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mercredi 30 janvier 2013

Pour des partis politiques un peu plus européens !

Attention, c'est du Habermas, probablement le paragraphe le plus pointu du bouquin (qui reste quand même accessible). Mais ça vaut le détour, je rejoins pleinement ses analyses. Spéciale dédicace à mes amis politiques :

"Dans la mesure où la politique fait dépendre toute son action de son synchronisme avec une humeur ambiante que, d'élection en élection, elle escorte, convoiteuse et servile, le processus démocratique perd tout son sens. Une élection démocratique n'est pas là pour simplement permettre la projection de l'éventail spontané des opinions ; elle doit restituer ce qui résulte du processus public au cours duquel l'opinion s'est formée. Les voix données dans l'isoloir ne restituent le poids institutionnel de la codétermination démocratique que si elles sont corrélées aux opinions articulées publiquement et formées dans un échange communicationnel de prises de position, d'informations et de raisons en pertinence avec les questions du débat."
Jurgen Habermas, La constitution de l'Europe, Gallimard, 2012.

En clair, la démocratie d'opinion c'est pas bien, c'est trop facile. Suivre des résultats de sondages pour déterminer la politique à mener ne grandit pas le personnel politique. S'il se laisse abaisser à cela, c'est bien le signe qu'il est trop attaché à sa réélection qu'à la vraie poursuite de l'intérêt général, et la prise de risque qui va avec. À ce titre, le rôle des organisations politiques est bien de participer à la formation de l'opinion ( ce qui implique d'apporter tous les éléments nécessaires à la compréhension du débat) et non de la suivre bêtement. Dans la dernière phrase de l'extrait cité, il explique que la légitimité du politique aujourd'hui ne peut plus tenir à l'accumulation des bulletins dans l'urne. les formations politiques ne doivent pas se concentrer sur la compétition politique, car cela ne provoque que le désintérêt et l'indifférence. Elles doivent s'attacher à ce que les idées qu'elles portent provoquent un véritable débat argumenté dans la population.

Comme le suggère le titre de son ouvrage, Habermas s'exprime ici sur le sujet de la construction européenne, et attaque les partis politique (allemand, mais le parallèle avec la France est tout a fait faisable) qu'il juge inactifs lorsqu'il s'agit de faire comprendre les enjeux communautaires. Il les accuse de ne pas parvenir à se défaire de l'idée que la politique doit s'inscrire presque exclusivement dans le cadre de l'Etat-Nation. Et également de colporter l'idée que le "machin bruxellois" est la cause de nos malheurs, sans préciser que ce sont souvent les chefs d'Etats ou les Ministres des 27 Etats membres (i.e. nos représentants démocratiquement élus) qui sont force d'impulsion. Ces deux éléments expliquent évidemment l'hiver démocratique (cf. Guy Hermet) que traverse l'Union européenne.

Il faudrait en effet bannir la "pragmatique du pouvoir" et renouer avec le courage politique, pour proposer un nouvel horizon institutionnel pour l'Europe car le statu quo n'est pas une solution viable : le Conseil est trop influent alors qu'il n'est pas l'institution qui représente les peuples, la Commission n'est pas élue démocratiquement ce qui la déconnecte des européens, et quant au Parlement - qui devrait logiquement être l'institution européenne préférée des citoyens - ses positions et pouvoirs sont trop souvent mal compris, expliquant l'abstention pathologique qui touche les élections européennes.

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jeudi 17 janvier 2013

Comparaison n'est pas raison

Reprise d'activité ? On verra combien de temps cela dure. Il se passe tellement de choses que cela devient difficile et pour tout dire frustrant de ne pas y mettre son grain de sel. Bon nombre de sujets me tiennent à coeur et j'ai envie de les commenter. Et puis 140 caractères c'est trop peu, et Facebook c'est restreint au cercle de connaissances. C'est déjà ça, mais de l'ouverture et de la diversité, ça ne fait pas de mal au débat. Autant prévenir, les posts seront surement plus personnels et engagés qu'auparavant.

A la suite de la fameuse "manifestation pour tous" qui fait couler tant d'encre, les Anti-mariage pour tous partagent une image sur les réseaux sociaux pour revendiquer un référendum sur la question. Cette image fait la comparaison entre la grande manifestation de dimanche 14 janvier et les soulèvements populaires du "Printemps arabe". Certains n'hésitent pas à parler du "Printemps français" (à l'heure où la moitié du pays est en vigilance orange pour cause de verglas et de neige, c'est assez drôle). Cette image, vous l'avez peut-être déjà vue, la voici :



Au départ on est tenté de se dire, "ah oui, effectivement c'est ressemblant". Sauf qu'en vrai la place Tahrir ne ressemble pas vraiment au Champs de Mars. Et puis à bien y réfléchir, on se dit que les mouvements du printemps arabe étaient basés sur deux revendications fortes : la liberté face à un pouvoir qui opprime le peuple, et l'égalité alors que ces régimes consacraient une élite possédante et des populations rationnées. On ne voit plus vraiment le point de comparaison avec les quelques millions de français qui peinent à reconnaître la liberté de quelques autres millions de français en matière d'orientation sexuelle. On a bien entendu les justifications du style "on est pas contre les homosexuels, mais contre leur mariage". On pourra lire le billet très bien senti de J. Macé-Scaron et Christine Lambert sur ce point précis. Mais on sent que cela ne passe pas, les micro-trottoirs de dimanche étaient éloquents, combien de fois n'a-t-on entendu : "les homos font ce qu'ils veulent m'enfin quand même... c'est pas naturel". De même, on ne voit pas trop comment il est possible de comparer les révolutionnaires qui réclamaient l'égalité de l'autre côté de la Méditerranée (bon sur ce point il leur reste du chemin à parcourir !) à ceux qui la refusent ici. Car c'est bien de cela qu'il s'agit. On a bien l'habitude des manifestations qui ont pour but de protéger des droits acquis ou en réclamer de nouveaux. Mais cela fait bien longtemps qu'en France on n'avait pas vu des manifestations qui visent à empêcher le législateur d'augmenter les droits d'une catégorie de la population.

Plus pernicieux, et c'est à se demander si les concepteurs de la campagne n'avaient pas cette idée derrière la tête. En Tunisie, en Egypte, en Lybie, les homosexuels sont encore jetés en prison. Et les nouveaux pouvoirs en place n'y changent rien. Dans ces trois pays l'homosexualité est toujours illégale. Le combat militant des associations gays y est balbutiant, mais il s'organise depuis quelques années. En France on connait Robert Badinter pour son combat de septembre 81, l'abolition de la peine de mort. On a un peu oublié qu'en août 82 il avait gagné un autre combat, celui de la dépénalisation de l'homosexualité. Se comparer à ces pays sur la question de l'acceptation sociale de l'homosexualité est un formidable retour en arrière.

Car la reconnaissance de la multiplicité et de l'évolution des formes familiales, c'est le sens de l'histoire. La société se transforme lorsque norme sociale et norme juridique se déconnectent : parfois la norme juridique évolue plus rapidement que la norme sociale, faisant évoluer les mentalités. Parfois c'est l'inverse, la norme juridique doit s'adapter aux mutations sociales, comme c'est souvent le cas sur les questions familiales (mariage, égalité homme-femme, divorce, adoption, et aujourd'hui égalité homo-hétéro). Les anti-mariage gays veulent que la norme sociale reste consacrée comme le modèle unique par la norme juridique. Ceux qui défendent le projet de loi veulent que la norme juridique évolue pour que la situation des familles homoparentales ne soit justement plus considérée comme a-normale. Au départ cantonné aux "entrepreneurs de morale" de tous bords (je renvoie ici aux travaux d'Hower S. Becker sur l'évolution de la norme sociale et de la norme juridique, et le concept d'entrepreneurs de morale), le débat gagne la société, clivant fortement et faisant resurgir les réflexes mortifères pour le démocratie : la peur de l'autre et de sa différence.

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lundi 30 janvier 2012

Recentralisation ou tutelle ? (et autres approximations présidentielles au sujet des collectivités)

Après les lois Deferre en 1982 et Raffarin au milieu des années 2000, qui constituent les deux grands actes de décentralisation dans l'organisation administrative de la France, Nicolas Sarkozy a l'air de se demander s'il ne serait pas temps de siffler la fin de la récréation. Un vent de recentralisation a soufflé hier sur l'Elysée.

NS : Avec le Premier Ministre nous verrons les collectivités territoriales au mois de février car dans le même temps où l'Etat a supprimé 160 000 emplois publics, les collectivités territoriales en ont créé près d'un demi million, sans aucun transfert de compétences.

JM Sylvestre : Mais alors comment pouvez vous justement peser sur l'action des collectivités locales, qui font ce que l'Etat essaie de ne plus faire. Et quels sont les secteurs sur lesquels vous pourriez réduire les dépenses publiques ?

NS : Je parie toujours sur le bon sens des gens, toujours.

JM Sylvestre : Oh baah...

NS : Toujours, toujours. Et les gens qui dirigent les collectivités territoriales voient bien la situation du pays. Y a trois facteurs de déficit : l'Etat - on s'en occupe, la sécurité sociale qui a fait des efforts considérables (c'est la réforme des retraites), reste les collectivités territoriales. Nous envisagerons un certain nombre de mesures. Peut-être même faudra-t-il jusqu'à se demander si on ne devrait pas moduler les dotations en fonction de la sagesse en la matière de création de postes de fonctionnaires.


L'entretien se poursuit par une question de JM Sylvestre sur l'opportunité d'instaurer une "règle d'or" dans la gestion des finances des collectivités territoriales. Et là on se rend compte que ni Jean-Marc Sylvestre, ni le Président qui lui répond gaiement que c'est une bonne idée, n'ont l'air de savoir que les budget des collectivités sont forcément votés en équilibre, dans leurs versions primitives comme dans leurs versions modifiées. En clair, les collectivités n'ont pas le droit de financer le remboursement d'emprunts par d'autres emprunts, comme c'est le cas pour l'Etat. L’aplomb de Nicolas Sarkozy fait un peu peur quand on sait qu'il a été pendant trois ans Président de Conseil Général.

Une fois qu'on a mis de côté cette grossière erreur (parmi les nombreuses prononcées hier soir), on peut se concentrer sur le fond de la proposition présidentielle. D'abord sur le constat en ce qui concerne le nombre d'emplois créés et son éventuel poids dans la dette publique. Rappelons que la dette publique englobe à la fois la dette de l'Etat, celle des collectivités et celle de la sécurité sociale. Si on remonte à début 2007 (mais on pourrait remonter plus loin), on se rend compte que la contribution de l'Etat à la dette publique s'élève à 78%, lorsque celle des collectivités est à 10,2% (le reste étant la dette de la sécurité sociale : le fameux "trou"). Aujourd'hui, le volume de la dette a augmenté du fait de la crise économique : on est passé de 65% du PIB en 2007 à plus de 85% aujourd'hui. Mais dans le détail on remarque cependant que la part que représente la dette des collectivités dans le total de la dette publique est descendue à 9% sur la période, et celle de l'Etat est restée relativement stable (78,8%). Le mythe d'un Etat devenu bien géré, et des collectivités budgétairement indisciplinées ne résiste pas très longtemps. N'oublions pas non plus que les administrations locales assument plus de la moitié de l'investissement public en France.

Sur la "modulation des dotations" de l'Etat aux collectivités, on se demande si le Président connait bien sa constitution (et le Premier ministre aussi, qui avait déjà fait une sortie sur le sujet en novembre dernier). En effet, l'article 72 de la constitution précise bien que tout transfert de compétences de l'Etat aux collectivités doit être accompagné d'un transfert du financement.

Tout transfert de compétences entre l’État et les collectivités territoriales s’accompagne de l’attribution de ressources équivalentes à celles qui étaient consacrées à leur exercice. Toute création ou extension de compétences ayant pour conséquence d’augmenter les dépenses des collectivités territoriales est accompagnée de ressources déterminées par la loi.

Article 72-2, Constitution de la Ve République


Pour baisser de manière importante les dotations de l'Etat aux collectivités, il faudrait soit passer par la recentralisation de la France (transfert de compétences dans le sens inverse, des collectivités vers l'Etat, bon courage !), soit la mise sous tutelle. Mais la constitution est encore une fois très claire : "les collectivités s’administrent librement par des conseils élus".

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mercredi 1 décembre 2010

Des questions pour Dominique Cardon et Anne-Marie Kermarrec ?

Samedi prochain à 15h30, Les Champs Libres reçoivent Dominique Cardon et Anne-Marie Kermarrec dans un Champs Contre-Champs consacré à Internet et la démocratie.



En pleine affaire Wikileaks, après le licenciement de deux facebookiennes pour des propos tenus sur leur wall, à l'heure où les jeunes semblent plus politisés que leurs homologues du XXe siècle... Les sujets ne manquent pas, et j'ai la chance d'animer cette rencontre qui s'annonce passionnante. Si vous avez des questions pour eux, n'hésitez pas à venir les poser vous mêmes : l'entrée est gratuite (mais la réservation conseillée au 02 23 40 66 00). Si vous ne pouvez pas venir, mais que ça vous titille quand même, n'hésitez pas à me faire part de vos interrogations, je me ferai votre messager. Les commentaires sont ouverts ;-)

Plus d'infos :
sur le site des champs libres

chez Alter1fo, le magazine internet rennais

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lundi 22 septembre 2008

Pourquoi le Sénat est-il structurellement de droite ?

C'est la question que tout le monde se pose depuis hier... enfin presque tout le monde. Bon au moins quelques observateurs interessés par le fonctionnement de nos institutions. Depuis 1958 (naissance de la Ve république), le Sénat a toujours été à droite. Et quand De Gaulle a voulu le réformer par referendum, le Général a du démissionner. Ce n'était certes pas sous la pression des sénateurs, mais c'est pour dire que le Sénat est vraiment une institution.

Le Sénat à droite, la faute à qui ?
La faute à Mirabeau, l'Orateur du peuple, le révolutionnaire, celui qui ne sortirait "que par la force des baillonettes". En effet, le 14 décembre 1789, l'Assemblée Nationale vote une loi sur proposition du marquis de Mirabeau qui institue la commune comme le plus petit échelon administratif et qui vient recouvrir toutes les paroisses que compte la France, histoire que le pouvoir spirituel se trouve concurrencé par le pouvoir séculier. Aujourd'hui on ne compte près de 37000 communes en France. A titre de comparaison, il y a autant de communes en France que dans le reste des 14 pays de l'UE à 15.

Or les listes électorales pour les sénatoriales sont composées des députés, des conseillers régionaux, des conseillers généraux et surtout des représentants des conseillers municipaux. Vu le nombre hallucinant de commune en France, les représentants des conseillers municipaux composent 95% du collège electoral (142000 des 150000 grands électeurs). Si les socialistes ont bien raflés les Conseils généraux et Régionaux en 2004, et qu'ils ont connu une poussée aux municipales de 2008, il n'en reste pas moins que la France rurale reste durablement ancrée à droite. Parmi les 37000 communes françaises on en compte 33000 de moins de 2500 habitants.

Comme si cela ne suffisait pas, il n'y a pas eu de révision démographique depuis 1976 ! C'est-à-dire que depuis plus de 30 ans, le nombre de sénateurs élus dans chaque département n'a pas bougé. C'est une sorte de prime à la ruralité, qui désavantage les départements ayant connus une forte croissance démographique depuis plusieurs décennies. On peut lire ceci chez Paul Allies (Politiste et militant de la "convention pour la 6e république") :

Les conseils municipaux des communes de moins de 500 habitants (qui abritent 7% de la population) désignent 16% des grands électeurs. Celle des communes de 500 à 1500 habitants (15% de la population) 25%. Seules les villes comprises entre 1500 et 15 000 habitants sont à peu prés équitablement représentées. Mais la France urbaine (plus de la moitié de la population dans les villes de plus de 190.000 habitants) ne dispose que de 30,8% des délégués. Si l’on retient les départements comme base de la comparaison l’inégalité est tout aussi criante : la Creuse a un sénateur pour 65.000 habitants alors que le Var, un pour 271.000. Les départements les moins peuplés pèsent deux fois plus que les départements les plus peuplés.


La réforme de 2003
Elle aurait pu être le moment de réviser la répartition des sénateurs sur le territoire. A part quelques corrections à la marge, la répartition reste quasi-identique, malgré l'augmentation du nombre de sénateurs (de 328 il est passé à 331 en 2004, 343 en 2004, il atteindra 348 en 2011 quand la phase de transition induite par la réforme sera terminée). Le mandat des sénateurs a été abaissé de 9 à 6 ans et l'égibilité est maintenant fixée à 30 ans (contre 35 avant 2003). Les membres de la chambre haute seront désormais remplacés par moitié tous les trois ans (ils étaients remlacés par tiers tous les 3 ans). Sur les 343 sièges actuellement pourvus, le groupe UMP ne compte plus que 145 membres. Mais cela suffit pour conserver une majorité relative, et ce d'autant plus que les sénateurs centristes ont bien le coeur à droite (bien que le Sénat comprenne un groupe parlementaire regroupant à la fois des élus de la majorité et de l'opposition). Par contre, le prochain renouvellement a lieu en 2011 : certes après les régionales et cantonales, mais avant les prochaines municipales... ce qui signifie que le gros du corps électoral n'aura pas changé. Mais demain est un autre jour.

Photo par Hamza Hydri

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lundi 3 mars 2008

De la démocratie en Russie ?

Il y a quelques jours j'abordais la question du devenir des régimes démocratiques avec le commentaire d'un livre de Guy Hermet. Il est un pays pour lequel la question ne semble plus se poser...

L'opposition fulmine, Mikhaïl Kassianov parle d'opération du KGB
(Reuters) Par Conor Sweeney

Les leaders de l'opposition russe se sont plaints d'irrégularités dans le déroulement de l'élection présidentielle de dimanche, qui devrait être remportée haut la main par Dmitri Medvedev, candidat adoubé par le président sortant Vladimir Poutine.

Le dernier dirigeant soviétique, Mikhaïl Gorbatchev, a brossé un portrait en demi-teinte de Medvedev en allant voter, exprimant en outre des doutes quant au processus électoral. "Je crois qu'il est bien préparé, bien formé et moderne. Il a une bonne expérience en tant qu'avocat, il est intelligent, mais il a une faiblesse, il n'a pas travaillé assez longtemps au niveau fédéral", a déclaré Gorbatchev, qui a perdu le pouvoir après l'effondrement en 1991 de l'Union soviétique.

Le "père de la Perestroïka" a estimé que le niveau de ce scrutin présidentiel était "meilleur que celui du précédent, mais loin de ce qu'il devrait être".

Le candidat communiste Guennadi Ziouganov, dont les sondages prédisent qu'il va se classer deuxième loin derrière Medvedev, s'est plaint d'irrégularités dans les opérations de vote dans l'extrême-Orient russe. "Malheureusement, il y a beaucoup de violations", a déclaré Ziouganov, qui s'était également plaint de fraudes multiples après les élections législatives de décembre.

"Je suis étonné que certains gouverneurs régionaux aient pris la parole hier pour appeler les électeurs à soutenir le parti du pouvoir", a-t-il ajouté.

"RIEN À VOIR AVEC DES ÉLECTIONS"

L'ancien Premier ministre russe Mikhaïl Kassianov, passé dans l'opposition, a vu sa candidature à l'élection rejetée.

"C'est une opération des services secrets du KGB visant à transférer le pouvoir d'une personne à une autre. Cela n'a rien à voir avec des élections", a déclaré Kassianov à Reuters sur la place Rouge.

"Il n'y a pas de vainqueur, mais les perdants sont 140 millions de Russes et la Fédération de Russie ainsi que sa réputation sur la scène internationale."

Près de la place Rouge, à laquelle il n'a pu accéder à cause d'un cordon de police, l'ex-champion d'échecs et opposant Garry Kasparov, a brandi avec des sympathisants une banderole proclamant: "Pas impliqués dans cette mascarade !"

"Tout le droit russe est en train d'être violé. Les autorités ont liquidé l'élection dans ce pays. Il est à présent nécessaire de lancer une campagne pour qu'on reconnaisse qu'elle est illégitime", a-t-il dit. Il a décidé l'an dernier de ne pas se présenter à l'élection en guise de protestation.

Ces récriminations ont été balayées par le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, qui a présenté la forte participation annoncée comme un signe de l'enthousiasme suscité par Medvedev.

"La prévision de participation est assez élevée, ce qui prouve la participation politique active des habitants de Russie, et beaucoup d'entre eux choisissent de voter pour la poursuite des changements dans le pays", a déclaré Peskov à Reuters.

Ce dernier a estimé qu'il ne fallait pas tirer de conclusions hâtives quant au déroulement de l'élection, ajoutant que certaines allégations devraient faire l'objet d'enquêtes par la Commission électorale centrale.

Avec Chris Baldwin, version française Natacha Crnjanski

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jeudi 28 février 2008

De la démocratie sur la planète Terre

5 janvier, élections présidentielles en Géorgie ; 12 janvier, législatives à Taïwan ; 20 janvier et 3 février, présidentielles en Serbie ; 27 janvier, élections régionales en Allemagne ; 5 février, "super Tuesday" des primaires américaines ; 8 février, législatives en République Tchèque ; 17 février, 1er tour des présidentielles chypriotes ; 18 février, législatives au Pakistan ; 19 février, élections présidentielles en Arménie ; 2 mars, présidentielles en Russie, 9 mars législatives en Espagne ; 9 et 16 mars, municipales et cantonales françaises ; 14 mars, législatives en Iran... j'en ai oublié la moitié, et toute l'année 2008 est du même tonneau que son premier trimestre. Le planning de la démocratie est chargé, est-elle pour autant en bonne santé ? A la lecture du dernier ouvrage de Guy Hermet, L'hiver de la démocratie, ou le nouveau Régime (Armand Colin), on est en droit d'en douter.

Nous serions dans les années 2000 dans la même position que les français du début des années 1780, telle est la ligne force de la théorie de Guy Hermet. On ne jure que par le régime en place, même si celui-ci est condamné, et nous sommes incapables d'imaginer des solutions alternatives, malgré les quelques prémices de changement perceptibles. C'est un peu comme si nous étions aveugles, mais pas complètement sourds. Quelque part, au fond de nous mêmes, nous savons que la démocratie n'a plus de démocratique que le nom. La souveraineté du peuple est devenue une expression taboue, les élites ne prennent même plus la peine de feinter la recherche de l'intérêt général, la démocratie est à court de carburant.
Abandonnant à ses mythes le carré des intellectuels, le Peuple n’adhère plus guère à la fiction du gouvernement de tous et pour tous dont se réclame de plus en plus mollement notre démocratie. Naguère, c’étaient les élus du suffrage universel qui faisaient à tout le moins semblant de dépasser les intérêts particuliers pour servir l’intérêt de tous. A présent, c’est la majorité des électeurs ou des abstentionnistes qui, faute d’imaginer une autre option politique pourtant proche, se donne l’air de vivre dans un Etat de la démocratie tardive dont ils soupçonnent pourtant qu’il ne répond plus à ses prétentions.

Une agonie lente mais inévitable
Par ailleurs Guy Hermet ne promet ni ne parie sur un remplacement de la démocratie à court ou moyen terme. Le lexique va perdurer (dans le livre, G. Hermet propose une analyse assez intéressante des déviations sémantiques, des nouveaux tabous, allant jusqu'à évoquer le "préservatif lexical") mais le sens des mots va changer, et de nouveaux vont apparaître : c'est la novlangue de la gouvernance.

Le débat d'idée, la confrontation, laisse la place au consensus mou issu de la gouvernance. Ce n'est plus l'expression de la majorité qui compte mais la cooptation de ceux jugés "utiles" pour décider, par ceux qui sont parvenus au pouvoir grace à un populisme "bon chic bon genre" dans un régime qui se dirige doucement vers l'agonie. La complexité croissante des affaires publiques rend le système de gouvernement démocratique de moins en moins maniable et de moins en moins efficace. Ce n'est donc plus à la majorité du peuple qu'il faut confier le soin de gouverner, mais à la majorité des personnalités qualifiées en quelque sorte. On constate la technocratisation de la démocratie, avec quelques exemples à la clé : la commission européenne et ses commissaires nommés comme archétype bien sûr, mais plus proche de nous toutes les commissions et conseils mis en place ces dernières années pour parvenir à aboutir sur des consensus, depuis le CAE jusqu'à la commission Attali, commissions qui finalement confisquent le pouvoir au peuple. Et la politique emprunte au management le principe de gouvernance. On irait donc vers une sorte de "gouvernance démocratique", dont Guy Hermet rappelait récemment sur France Culture à juste titre qu'il s'agit là d'une magnifique oxymore.

Pourquoi la démocratie va à sa fin ?
Parce que la démocratie est un régime qui doit sans cesse se justifier, trouver des sources de légitimation, principalement dans les élections. Rappelons qu'il s'agit là d'une acception moderne de l'idéal démocratique, car l'élection était considérée par un certain nombre de penseurs grecs comme une menace pour la démocratie. Les élections risquaient effectivement de voir s'installer au pouvoir les plus beaux orateurs et de menacer la démocratie athénienne qui reposait essentiellement sur le principe du tirage au sort des citoyens amenés à gouverner.

Revenons à nos élections : pour être élu, il faut promettre. N'importe quel candidat à un poste politique le sait, le programme compte beaucoup plus que le bilan. S'il était facile de promettre dans les débuts de la démocratie, la chose est beaucoup plus délicate à l'heure actuelle, notamment parce que la globalisation de l'économie a considérablement réduit les marges de manœuvres des gouvernements nationaux. Ainsi les premières promesses consistaient à élargir le droit de vote. On promet le suffrage universel masculin, puis féminin, puis on abaisse l'âge du vote.
Tout cela ne coûtait pas très cher. Ensuite, on a promis la démocratie sociale : l’assurance- maladie, les pensions de retraite, la sécurité sociale en général. Maintenant, la démocratie arrive au fond du réservoir des promesses réalisables. Le déclin de la démocratie – et ce n’est pas une coïncidence – accompagne la fin de l’Etat-providence.
Interview de G. Hermet, Le Soir, 8/01/2008

Ainsi la fin de l'Etat-providence ne serait pas tant la conséquence de la domination de la pensée néolibérale que la cause. Le néolibéralisme se serait engouffré dans la brèche constituée par l'épuisement de la démocratie sociale. Et comme la démocratie a besoin de se justifier, elle ne peut faire du sur place. Arrivé au terme de ce que l'on peut promettre, la seule solution est d'aller en arrière, d'où le démantèlement progressif des services publics auquel on assiste. Il faut dire que cette conception prend à rebrousse poil le discours anti-libéral classique.

La démocratie connait certes une expansion géographique, comme je le notais en introduction de ce billet, mais cette expansion correspond plus à la volonté des anciens pays démocratiques de voir coûte que coûte leur régime vieillissant s'exporter pour lui faire connaître une seconde vie. Et ce n'est qu'apparence, la démocratie souffrant réellement de son manque de profondeur. Si l'idéal démocratique est toujours vivant, et l'envie de politique est toujours présente (en témoigne les faibles taux d'abstention des derniers scrutins), le régime politique démocratique, en tant que combinaison d’institutions politiques et de pratiques gouvernementales, a sérieusement du plomb dans l'aile.

Sources :
- Guy Hermet, L'hiver de la démocratie. Ou le nouveau régime, Armand Colin, 2007, 230p.
- Interview de G. Hermet, Le Soir, 8/01/2008
- Pour écouter un débat à propos de la démocratie avec Guy Hermet et d'autres discutants : Du grain à moudre, mardi 19 février 08, France Culture

Crédit photo : Luc Legay sur Flickr

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lundi 4 février 2008

L'économie communiste de marché

Retrouvé via Rezo.net, un papier signé Alain Supiot et paru dans Le Monde daté du 25 janvier 2008 que je n'avais pas vu passé. Je vous conseille la lecture de l'article dans sa version intégrale (en cliquant ici). Si vous êtes pressés, j'en reproduis ici les derniers paragraphes qui me semblent tout à fait intéressants.

Avec leur arrogance habituelle, les Occidentaux ont vu dans [la conversion de l'Europe de l'Est et de la Chine à l'économie de marché], et l'élargissement de l'Union qui en a résulté, la victoire finale de leur modèle de société, alors qu'ils ont donné le jour à ce que les dirigeants chinois appellent aujourd'hui "l'économie communiste de marché".

On aurait tort de ne pas prendre au sérieux cette notion d'allure baroque, car elle éclaire le cours pris par la globalisation. Edifié sur la base de ce que le capitalisme et le communisme avaient en commun (l'économisme et l'universalisme abstrait), ce système hybride emprunte au marché la compétition de tous contre tous, le libre-échange et la maximisation des utilités individuelles, et au communisme la "démocratie limitée", l'instrumentalisation du droit, l'obsession de la quantification et la déconnection totale du sort des dirigeants et des dirigés. Il offre aux classes dirigeantes la possibilité de s'enrichir de façon colossale (ce que ne permettait pas le communisme) tout en se désolidarisant du sort des classes moyennes et populaires (ce que ne permettait pas la démocratie politique ou sociale des Etats-providence). Une nouvelle nomenklatura, qui doit une bonne part de sa fortune soudaine à la privatisation des biens publics, use ainsi de la libéralisation des marchés pour s'exonérer du financement des systèmes de solidarité nationaux.

Cette "sécession des élites" (selon l'heureuse expression de Christopher Lasch) est conduite par un nouveau type de dirigeants (hauts fonctionnaires, anciens responsables communistes, militants maoïstes reconvertis dans les affaires) qui n'ont plus grand-chose à voir avec l'entrepreneur capitaliste traditionnel. Leur ligne de conduite a été exprimée il y a peu avec beaucoup de franchise et de clarté par l'un d'entre eux : il faut "défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance". En tête de ce programme figuraient "l'établissement de la démocratie la plus large (...), la liberté de la presse et son indépendance à l'égard des puissances d'argent, (...) l'instauration d'une véritable démocratie économique et sociale, impliquant l'éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l'économie, (...) la reconstitution, dans ses libertés traditionnelles, d'un syndicalisme indépendant". Rien de tout cela n'est en effet compatible avec l'économie communiste de marché.

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