
J'habitais plus près de la
BN que de l'usine LU. Par vent d'ouest, ce sont les
Chocos plus que les Pailles d'or que je pouvais sentir, en allant à la piscine (la
BN est derrière la piscine de
Saint-Sébastien-sur-Loire). Pourtant je suis passé souvent devant l'usine LU (la récente à la
Haye-
Fouassière, comme l'ancienne le long du canal
Saint-Félix). Je me revois, casser les coins des
Petits-Beurres, pour mieux les tremper dans mon gobelet, chez ma mamie. On a tous des souvenirs d'enfance. Et pour moi, les
Petits-Beurres y occupent une place des plus importantes. Ah... l'industrie agro-alimentaire. La Biscuiterie
Nantaise c'est maintenant
United Biscuits, et dans quelques jours
Lefèvre-Utile sera américain, il rejoindra
Toblerone, Côte
d'Or et autre
Suchard dans l'escarcelle de
Kraft Foods.
Fusion, acquisition, extension..."Le planté du
baton, Monsieur Dus, tout est dans le planté du
baton : flexion, planté du
baton, extension". Plus sérieusement, qu'est ce qui pousse une entreprise à acquérir une autre ? Quels sont les résultats escomptés ? Quels sont les résultats réels, dans la majeure partie de cas ? Voici un petit billet pour tenter de comprendre quelque chose à la concentration.
Ici, la logique de
Kraft Foods est claire : en rachetant la branche biscuit de
Danone, l'entreprise américaine compte augmenter son pouvoir de marché, afin de sortir de sa place d'éternel numéro deux, et pouvoir concurrencer le géant Suisse,
Nestlé. Elle avait déjà commencé l'année dernière en reprenant 25% de
United Biscuits au travers de sa branche Europe du Sud. La concurrence est de plus en plus rude, car le
gateau que se partagent ces géants industriels risque de se réduire de manière continue : la chasse à la mal bouffe est ouverte, les distributeurs de cochonneries en tout genre sont progressivement retirés, taxés, la publicité comporte enfin des messages du genre "manger gras tue", mais en moins
trash. En clair, le marché du
bio est porteur, quand celui des lipides est condamné.
Le but ultime : devenir numéro un.Nous sommes donc là en face d'un cas de concentration financière horizontale. Le problème, c'est qu'à force de racheter ses concurrents directs, on tue de fait la concurrence, la concentration devient alors synonyme d'oligopole, voire de monopole dans certains cas. Quels sont les avantages des
fusions-acquisitions, en dehors de l'accroissement du pouvoir de marché ? On peut sommairement en dénombrer trois :
Ces trois arguments n'illustrent pas vraiment la situation commentée ici. Kraft
Foods ne va pas intégrer des coûts en achetant LU à
Danone. Il n'est pas évident que des économies d'échelle soient réalisés, peut-être plus des économies d'envergure, et encore... Enfin, les dirigeants de LU n'y sont pas pour grand chose si la maison mère
Danone souhaite réorienter sa stratégie de long terme. Il s'agit donc purement et simplement de récupérer des parts de marché, et de continuer son implantation en Europe pour le géant américain.
Quelles conséquences pour les firmes ? Elles sont souvent
ambiguës. La firme gagnante n'est pas toujours celle que l'on croit. Ici, celle qui perd directement, c'est
Danone : moins de parts de marché, elle perd une entreprise rentable. Mais les quelques 5.3 milliards d'euros dégagés par l'opération ne seront pas de trop
pour racheter le néerlandais Numico. Et même si en règle générale les fusions acquisitions se traduisent bien en hausse de rentabilité, et donc à l'avantage de l'acheteur, celui-ci a tendance à surévaluer l'entreprise achetée. C'est tout bénef pour les actionnaires de cette dernière. Seul l'avenir nous dira si la biscuiterie LU valait bien ces 5.3 milliards. En tout cas, dans le coeur des
Nantais, elle n'a pas de prix !
Après quelques jours de vacances, nous reviendrons sur les conséquences sociales des
fusions-acquisitions. Si Kraft assure ne pas vouloir "dégraisser" les effectifs de LU en France,
rien n'est moins sûr quant aux belges, espagnols, italiens, polonais ou russes, qui s'inquiètent pour leur sort.