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lundi 29 novembre 2010

Quand la Suisse et les USA sont aux antipodes.

Les géographes pensaient que le point antipodal de Washington tombait dans l'océan Indien. Que nenni, il se situe quelque part entre les Alpes et l'Autriche.

Hier, la moitié des Suisses en âge de voter se sont déplacés dans le cadre de référendums d'initiative populaire. Dans les media français on parle beaucoup du "Oui au renvoi des criminels étrangers" mais peu du "Non à plus de justice fiscale". Pourtant, 58.5% des bulletins ont exprimé une opposition à l'idée d'une légère augmentation de l'impôt des très riches et d'une limitation de la concurrence fiscale entre cantons.

Pendant ce temps, outre atlantique, des grosses fortunes font savoir qu'elles aimeraient bien payer plus d'impôt ! En effet les initiatives allant dans ce sens se multiplient comme le rapporte l'AFP dans une dépêche parue ce matin. Le projet "Responsible Wealth" de l'association United for a Fair Economy par exemple, réunit plusieurs centaines de millionnaires qui militent pour des hausses d'impôt ! Au pays de Laffer, c'est assez intéressant pour être noté.

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mercredi 24 novembre 2010

Réforme fiscale et évasion des riches...

Il ne s'agit pas de la France. Mais de la Suisse !

Le Matin s'interroge sur les risques d'évasion fiscale des foyers helvétiques les plus riches. Le 28 novembre les Suisses sont amenés à se prononcer par votation sur une proposition du PS suisse : pour ou contre le relèvement du taux marginal à 22%, et rappel du principe de non dégressivité de l'impôt direct (le taux moyen ne peut diminuer lorsque les revenus augmentent).

Alors que la mesure était plutôt bien accueillie par l'opinion publique il y a encore quelques jours, les sondages s'inversent. Affaire à suivre...

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mardi 5 octobre 2010

Un peu d'histoire fiscale pour M. Woerth

Un petit point d'histoire fiscale en guise de relance de l'activité de ce blog.

Eric Woerth, dans son discours de présentation au Sénat du projet de loi portant réforme des retraites, s'est tourné vers les sénateurs socialistes au bout d'une dizaine de minutes pour leur tenir à peu près ces propos : "notre réforme est juste, puisque les hauts revenus vont contribuer à l'effort financier : la dernière tranche d'imposition sur le revenu sera passée de 40 à 41%. Et jamais la gauche n'a pris une décision aussi symbolique lorsqu'elle était au pouvoir".

Faut-il rappeler au Ministre que lorsque la gauche est passée dans l'opposition en 2002, la dernière tranche de l'impôt sur le revenu des personnes physiques était fixé à 52,75% ? Jean-Pierre Raffarin l'a diminué trois fois de suite (2002, 2003, 2004) en le faisant passer sous la barre symbolique des 50%. Puis c'est le gouvernement de Dominique de Villepin qui a définitivement donné le coup d'arrêt à la progressivité de cet impôt en passant le nombre de tranches de 7 à 5 et en rabaissant le taux de la dernière tranche à 40%.


[en plus : Si vous aimez les maths et que vous voulez tout comprendre de la progressivité de l'impôt (et pourquoi c'est plus juste)]

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mercredi 18 mars 2009

Pierre Méhaignerie : keynésien malgré lui ?

En ce mercredi après-midi ensoleillé, on apprend que la proposition de contribution exceptionnelle des plus hauts revenus de Pierre Méhaignerie, député UMP et maire de Vitré, vient d'être acceptée en commission à l'Assemblée Nationale. Mais elle a bien peu de chance d'aboutir car pendant ce temps, le gouvernement et une bonne partie de l'UMP ne veulent pas entendre parler d'une discussion sur le niveau du bouclier fiscal.

Pierre Méhaignerie a-t-il lu Keynes ? On dirait, à en croire ses récentes prises de positions sur la fiscalité des hauts revenus. En effet, partant du constat que les classes moyennes se sentent tirées vers le bas, et les classes supérieures tirées vers le haut, il préconise un redéploiement fiscal qui se traduirait par une hausse de l'impôt sur le revenu pour les français gagnant "plus de 300 000 ou 400 000€ par an". Objectif 1 : limiter le déficit public, qui s'accroît en raison des baisses de rentrées fiscales liées au recul de l'activité économique (deux relations simples pour l'illustrer : plus de chômage=moins de cotisations, moins de consommation=moins de TVA). Objectif 2 : un peu plus de solidarité en période de crise, ça ne fait pas de mal.

Keynes aurait été pour cette décision, mais pour une troisième raison (d'où le point d'interrogation dans le titre de ce billet quelque peu provocateur). En effet, dans la conception keynésienne de l'économie, il faut taxer l'excès de capital car celui-ci, loin de favoriser la croissance, la pénalise. Il écrit dans la Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie :

Depuis la fin du XIXe siècle, la taxation directe […] des successions a permis de réaliser, surtout en Grande-Bretagne, de sérieux progrès dans la réduction des très grandes inégalités de fortune et de revenu. Certains souhaiteraient qu'on allât beaucoup plus loin dans cette voie, mais ils sont retenus par deux ordres de considérations. D'abord ils craignent de rendre les évasions fiscales trop avantageuses. Mais ce qui à notre avis les arrête surtout, c'est l'idée que la croissance du capital dépend de l'épargne que la classe riche retranche de ses superfluités.
L'idée si répandue que les droits de succession contribuent à réduire la richesse en capital du pays illustre bien la confusion qui existe à cet égard dans l'esprit du public. Si le Gouvernement affecte le produit de ces droits à la couverture de ses dépenses de manière à alléger les impôts qui frappent le revenu et la consommation, il est incontestable qu’une politique fiscale imposant sévèrement les successions a pour effet d’accroître la propension de la communauté à consommer. Mais puisqu’un accroissement de la propension habituelle à consommer contribue en général à renforcer l'incitation à investir, la conclusion qu’on a coutume d’en tirer est l’exact contraire de la vérité.
L'analyse nous amène à conclure que, dans les conditions contemporaines, la croissance de la richesse, loin de dépendre de l'épargne des milieux aisés comme on le croit en général, a plus de chance d'être contrariée par elle. Ainsi disparait l’une des principales justifications sociales des grandes inégalités de fortunes.


En clair (parce que la formulation keynésienne est parfois un peu compliquée), si l'on affecte les recettes fiscales tirées de la taxation des hauts revenus à l'abaissement des taxes sur la consommation et les revenus des plus modestes, alors on incite ces derniers à la consommation. Or c'est la consommation, lorsqu'elle est anticipée par les producteurs, qui stimulent la production. La consommation en France est bien le premier moteur de la croissance. Et la croissance permet de résorber le chômage (pour aller vite).

Problème : 80 ans après Keynes, nous sommes dans des économies relativement ouvertes (même si la période de crise conduit les états à des mesures protectionnistes, comme l'a fait remarquer hier la Banque Mondiale), et stimuler la consommation en période de crise peut bien favoriser les importations plus que la demande de produits intérieurs. Cela dit, nos principaux partenaires commerciaux étant nos voisins (dans l'ordre Allemagne, Benelux, Italie, Espagne et Royaume-Uni : ces 5 pays représentent plus de 50% de nos échanges extérieurs) on voit donc que des mesures conjointes en direction des consommateurs pourraient être, à coup sûr, efficaces. Mais pour cela il faut parvenir à s'entendre sur la stratégie à adopter, et ce problème est plus politique qu'économique.

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lundi 5 janvier 2009

Le déficit budgétaire de la France se creuse : bien ou mal ?

A en croire le titre sur le site de 20 Minutes ce matin, rien ne va plus à Bercy : "les comptes publics dérapent", "le déficit s'aggrave", "le cauchemar économique continue", bref le vocabulaire employé est connoté très négativement pour qualifier un banal effet ciseau, peu étonnant en situation de crise. L'augmentation du déficit budgétaire est plus une conséquence normale (pour des keynésiens) du cauchemar économique qu'est le chômage, qu'un élément négatif supplémentaire.

William Vickrey, économiste post-keynésien, prix de la Banque de Suède en la mémoire de Nobel 1996, écrivait en 1993 :

"Le déficit n'est pas un péché économique, mais une nécessité économique. Sa fonction la plus importante est d'être le moyen par lequel le pouvoir d'achat non dépensé en consommation est recyclé en pouvoir d'achat par les emprunts et dépenses d'un gouvernement. Le pouvoir d'achat non recyclé devient non-achat, non-vente, non-production et chômage"


On voit donc que pour les keynésiens, un déficit budgétaire peut tout à fait se justifier par la recherche d'équilibres macroéconomiques (notamment le plein-emploi ou plutôt moins de chômage). Alors que les libéraux vont rechercher l'équilibre budgétaire quelque soit la conjoncture. Mais l'heure est au changement de paradigme, le Figaro consacre une pleine page à John Maynard Keynes pour lui décerner le titre d'homme de l'année 2009 (édition du 2 janvier 09, page 16). Comme quoi, tout peut arriver...

Mais ne faisons pas trop de plans sur la comète, il est encore bien difficile de savoir de quoi sera composé le déficit budgétaire 2009, d'une part parce que nous sommes le 5 janvier, et d'autre part parce qu'on ne peut pas encore savoir ce qui relèvera d'une vraie politique de relance de type keynésien (ce qui n'est pas tout à fait le cas du plan de relance à 26 milliards d'€ engagé par la France) et ce qui relèvera de la réaction mécanique vis-à-vis de la crise : l'effet ciseau de la stabilisation économique.

Effet ciseau ou "stabilisateurs automatiques"

En période de croissance faible (et encore plus en période de récession), l'emploi diminue, le chômage augmente. Si le chômage augmente, le total des indemnités versées aux chômeurs augmentent également (hausse des dépenses de l'Etat) alors que dans le même temps les ménages dépensent moins car les revenus de transferts ne remplacent pas les revenus du travail. S'ils dépensent moins, ils payent moins de TVA, principale recette de l'Etat. S'ils travaillent moins, ils payent moins d'impôts sur le revenu. Si les entreprises produisent moins, elles payent moins d'impôts sur les sociétés. On a donc dans le même temps une double réaction mécanique : la hausse des dépenses d'aide aux entreprises et aux chômeurs et la baisse des recettes fiscales. Ce n'est donc pas un "dérapage" au sens où on laisserait filer sciemment le déficit : on ne peut rien faire pour limiter cela, sauf à rompre le contrat social d'un côté et plonger l'économie dans une profonde dépression de l'autre.

Sources :
Les comptes publics dérapent, 20 Minutes, 5 janvier 2008
Eric Delattre, Petit dictionnaire des citations économiques, De Boeck, 2008.

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mardi 2 septembre 2008

RSA mon amour

Les récentes annonces font couler beaucoup d'encre (et de pixels). Lisez plutôt ces trois papiers forts intéressants :

Ajout du 3 septembre

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mercredi 5 décembre 2007

Ne soyons pas simplistes

Aux visiteurs qui ne passeraient pas leur temps sur les blogs qui parlent d'économie, je conseille toutfois la lecture chez RCE de ce post très intéressant sur la question du pouvoir d'achat.
Mais encore plus intéressant, ce commentaire pétri de "bon sens" et posté par un courageux anonyme, et cette réponse magistrale , titrée "J'éclaire le débat public et c'est ma joie" (j'adore !).

Régalez-vous !

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mercredi 12 septembre 2007

La cour des comptes et les niches sociales

Vite fait, comme ça en passant, je vous conseille un article sur le site de l'Express à propos du rapport de la Cour des Comptes sur les "niches sociales". Les niches sociales sont toutes ces exonérations de charges sociales sur des revenus liés à l'activité tels que les stock-options, les intéressements, etc. Le rapport précise que, sur les seuls dispositifs d’association des salariés aux résultats de l’entreprise, les éxonérations de charge représentent un manque à gagner de près de 8 milliards d'euros... Et le journaliste de l'Express de comparer ce chiffre avec les 850 millions d'euros que la mise en place des franchises médicales devraient apporter. Pour coller à l'actualité chaude, je préfère les comparer avec les 3 à 4 milliards de déficits des régimes spéciaux de retraites. Qui est le vilain qui a rappelé que les Golden parachute et autre Golden hello étaient exonérés ???

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mercredi 29 août 2007

Ca sent la rentrée !

... et au cas où vous ne l'auriez pas remarqué, la preuve irréfutable est le retour de quelques bons papiers dans les quotidiens nationaux ces dernières heures. Alors comme la rentrée est également synonyme d'effervescence pour les profs, je n'ai pas vraiment le temps ces jours-ci de faire une vraie note. Rassurez-vous, j'ai bien un petit quelque chose sur les retraités en préparation. Mais pour vous faire patienter, voilà une toute petite revue de presse, si vous ne deviez lire que cela :

La TVA sociale, une fausse réponse, par Thomas Piketty, Libé du 27 août
Un célèbre docteur qui officie sur FOX et TF1 (beuarkk !) disait très justement il y a peu : "quand on a plus besoin de choisir, on a plus besoin de réfléchir". Comme c'est exactement la stratégie gouvernementale sur pas mal de sujet ("mais non madame, ce sujet n'est ni de droite, ni de gauche ; pas besoin de tergiverser, on n'a pas le choix, il faut faire cette réforme"), je pense que des articles comme ceux de T. Piketty ne peuvent qu'être salvateurs. Si vous n'êtes pas sur la même longueur d'onde politique que l'auteur du papier, ce dernier a au moins le mérite de mettre en avant le fait que la TVA sociale est loin d'être la seule réponse au problème que pose "la réforme de la structure de financement de la protection sociale, à recettes constantes". Il apporte donc des élément au débat public, notamment en faisant un peu de publicité à la Cotisation Patronale Généralisée (CPG). La politique c'est ça, réfléchir et faire des choix, et de préférence, faire les bons. Si on a plus de décision à prendre, alors la politique ne se résume plus qu'à de la communication.

La crise de 1929 n'aura pas lieu, par Daniel Cohen, Le Monde daté du 28 août
Alors que ce matin Jean-Pierre Gaillard s'excitait sur France Info, presque les larmes aux yeux, en nous expliquant que les bourses avaient tout reperdu ce qu'elles avaient consolidé ces derniers jours, Daniel Cohen pose les termes du dilemne auquel les banques centrales doivent faire face. "On aimerait meilleur choix : 1929 aujourd'hui ou demain..." Prochaine réunion de la BCE, 6 septembre, la Fed 10 jours plus tard. Tous les regards se tourneront vers J.-C. Trichet, son discours de gouverneur de la Banque Centrale Européenne sera alors décortiqué. Il nous a habitué à tenir raide la corde qui permet de limiter l'inflation au maximum. La situation des grandes places boursières va-t-elle le faire infléchir ? Va-t-il inclure dans sa politique la prévention des bulles financières et immobilières ? Réponse au prochain épisode.

Lutte des classes et des sexes, par Roland Pfefferkorn, Libé du 28 août
Ca va faire plaisir aux candidats du CAPES 2006, dont le sujet à l'écrit était le suivant : Peut-on parler de l’existence de classes moyennes dans la société française d’aujourd’hui ? Quelques bouquins de Louis Chauvel plus tard, la question paraît plus d'actualité que jamais. Sans se focaliser sur les classes moyennes, R. Pfefferkorn brosse rapidement le tableau de l'analyse de la société en terme de classe telle qu'elle a pu évoluer ces dernières décennies. Il met en avant non seulement la place des rapports de classe dans les objets de recherche en sociologie, mais souligne fortement la place croissante des rapports de genre, et évoque ceux de génération, et de "racisation" (le terme est de l'auteur). "Il faudrait apprendre à penser la structure sociale comme un entrecroisement dynamique de l’ensemble des rapports sociaux, chacun imprimant sa marque sur les autres". Le retour du concept de classe dans les sciences sociales seraient donc la preuve qu'il existe des "cycles concpetuels" semblant correspondre à d’autres cycles ­renvoyant aux rapports de force tels qu’ils s’expriment dans la société, ­notamment ceux que d’aucuns appelaient autrefois les «cycles de la lutte des classes».

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vendredi 20 juillet 2007

Salaires étudiants et fiscalité


Laurent Wauquiez (UMP) au 80ème congrès de l'Unef
Originally uploaded by Pierre -M-.
Une petite mesure dans le "paquet fiscal" de N. Sarkozy fait parler un peu d'elle, je veux parler de la défiscalisation des salaires des étudiants. Le Parlement l'a adopté il y a une semaine, le 12 juillet dernier. En quoi cela consiste ? En une modification des dispositions existantes. Jusqu'à maintenant, seuls les salaires des étudiants de moins de 21 ans, perçus pendant les vacances scolaires, et dans la limite de deux mensualités de SMIC, étaient défiscalisés. Autrement dit cela ne concernait qu'une minorité d'étudiant : l'âge moyen des étudiants en France est de 22,2 ans, et si 30% des étudiants ne travaillent que pendant l'été, ils sont près de 40% à travailler pendant l'été et l'année universitaire. Ci-dessous un petit graphique qui donne un peu l'ampleur du salariat étudiant par tranche d'âge.

Âge et activités rémunérées régulières
Activités exercées au moins 6 mois par an et au moins à mi-temps pendant l'année universitaire



Quelles modifications ?

Le plafond de 2 mois de SMIC est élevé à 3 mois soit 3800€ (230€ de salaire en moyenne sur l'année), la belle affaire ! L'âge limite est relevé à 25 ans, ce qui permet de mieux prendre en compte la réalité sociologique de la population étudiante. Seront pris en compte les salaires perçus sur l'ensemble de l'année et non plus les seules vacances scolaires. Mais la mesure n'en demeure pas moins injuste socialement et révélatrice de l'idéologie gouvernementale, idéologie qui renferme une conception particulière de la famille et de l'autonomie de la jeunesse.

Une mesure socialement injuste.
Injuste car ne concernant que les familles dont l'étudiant est partie intégrante du foyer fiscal, et surtout que les familles imposables. On va donc à l'encontre d'une conception de la justice sociale telle que J. Rawls, philosophe libéral américain, avait pu la conceptualiser. La mesure profite donc aux parents plutôt qu'à l'étudiant. Et elle profite d'autant plus aux tranches les plus aisées de la population française. On retrouve ici la logique sarkozyenne telle qu'elle impreigne déjà l'ensemble du paquet fiscal : donner plus à ceux qui ont déjà beaucoup.

Toujours moins d'autonomie pour les étudiants...
Cette mesure incite les parents à conserver l'étudiant dans leur foyer fiscal et va donc à l'encontre d'une autonomie fiscale des jeunes. Si autonomie fiscale n'est pas forcément synonyme d'autonomie financière, elle n'en est pas fondamentalement éloignée. Passons sur le fait que l'émancipation des jeunes n'est pas encouragée. Observons plutôt le fait que la famille est une institution qui, de par la solidarité entre ses membres, contribue à la reproduction des inégalités sociales. Si le système redistributif est là pour corriger un tant soit peu ces inégalités, ce genre de mesure va à l'encontre d'une telle correction. Au contraire, elle augmente les inégalités entre étudiants, et entre leurs familles.

...toujours plus de cadeaux fiscaux.
Si l'on en croit les données du Ministère de l'éducation nationale, le total des aides fiscales aux familles d'étudiants s'élevaient déjà en 2005 à 1,235 milliards d'euros, quasiment l'équivalent du montant des bourses et prêts (1.332 milliards d'euros). Le monsieur en haut à droite de ce billet, Laurent Wauquiez, actuel porte-parole du gouvernement, avait remis un rapport le 6 juillet 2006 au premier ministre, rapport sur les aides sociales aux étudiants. Dans celui-ci il préconisait de "renforcer les bourses pour les classes moyennes modestes". S'il est vrai que pour la première fois depuis cinq ans les bourses sur critères sociaux sont revalorisées sur la base de l'inflation, il semblerait que les préconisations du député Wauquiez ne soit pas prises en compte par le gouvernement du porte-parole Wauquiez...

Sources des données :

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mercredi 20 juin 2007

Danemark et TVA sociale

Le hasard fait bien les choses. Je poste deux billets, l'un sur le Danemark et l'autre sur la TVA sociale, et le correspondant du Monde pour les pays nordiques, Olivier Truc, signe aujourd'hui un papier dans Le Monde dans lequel il revient rapidement sur l'expérience danoise en la matière. En effet, l'Allemagne n'est pas le seul pays à avoir mis en place cette TVA sociale, le Danemark l'avait déjà fait au début des années 90.

Cas de force majeure
La situation du Danemark était assez particulière au début des années 90 : le chômage filait vers les 12%, leur balance commerciale était gravement déficitaire (40% du PIB), et l'impôt sur le revenu progressif tournait déjà à plein régime (plus de 50% pour le taux marginal supérieur). Rien à voir donc avec la situation française du moment, où le chômage serait en baisse, la balance commerciale dégradée mais pas à ce point là, et surtout des marges de manoeuvres du côté de l'impôt sur le revenu beaucoup plus importante. Rappelons que la TVA au Danemark représente à peine 10% des recettes fiscales, quand l'impôt sur le revenu dépasse les 50%. En France, grosso modo, c'est l'inverse : la TVA, taxe proportionnelle donc fortement inégalitaire mais censé être indolore, représente près de 50% des recettes fiscales de l'Etat. L'impôt sur le revenu, proportionnel et fortement redistributif, n'atteint pas 20%.

Que peut on retenir de l'expérience danoise ? Que la TVA sociale reste avant tout un tour de passe-passe gouvernemental pour dégager des financements en période de dépense excessive, et cela de l'aveu même de l'ancien ministre social-démocrate danois Sven Daukend. C'est une mesure protectionniste, qui plus est présentée comme telle par les membres du gouvernement français (la "taxe anti-délocalisation") pour rassurer les français après leur avoir fait peur : il y a fort à parier que nos partenaires commerciaux ne vont pas accueillir la nouvelle la bouche en coeur. En effet, il est impossible de distinguer le produit allemand ou italien, du produit chinois. En sachant que l'immense majorité de nos échanges commerciaux se font avec nos partenaires européens, je vous laisse imaginer l'ambiance au prochain Ecofin. En plus, l'effet est nécessairement limité sur la compétitivité puisque, à terme, le coût du travail devrait recommencer à augmenter.
Finalement la France ne souffre pas tant d'un déficit de compétitivité-prix, mais surtout d'une compétitivité hors-prix, compétitivité structurelle qui dépend directement de nos capacités à innover, pas à produire moins cher.

Sources : Les comptes des administrations publiques en 2006, INSEE Première

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mardi 19 juin 2007

A propos de la TVA sociale

Encore une fois, Fillon et Sarkozy paraissent bien esseulés sur la question de la TVA sociale. La réactivité de la blogosphère étant sa principale qualité, on trouve des articles économiques à la pelle pour disséquer avantages et inconvénients d'une telle mesure. Pour ceux qui veulent en savoir plus, je ne vais pas refaire un topo. Mais je dresse ici, comme un petit annuaire de liens, une liste de celles qui valent le détour :


Et ceux qui en parlaient déjà pendant la campagne des présidentielles :
Bonne lecture !

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Quand le Danemark va TROP bien

Souvent cité en exemple pour son modèle social, le Danemark semble victime de son succès. Une sorte de déséquilibre de plein-emploi est en train de s'y produire : le plein-emploi du facteur travail les conduirait à un ralentissement de l'économie. C'est ce que rapportait Olivier Truc dans l'édition du Monde daté samedi 16 juin 2007.


Tout va très bien...
Après 3.2% de croissance en 2006, le correspondant du Monde, basé à Stockholm (s'il est tout seul pour couvrir tous les pays nordiques, il a du boulot : Suède+Danemark+Finlande+Norvège = 1 155 000km²), nous rapporte que les prévisions du ministère des finances danois tablent sur 2.6% pour 2007 et 1.6% pour 2008. Les patrons râlent car la compétitivtié du Danemark à l'international s'en ressent, et un pays qui compte un peu moins de 5.5 millions d'habitant ne peut pas compter sur sa seule demande intérieure. C'était déjà le cas il y a plusieurs décennies, l'accroissement des échanges internationaux a depuis renforcé cet état de fait : hors du commerce international, point de salut à l'heure de la mondialisation.

Le taux de chômage est au plus faible (3.7%), le taux d'emploi est au plus fort (78%), les capacités du Danemark en terme de main d'oeuvre disponible sont réduites à leur plus simple expression. C'est là le résultat de la flexicurité, système qui repose sur 6 piliers :
  • Centralisation des organismes de l'emploi et de l'aide sociale sous un seul ministère
  • Code du travail très allégé, très peu d'interventions de l'Etat dans la législation
  • Licenciement très facile pour les entreprises
  • Dialogue social développé entre patronat et syndicats puissants
  • Prise en charge des salariés par l'État en cas de chômage dans des conditions avantageuses
  • Fortes incitations à reprendre un emploi pour le chômeur (obligations de formation, suivi, sanctions financières...)
Une des solutions pour le patronat : revenir sur un des piliers du système, la prise en charge des salariés par la puissance publique en cas de chômage (elle est aujourd'hui de quatre ans, avec un taux de remplacement de 90%). Mais le président de la confédération syndicale LO ne l'entend pas de cette oreille : fort de ses 1.5 millions d'adhérents, il répète que "si on touche à un des piliers, le système s'écroule".

Que faire ?
Les départs à la retraite s'effectue à 65 ans aujourd'hui et devrait être reculé à 67 ans à l'horizon 2025. Alors quoi ? On va pas dire aux jeunes d'arrêter leurs études pour entrer précocément sur le marché du travail, alors que la stratégie de Lisbonne cherche précisément à faire de l'Europe "l'économie de la connaissance" la plus compétitive du monde ! Forcer les danois à accélérer le rythme des naissances ? Aucune politique n'y est jamais parvenu, tout au mieux on décale le calendrier des naissances, et quand bien même ils y parviendraient, les effets ne se ressentiraient que dans 25 ans... Il reste une politique d'immigration de la main d'oeuvre, sujet qui fait peur dès qu'on l'évoque. Et pourtant c'est bien là une des clés de la prospérité européenne pour les décennies à venir. Mais Olivier Truc rapporte également les propos de l'économiste en chef de DI, la plus importante organisation patronale danoise : "nous avons beaucoup de mal à recruter de la main d'oeuvre étrangère à cause du très haut niveau d'imposition du Danemark". Et oui, contrairement à ce que pensait N. Sarkozy, la France n'est pas le pays d'Europe aux prélèvements obligatoires les plus élevés, ce sont les pays du Nord de l'Europe.

Mais le raisonnement du représentant des patrons danois est plutôt étrange. Car la population immigrée qui arrive en Europe pour vendre sa force de travail et trouver des conditions de vie meilleures n'est pas vraiment celle qui compare les taux d'imposition entre les pays. Elle cherche le travail là où il est, et les systèmes qui intègrent le mieux. Or le modèle danois ne repose pas uniquement sur la flexicurité. C’est un modèle sociétal complet et complexe : le haut niveau de dépenses publiques (56.3% du PIB en 2004), avec une pression fiscale élevée (TVA à 25%, fort impôt sur le revenu) permet d'assurer un niveau important de dépenses sociales (32.5% du PIB). Les systèmes sociaux y sont universels, très complets, financés essentiellement par l’impôt. Ils sont très efficaces parce que simplifiés, réformés et décentralisés, et ce par une tradition de réformes continues, une culture de la négociation, un dialogue social très élevé (taux de syndicalisation à 85%) ; le tout associé à une politique active de l’emploi, un système globalement plus égalitaire (80% de la population touche 76.5% des revenus, contre à peine 72% en France), et une priorité mise clairement sur l’éducation, la formation et la recherche... Il faut vraiment être difficile pour refuser une telle terre d'asile.

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jeudi 7 juin 2007

Quand Nicolas Sarkozy croyait faire consensus

Rappelons-nous, pendant la campagne présidentielle, le candidat Sarkozy n'avait pas froid aux yeux. Il affirmait sur les télés, avec un ton péremptoire, qu'il y avait "consensus chez les économistes pour dire que son programme est le meilleur". Philippe Askenazy nous en parlait au mois d'avril.

Le consensus semble avoir disparu. Plus un économiste n'ose signer un papier pour vanter les mérites de ces mesures. Et Olivier Bouba-Olga fait le tour de ceux qui vilipendent des réformes couteuses, pour certaines injustes, et probablement peu efficace, qu'ils aient été soutien de Sarkozy ou non pendant la campagne.

Comme le temps me manque en ce moment, je ne vais pas me lancer maintenant dans des explications sur la portée de ces réformes. Mais voici une petite revue de blogs qui devrait vous permettre de vous faire une idée.


Bonne lecture !

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