, redessinent le paysage administratif et politique français, induisant des modifications importantes dans la distibution des rôles joués par les acteurs de la démocratie locale.

Longtemps réservés aux politistes, ces lieux d'étude du champ politique que sont les Etablissements publics de coopération intercommunale (EPCI) sont peu à peu défrichés par Rémy Le Saout, sociologue nantais. En 1998, il signait un numéro de Problèmes politiques et sociaux intitulé Les enjeux de l'intercommunalité. Il a également dirigé avec François Madoré, géographe, un ouvrage collectif : Les effets de l'intercommunalité, sorti en 2004 aux Presses universitaires de Rennes. Plus récemment il signe un papier dans le cadre de la quatorzième journée d’étude du GDR Cadres, consacrée à l'encadrement dans les organisations publiques. Il revient sur les effets de l'intercommunalité sur les liens qu'entretiennent les maires avec leurs directeurs des services. Trés intéressant pour qui s'intéresse à la sociologie des organisations, à la sociologie politique ou pour ceux qui travaillent au quotidien dans les collectivités territoriales. Décidément, il n'est pas un endroit de la réalité sociale où la sociologie n'ait pas sa place !


Sources : Pierre Bourdieu, Questions de sociologie, Minuit, 1980.
Rémy Le Saout, Recomposition institutionnelle et encadrants publics : l'intercommunalité comme révélateur des liens entre le directeur des services municipaux et le maire, 14e journée GDR Cadres, CNRS.

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