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jeudi 4 février 2010

Petit commentaire sur les chiffres du chômage

18000 demandeurs d'emploi de moins en décembre 2009 !

Voilà le titre que l'on retient des récentes annonces du Ministère de l'emploi. Le Président l'avait assuré sur TF1, trois jours plus tard on avait la confirmation : le chômage recule en France. En fait, c'est un petit peu plus compliqué que cela.

Histoire de catégories
En fait ce chiffre de 18000 correspond à une seule catégorie de chômeurs, la catégorie A. Elle regroupe les chômeurs cherchant activement un emploi et n'ayant exercé aucune activité dans le mois précédant. Si on y ajoute les catégories B et C, on se rend compte qu'en fait, le nombre de chômeurs augmentent (de 8600 demandeurs d'emploi) entre novembre et décembre. Les B et C sont les catégories qui regroupent les individus à la recherche d'un emploi, mais qui ont exercé une activité courte dans le mois qui a précédé. En clair, vous acceptez une mission d'une journée, vous changez de catégorie (de la A vers la B). Ou si vous avez une activité à mi-temps qui ne correspond pas à votre qualification, et cherchez un autre job en même temps, vous êtes dans la catégorie C. Alors chômage ou pas ? On vous compte dans le chiffre "officiel" qui fera la une des journaux ? La limite entre les deux est vite franchie, avec pour conséquence la visibilité ou l'invisibilité sociale de plusieurs milliers d'individus.



Mais d'autres chiffres sont plus intéressants que ceux qui nous sont toujours présentés en unes de la presse et en ouverture des JT.



Sur ce graphique on voit très nettement que la durée de chômage a tendance à s'allonger en France. Plus précisément, la nombre de chômeurs de longue durée ne cesse d'augmenter depuis juin 2008. En faisant écho au dernier ouvrage d'Eric Maurin, on voit bien que les victimes de la crise ne sont pas seulement celles que l'on voit à la télévision : les salariés qui se retrouvent au chômage. Il y a également tout ceux qui y étaient déjà, et qui voient le retour à l'emploi s'éloigner encore plus. Or on sait qu'il n'y pas plus vraie que la lapalissade "plus on s'éloigne du marché du travail, moins on s'en rapproche". En clair, le chômage ne s'apparente pas à un phénomène de file d'attente (premier arrivé, premier servi), les politiques publiques favorisent surtout le retour à l'emploi des salariés les plus proches du marché du travail. Et on en a la confirmation avec le graphique suivant : en période de crise, et de forte augmentation du chômage (+18% en 1 an pour les cat. A, B et C), la durée moyenne du chômage diminue.



Ceux qui ont perdu un emploi stable sont aussi les premiers à en retrouver un (tant mieux pour eux), mais ceux qui étaient au chômage depuis longtemps risquent d'y rester encore plus, et de perdre leurs droits.

On oublie souvent que le Pôle Emploi n'est pas uniquement le lieu où l'on recense l'offre de travail des salariés, il est également un lieu censé collecter la demande de travail (= les offres d'emploi). Or si la situation avait tendance à s'améliorer de ce point de vue là depuis le point bas atteint au début de l'année 2009, on assiste à un inversement de la tendance qui pourrait être dramatique s'il se confirmait.




Source des graphiques :
DARES, Demandeurs d’emploi inscrits et offres collectées par Pôle emploi en décembre 2009, Premières Synthèses, Janvier 2010.

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dimanche 3 mai 2009

Un emploi intérimaire sur cinq a disparu en 1 an

Entre le 1er janvier 2008 et le 1er janvier 2009, un emploi en intérim sur cinq a été détruit en France. C'est ce que montre la DARES dans le dernier numéro de Premières Synthèses. Cette diminution n'a pas de précédent, et conduit l'intérim a retrouver son niveau des années 90. Sans surprise, ce sont dans les secteurs de l'industrie et de la construction que l'intérim reculent le plus. Les intérimaires ont payé au prix fort la défiscalisation des heures supplémentaires.

Que la part des actifs en intérim recule en temps de crise, ce n'est pas étonnant. Mais ce qui l'est plus, c'est la rapidité de cette décrue :

Volume de travail temporaire en équivalents-emplois à temps plein et nombre d'intérimaires en fin de trimestreSource : DARES, Pôle emploi

On peut voir sur ce graphique que la chute intervient dès le début du premier trimestre 2008. A cette période, on est encore en pleine affaire Kerviel, la crise des subprimes en est à ses débuts, on n'a pas encore entendu parlé des problèmes de Lehmann Brothers aux USA et de la Northern Rock en Europe, mais les économistes se demandent en combien de temps la crise financière va se transformer en crise économique. Pendant ce temps là, les anticipations des entrepreneurs les conduisaient déjà à ne pas renouveler les contrats à durée déterminée et ceux des intérimaires, plutôt qu'à diminuer le recours aux heures supplémentaires.

En effet, habituellement, la première variable d'ajustement ce sont les heures supplémentaires et le chômage partiel.

Nombre moyen d’heures supplémentaires trimestrielles déclarées par salarié à temps complet*

(*La rupture au 4e trimestre 2007 s'explique par le fait que "les entreprises (...) omettaient sur les années récentes de déclarer à l’enquête une partie des heures supplémentaires régulièrement travaillées". L'entrée en vigueur de la défiscalisation des heures supplémentaires a incité les entreprises à déclarer ces heures supplémentaires aux enquêtes de la DARES. La découverte de ce biais de sous-déclaration vient amplifier l'effet d'aubaine constitué par cette défiscalisation.)

Le graphique 2 montre bien, en comparaison avec le graphique 1, que l'étape de la réduction des heures supplémentaires n'a jamais eu lieu dans le cas français, et ce sont les CDD et les intérimaires qui ont été directement touchés, avec au passage des conséquences catastrophiques sur l'emploi des jeunes, surreprésentées dans ces formes d'emplois précaires. En 2009, la troisième étape de la crise économique est atteinte, celle des licenciements et des fermetures d'entreprises.

Pour aller plus loin :
L’emploi intérimaire au 4eme trimestre 2008 : un recul sans précédent de l’intérim, DARES, avril 2009.
Les heures supplémentaires au 4eme trimestre 2008, DARES, avril 2009
La défiscalisation des heures sup a accéléré la hausse du chômage, interview de Eric Heyer, Le Monde, 11 mars 2009

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mercredi 21 janvier 2009

Les femmes plus durement touchées par la crise

Via le Global Sociology Blog on apprend qu'outre-manche une enquête révèle que les femmes sont plus touchées que les hommes par la crise économique. Principale raison : cette crise affecte non seulement des secteurs où l'emploi masculin est très développé (industrie, construction) mais aussi et surtout des secteurs très féminisés (vente au détail, hôtellerie-restauration).

C'est à lire ici : Gee… What a Surprise! Women More Affected By Economic Hard Times

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mardi 2 septembre 2008

RSA mon amour

Les récentes annonces font couler beaucoup d'encre (et de pixels). Lisez plutôt ces trois papiers forts intéressants :

Ajout du 3 septembre

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dimanche 2 mars 2008

Evaluer l'activation des dépenses pour l'emploi

Un des grands maux de la politique à l'heure actuelle consiste dans la succession des plans, des mesures, des lois sans que l'efficacité de ceux mis en place 6 mois auparavant n'aient fait l'objet d'évaluations. On empile, on empile, car la politique ça n'est plus envisager l'avenir, mais faire aujourd'hui, être dans l'action coûte que coûte, pourvu que cela se voit. Un des meilleurs exemples est peut-être celui de l'annonce en janvier 2006 par D. de Villepin de la création d'un CPE, avant même que le CNE n'ait été évalué. Pour une fois on peut vérifier un vieil adage : il ne faut pas confondre vitesse et précipitation.

Depuis l'apparition du chômage de masse à la fin des années 70, l'activation des dépenses pour l'emploi est préconisé, et ce avec une certaine force depuis quelques années. Si vous ne savez pas ce que recouvre l'expression "activation des dépenses pour l'emploi", suivez le lien. Mais avec un chômage persistant, il est difficile de savoir quels sont les effets des dépenses passives (indemnisations des chômeurs, incitations au retrait d'activité) et ceux des dépenses actives. Aujourd'hui la part de la dépense active et celle de la dépense passive relèvent toutes deux du même ordre de grandeur dans l'ensemble des dépenses affectées au traitement du chômage.

L'Unédic et L'ANPE ont engagé, depuis le début de l'année 2007, deux expérimentations conjointes d'accompagnement renforcé des demandeurs d'emploi. Un comité de pilotage a été mis en place pour conduire des évaluations de ces différentes expérimentations, sous la présidence de Claude Seibel, , ancien Inspecteur de l'INSEE, ancien Directeur des études statistiques du Ministère de l'Education Nationale, et ancien directeur de la DARES (donc ancien membre du CAE). A cette occasion, la DARES lance la publication d'un périodique sur la question de l'accompagnement renforcé des demandeurs d'emploi. Le numéro un vient de sortir. A suivre de près donc, si vous êtes intéressé par la question de la prise en charge du chômage par les pouvoirs publics.

Evaluation des expérimentations d’accompagnement renforcé des demandeurs d’emploi (n°1-janv 2008)


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mercredi 14 novembre 2007

Le Contrat Nouvelle Embauche (CNE) est mort

Le CNE a vécu, il est mort. L'Organisation International du Travail l'a recalé car il ne respectait pas les deux principes fondamentaux du droit du travail que sont :
1. Le caractère raisonnable de la période d'essai
2. La motivation de tout licenciement

Je rappelle que le CNE était destiné aux entreprises de moins de 20 salariés. Il permettait à l'employeur de rompre le contrat de travail de manière unilatérale et sans motivation durant une période dite "de consolidation" de deux années qui suit la signature du contrat.

Voila la dépêche de l'AFP qui rend compte de l'avis de l'OIT réunie ce mercredi à Genève :

La France se pliera à l'avis de l'Organisation internationale du travail (OIT) condamnant le Contrat nouvelles embauches (CNE) mais réclame un "espace" pour négocier la flexibilisation du marché du travail, a déclaré mercredi le délégué de la France, M. Gilles de Robien.

Le gouvernement français "veillera à ce que les recommandations (de l'OIT) soient prises en compte", a annoncé M. de Robien devant le Conseil d'administration de l'OIT, réuni à Genève.

"Nous souhaitons que l'interprétation des conventions ratifiées (de l'OIT) laisse au gouvernement et aux partenaires sociaux un espace pour dynamiser la création d'emplois", a ajouté le représentant de Paris auprès de l'OIT.

La France est "engagée par les orientations dites de flexi-sécurité qui sont promues au niveau de l'Union européenne", a encore fait valoir M. de Robien.

"Le développement de l'emploi et la recherche de politiques actives du marché du travail qui combinent, d'une part, une plus grande flexibilité pour faire face au défi de la compétitivité que nous impose la mondialisation et, d'autre part, une véritable sécurisation des parcours professionnels des travailleurs, sont actuellement en France au coeur des négociations entre les partenaires sociaux", a souligné le représentant de la France.

L'OIT a "laissé une porte ouverte", a estimé un diplomate français en soulignant que l'organisation "n'exclut pas la possibilité que se justifie une période plus longue" que six mois de période d'essai.

Le patronat et les syndicats français ont engagé en septembre dernier des négociations particulièrement intenses.

Le patronat souhaite obtenir des assouplissements au contrat de travail, qui passeraient notamment par un allongement de la période d'essai et la possibilité pour un employeur de se séparer à l'"amiable" d'un salarié. La période d'essai proposée pourrait atteindre six mois, voire un an pour les cadres.

Le CNE, en vigueur en France depuis août 2005, a été recalé mercredi par l'Organisation internationale du travail (OIT) qui a estimé qu'une période d'essai de deux ans n'est pas "raisonnable".

En outre, un contrat de travail ne peut être rompu "en l'absence d'un motif valable", a tranché l'organisation.

Créé en août 2005 malgré l'opposition des syndicats, le CNE est un contrat de travail à durée indéterminée (CDI) destiné aux entreprises de moins de 20 salariés. Il débute par une période de deux ans, dite "période de consolidation" pendant laquelle l'employeur peut licencier son salarié sans avoir à fournir de justification. Il a été beaucoup utilisé par des employeurs du bâtiment.

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mardi 13 novembre 2007

Mesdames, messieurs... Les chiffres du chômage !

Version modifiée du 13 novembre

Retenez votre souffle, ils sont sortis. On en a parlé pendant la campagne présidentielles. Les voila. Mesdames, messieurs, roulement de tambour... TaDam ! Les chiffres "officiels" du chômage en 2006. En presque exclusivité, et avant le journal de 20h00.

C'est dans le dernier numéro d'INSEE Première que vous trouverez les explications que l'on attendait depuis des mois : les fameux résultats de l'enquête emploi qui paraissent habituellement au printemps, et qu'on a bizarement servis à l'automne cette année... Au détour d'une note sur l'évolution du chômage depuis le début 2006, on apprend le résultat de cette fameuse Enquête Emploi que l'INSEE et la Dares n'avait pas été en mesure de communiquer en avril dernier. Tout ça pour apprendre que :
En moyenne pour l’année 2006, comme en 2005 et en 2004, il s’établit à 8,8 % de la population active pour la France métropolitaine, soit 2,4 millions de personnes.
Bref ça ne bouge pas des masses depuis trois ans, quoi qu'en fasse les gouvernements... de droite (hop, voila, ça y est c'est dit... Mais la mauvaise foi a des limites : les statistiques sont souvent trompeuses). Avant de partir, n'oubliez pas de jeter un oeil au communiqué de presse d'ACDC (les Autres Chiffres Du Chômage) histoire de confronter les points de vue !

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mardi 19 juin 2007

Quand le Danemark va TROP bien

Souvent cité en exemple pour son modèle social, le Danemark semble victime de son succès. Une sorte de déséquilibre de plein-emploi est en train de s'y produire : le plein-emploi du facteur travail les conduirait à un ralentissement de l'économie. C'est ce que rapportait Olivier Truc dans l'édition du Monde daté samedi 16 juin 2007.


Tout va très bien...
Après 3.2% de croissance en 2006, le correspondant du Monde, basé à Stockholm (s'il est tout seul pour couvrir tous les pays nordiques, il a du boulot : Suède+Danemark+Finlande+Norvège = 1 155 000km²), nous rapporte que les prévisions du ministère des finances danois tablent sur 2.6% pour 2007 et 1.6% pour 2008. Les patrons râlent car la compétitivtié du Danemark à l'international s'en ressent, et un pays qui compte un peu moins de 5.5 millions d'habitant ne peut pas compter sur sa seule demande intérieure. C'était déjà le cas il y a plusieurs décennies, l'accroissement des échanges internationaux a depuis renforcé cet état de fait : hors du commerce international, point de salut à l'heure de la mondialisation.

Le taux de chômage est au plus faible (3.7%), le taux d'emploi est au plus fort (78%), les capacités du Danemark en terme de main d'oeuvre disponible sont réduites à leur plus simple expression. C'est là le résultat de la flexicurité, système qui repose sur 6 piliers :
  • Centralisation des organismes de l'emploi et de l'aide sociale sous un seul ministère
  • Code du travail très allégé, très peu d'interventions de l'Etat dans la législation
  • Licenciement très facile pour les entreprises
  • Dialogue social développé entre patronat et syndicats puissants
  • Prise en charge des salariés par l'État en cas de chômage dans des conditions avantageuses
  • Fortes incitations à reprendre un emploi pour le chômeur (obligations de formation, suivi, sanctions financières...)
Une des solutions pour le patronat : revenir sur un des piliers du système, la prise en charge des salariés par la puissance publique en cas de chômage (elle est aujourd'hui de quatre ans, avec un taux de remplacement de 90%). Mais le président de la confédération syndicale LO ne l'entend pas de cette oreille : fort de ses 1.5 millions d'adhérents, il répète que "si on touche à un des piliers, le système s'écroule".

Que faire ?
Les départs à la retraite s'effectue à 65 ans aujourd'hui et devrait être reculé à 67 ans à l'horizon 2025. Alors quoi ? On va pas dire aux jeunes d'arrêter leurs études pour entrer précocément sur le marché du travail, alors que la stratégie de Lisbonne cherche précisément à faire de l'Europe "l'économie de la connaissance" la plus compétitive du monde ! Forcer les danois à accélérer le rythme des naissances ? Aucune politique n'y est jamais parvenu, tout au mieux on décale le calendrier des naissances, et quand bien même ils y parviendraient, les effets ne se ressentiraient que dans 25 ans... Il reste une politique d'immigration de la main d'oeuvre, sujet qui fait peur dès qu'on l'évoque. Et pourtant c'est bien là une des clés de la prospérité européenne pour les décennies à venir. Mais Olivier Truc rapporte également les propos de l'économiste en chef de DI, la plus importante organisation patronale danoise : "nous avons beaucoup de mal à recruter de la main d'oeuvre étrangère à cause du très haut niveau d'imposition du Danemark". Et oui, contrairement à ce que pensait N. Sarkozy, la France n'est pas le pays d'Europe aux prélèvements obligatoires les plus élevés, ce sont les pays du Nord de l'Europe.

Mais le raisonnement du représentant des patrons danois est plutôt étrange. Car la population immigrée qui arrive en Europe pour vendre sa force de travail et trouver des conditions de vie meilleures n'est pas vraiment celle qui compare les taux d'imposition entre les pays. Elle cherche le travail là où il est, et les systèmes qui intègrent le mieux. Or le modèle danois ne repose pas uniquement sur la flexicurité. C’est un modèle sociétal complet et complexe : le haut niveau de dépenses publiques (56.3% du PIB en 2004), avec une pression fiscale élevée (TVA à 25%, fort impôt sur le revenu) permet d'assurer un niveau important de dépenses sociales (32.5% du PIB). Les systèmes sociaux y sont universels, très complets, financés essentiellement par l’impôt. Ils sont très efficaces parce que simplifiés, réformés et décentralisés, et ce par une tradition de réformes continues, une culture de la négociation, un dialogue social très élevé (taux de syndicalisation à 85%) ; le tout associé à une politique active de l’emploi, un système globalement plus égalitaire (80% de la population touche 76.5% des revenus, contre à peine 72% en France), et une priorité mise clairement sur l’éducation, la formation et la recherche... Il faut vraiment être difficile pour refuser une telle terre d'asile.

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dimanche 10 juin 2007

On a trouvé le dernier économiste qui soutient Sarkozy !


Il s'agit de... Jacques Marseille !

Dans une double interview donnée à Libération, et à laquelle il répondait aux côté de Liem Hoang-Ngoc, Jacques Marseille monte au créneau pour défendre le nouveau Président. Délaissé par les économistes qui n'ont de cesse d'émettre des réserves sur les effets du "choc fiscal", qu'ils soient de droite, de gauche ou de rien (j'en parlais ), Nicolas Sarkozy a bien besoin de quelque soutien estampillé "universitaire sérieux". Marseille croyait entrer dans cette catégorie, il vient définitivement de griller ses dernières cartouches. On est déjà habitué à le voir sur France5, dans la très bonne émission C dans l'air, se prendre quelques gamelles lorsqu'il part dans des délires idéologiques plutôt que de se cantonner à son rôle d'expert économique... Jacques Marseille est très bon quand il fait son métier, c'est-à-dire de l'histoire économique. Quand il faut faire de la politique, il oublie qu'il est économiste et nous sort des énormités plus grosse que lui.

Fini le déclin...
Il est loin le temps où il fallait persuader les Français de voter Nicolas Sarkozy parce que la France (ou au moins la moitié) était en déclin, et que lui seul pouvait nous faire remonter la pente. Cela fait un mois que la noblesse a repris le pouvoir dans ce pays, et hop, "tous les indicateurs sont au vert" nous dit J. Marseille. Les Français font des gosses, achètent des maisons, créent des entreprises, sont attractifs, tellement que la France est le deuxième pays en Europe à recevoir des investissements étrangers. Oui mais voilà, ce que J. Marseille oublie de dire, c'est que dans un passé récent, elle était le premier. Encore que, cele ne veut pas dire grand chose : parle-t-on du nombre de projets étrangers en France, du nombre d'emplois créés, ou de la valeurs des capitaux entrés sur le territoire français ?

Deux France
Il y aurait donc deux France pour Jacques Marseille, dans le plus pur schéma sarkoziste : celle qui se lève tôt et l'autre, celle qui est protégée, assistée, immobile et conservatrice et l'autre... dynamique, aiguillonée par la concurrence, compétitive, et attractive. Ne deviens pas fonctionnaire, malheureux, tu ferais partie de ces 22% d'actifs qui n'ont d'actifs que le nom !! La réponse au problème du chômage en France est simple pour Jacques Marseille : "pour gagner la bataille de l'emploi, il faut baisser la dépense publique, en supprimant massivement des postes de fonctionnaires (...). C'est très facile à faire". Si, si, je vous jure, il a bien dit ça, allez voir de vos propres yeux si vous n'y croyez pas. Ce que Marseille passe à la trappe encore une fois, c'est que dans les premières raisons énoncées par les investisseurs étrangers en France, la qualité de ses fonctionnaires est largement reconnue. Même la presse d'opinion étrangère, The Economist, journal qui avait pris position pour Sarkozy et qui défend l'idée que la France a besoin d'une Margaret Thatcher (autant dire que ce ne sont pas les derniers des gauchistes), reconnait la qualité des fonctionnaires français :
"[France] public sector may be bloated and its tax burden excessive, yet the quality of its public officials is widely admired".
The Economist, 28 octobre 2006
"Widely admired", c'est autre chose que le "considered seriously" de N. Sarkozy au G8 jeudi dernier. Au passage, on a aperçu les capacités linguistiques de notre Président. Notons qu'en anglais l'adverbe se place avant le verbe, et non l'inverse...

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samedi 2 juin 2007

Travailler plus... pour mourir

Période de travail intense oblige, je ne peux contribuer à ce blog que de manière épisodique. Je promets de m'y remettre sérieusement dans quinze jours. Et à propos de travail, et comme la mode est au "travailler plus pour gagner plus", je trouve cette info assez intéressante : au Japon il existe le karoshi ou littéralement, la mort par surménage. C'est un phénomène reconnu depuis 1987 par le ministère de la santé, au Japon. Lisez plutôt ce court entrefilet paru dans Le Monde daté du 20 mai.
Le nombre de décès liés à un excès de travail a augmenté de 7,6 % en 2006, a indiqué, jeudi 17 mai, le ministère nippon de la santé. L'an dernier, 355 employés sont tombés gravement malades ou sont décédés (dont 147 d'une crise cardiaque ou d'une attaque cérébrale) et 819 ont été victimes de troubles mentaux qui ont conduit à 176 cas de suicide ou tentative de suicide. Pour prévenir ce qu'elles considèrent comme un fléau social, les autorités japonaises encouragent les employés à prendre des congés pour se consacrer à leur famille et à recourir au télétravail.

Le gouvernement japonais a par ailleurs lancé une campagne visant à inciter les salariés à limiter le recours aux heures supplémentaires... aux antipodes de la France.

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jeudi 26 avril 2007

Chômage : le thermometre est cassé


Rien ne va plus. Les données sur lesquelles se basent les statisticiens de la DARES (Direction de la recherche et des études statistiques du Ministère de l'emploi) pour calculer le chômage ne ressemblent plus à rien. Si leurs calculs sont bons, la base sur laquelle ils les font ne correspond en rien à la réalité. En France, les données sur le chômage sont obtenus grace à deux sources : les données de l'ANPE et l'enquête emploi de l'INSEE. La sortie de cette dernière a d'ores et déjà été repoussée à l'automne prochain, il ne reste donc que les chiffres de l'ANPE. Mais ceux-ci ne seraient plus exploitables à en croire les statisticiens de l'emploi. On trouve toujours un résultat au bout calcul, mais celui-ci n'a plus grande valeur.

Fait historique, alors que ces chercheurs, statisticiens et chargés d'études sont reconnus pour leur respect inconditionnel du devoir de réserve, ils ont manifesté ce jeudi pour dénoncer l'instrumentalisation par les cabinets ministériels des chiffres du chômage. Un groupe de sociologues, économistes, statisticiens reconnus signe une lettre ouverte à Jean-Louis Borloo pour lui demander, comme le font ses propres agents du Ministère de l'emploi, de ne pas publier les chiffres, publication qui devrait pourtant avoir lieu dans les heures qui viennent. Vous trouverez cette lettre ci-dessous.


Lettre ouverte à Jean-Louis Borloo,

Le gouvernement se targue d'une réussite éclatante dans la lutte contre le chômage : il aurait ramené le taux de chômage "à son plus bas niveau enregistré depuis juin 1983" (J.L. Borloo, communiqué du 29/03/2007).
Le taux de chômage se calcule en France à partir de deux sources, l'enquête emploi de l'Insee et les données administratives de l'ANPE. En janvier dernier, l'Insee rendait publique sa décision de reporter de mars à l'automne 2007 la publication des résultats de son enquête de 2006, qui montre une stabilité du chômage. Mais les raisons invoquées n'ont convaincu ni la communauté scientifique, ni l'Office statistique européen (Eurostat).

Or les données de l'ANPE, à la suite de modifications administratives, ne sont plus en l'état exploitables pour ce calcul et conduisent à une sous estimation forte du taux de chômage.

L'affichage d'un taux de chômage artificiellement bas relève de la manipulation de l'opinion publique, alors que les périodes électorales devraient être des moments de transparence sur le bilan des politiques menées.

Les agents du système statistique de l'emploi ont, depuis plus d'un mois, engagé des actions pour que soit suspendue la publication des estimations provisoires du taux de chômage, afin de défendre leur déontologie professionnelle, la crédibilité de leurs institutions, et d'éviter que la statistique publique soit utilisée pour fausser le jugement des citoyens.

Le jeudi 26 avril 2007, le personnel de la Dares (le service statistique du ministère de l'emploi) fera grève pour s'opposer à la publication du taux de chômage. L'indépendance et la neutralité du système statistique sont une condition du débat démocratique ; c'est pourquoi nous, en tant que chercheurs soucieux de la qualité et de la crédibilité des statistiques concernant l'emploi et le chômage, soutenons l'action des personnels des services statistiques de l'emploi et demandons nous aussi au ministre Jean-Louis Borloo de suspendre cette publication.

Signatures :
Bruno Amable (Cepremap), Florence Audier (CES), Christian Baudelot (ENS), Eve Caroli (Université Paris 10), Jean Cartelier (Université Paris 10), Eve Chiapello (Enseignant chercheur), Denis Cogneau (IRD), Isabelle Collet (Université Paris 10) , Sandrine Dauphin (CNAF), Alain Desrosières (historien de la statistique), Claude Didry (ENS Cachan), Brigitte Dormont (Université Paris 9), Esther Duflo (MIT), Christian Dufour (Ires), Christine Erhel (Université Paris 1), François Eymard-Duvernay (Université Paris 10), Jeanne Fagnani (Université Paris 1), Olivier Favereau (Université Paris 10), Yannick Fondeur (IRES), Patrice Gaubert (Université Paris 7), Jérôme Gautié (Université Paris 1), Bernard Gazier (Université Paris 1), Marc Gurgand (PSE), Michel Husson (IRES), Laura Lee Downs (EHESS), Sylvie Lambert (LEA), Laurence Lizé (CES), Thierry Magnac (Université de Toulouse), Antoine Math (IRES), Gérard Mauger (CSE-CNRS), Eric Maurin (EHESS), Dominique Meurs (INED), Jean-Marie Pernot (IRES), Thomas Piketty (EHESS, PSE), Thomas Philippon (New York University), Edmond Preteceille (OSC), Christophe Ramaux (Université Paris 1), Hyacinthe Ravet (Université Paris 4), Bénédicte Reynaud (ENS), Alexis Spire (Université Lille 2), Olivier Thevenon (Ined), Xavier Timbeau (OFCE), Carole Tuchszirer (IRES), François Vatin (Université Paris 10), Françoise Vouillot (Cnam)."


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jeudi 12 avril 2007

CPC ?


On vous parle de CPC, et vous pensez à votre vieil Amstrad. Ordinateurs révolutionnaires, jaune sur bleu pour les premiers écrans couleurs, processeurs 4Mhz et lecteurs de disquettes 3", ils fleurissaient sur les bureaux des années 80. Alors, CPC 464 ou CPC 6128 ?

Raté ! Le CPC c'est le Contrat Première Chance, contrat évoqué par Ségolène Royal lors de sa conférence de presse du 4 avril dernier, censé rapprocher les jeunes non qualifiés de l'emploi.

Quasiment un an jour pour jour après le retrait du CPE, les réactions n'ont pas tardé, notamment de la part des organisations de jeunesse. Les jeunes UMP d'abord ; dans la mesure où cette annonce est celle de la candidate PS, il fallait bien riposter. Mais on a également entendu des réactions à gauche, au MJS et à l'Unef pour ne citer qu'elles. Depuis lors, la candidate s'est efforcée, par la voix de Dominique Méda, la sociologue de l'emploi à qui elle a demandé de préparer ce projet, d'expliquer en quoi cela consistait vraiment. Erreur de communication politique, dans une campagne où aucun thème ne fait la une plus de 36 heures, il aurait fallu expliquer clairement dès l'annonce en quoi le CPC n'était pas "un CPE de gauche", et ne pas attendre 3 jours. Car le vendredi 6 avril, après la publication du rapport de D. Méda, les mêmes organisations qui avaient crié sans avoir mal se sont retrouvées à expliquer que leurs inquiétudes s'étaient envolés. Mais les medias étaient déjà passés à l'eugénisme de Nicolas Sarkozy, il était trop tard.

Le CPC n'est pas le CPE
Quelles sont les différences ? En premier lieu le CPC ne concerne pas l'ensemble de la jeunesse, il ne stigmatisme pas une génération entière de la population comme aurait pu le faire le CPE. Cette "convention de parcours" cible précisément les 120000 jeunes qui sortent chaque année du système scolaire sans aucune qualification autre que le brevet de fin de 3ème. Autrement dit ceux dont la survie sur le marche du travail est plus que compromise : 42% des jeunes non qualifiés sont encore au chômage trois ans après leur sortie du système éducatif, le chiffre tombe à 21% pour les titulaires de BEP/CAP, 11% pour les diplômés du supérieur. Le diplôme est encore le meilleur rempart contre le chômage. Preuve s'il en est, même pour les emplois les moins qualifiés, les jeunes les plus diplômés évincent ceux qui n'ont aucune qualification, job étudiant à l'année ou saisonnier.

Par ailleurs, les chiffres du Ministère de l'éducation nationale nous montrent qu'en 2004, quand 721 000 jeunes sortent du système soclaire, 118 000 n'ont aucun diplôme autre que le brevet de fin de 3e en poche, soit 16.4%. Plus globalement, en ce qui concerne la faiblesse des niveaux de formation de la population active, la France se situe très loin derrière le Royaume-Uni, et loin derrière l'Allemagne et les pays d'Europe du Nord. Rappelons que la "stratégie de Lisbonne", visant à faire de l'Europe une économie de la connaissance en 2010 fixe l'objectif de 10% de sortie précoce du système scolaire, pas plus. 2010, c'est dans deux ans et demi. Il y a donc une pertinence à cibler ces jeunes dont les taux de chômage n'ont rien de comparable avec ceux des jeunes diplômés.

Le CPC n'est pas le CPE aussi et surtout parce qu'il n'y a pas de licenciement possible sans sa justification par une "cause réelle et sérieuse". Or c'était là la principale critique adressée au CPE par la jeunesse mobilisée en 2006. Si l'employeur vient à se séparer abusivement du jeune recruté, donc à rompre la convention passée avec le jeune et les pouvoirs publics, il devra rembourser l'intégralité des aides publiques reçues. Cette disposition devra permettre de limiter les effets d'aubaine suscités par la mesure.

Enfin, le CPC n'est pas le CPE parce qu'il s'agit avant tout d'une convention s'appuyant in fine sur un contrat de droit commun : trois mois après l'embauche d'un jeune non qualifié, un bilan est réalisé avec son référent externe nommé par la Région, son employeur et lui-même. A partir de ce bilan est établi le niveau de formation requis pour être pleinement qualifié pour le poste qu'il occupe : contrat d'apprentissage, contrat de professionnalisation, voire CDI si aucune formation particulière n'est requise. Au bout de douze mois, les contrats poursuivent dans les conditions habituelles du code du travail.

Combien ça coute ? Encore un contrat supplémentaire ?
"C'est bien joli un système comme celui-ci, mais combien ça va encore nous coûter..." : la rémunération d'un jeune, les cotisations sociales, le référent externe qui accompagne le jeune, etc... Les concepteurs de ce projet le chiffre pourtant à moins d'un milliard d'euros, car s'appuyant fortement sur une réorganisation des dispositifs existants, et surtout une redistribution différentes des 65 milliards d'euros d'aides perçues par les entreprises en provenance des pouvoirs publics. On peut penser que l'économie des revenus de transferts, revenus de solidarité perçus par cette population pourrait être substantielle. Pour information, si un Ministère de l'aide aux entreprises existait en France, il serait doté du plus gros budget, juste devant l'éducation nationale.

Les entreprises cibles sont les TPE, entreprises de moins de 10 salariés, parce qu'elles sont très présentes dans les secteurs dit "en tension" c'est-à-dire en pénurie de main d'oeuvre. Ce sont elles qui, à l'heure actuelle, embauchent le plus tout en rencontrant des difficultés pour trouver une main d'oeuvre dont la qualification peut tout à fait s'acquérir par l'apprentissage. Il s'agit de l'hotellerie-restauration et du BTP. Les limitations à un jeune non qualifié par entreprise et aux seules entreprises de moins de 10 salariés devraient là aussi permettre de limiter considérablement les effets d'aubaine.

Engager des vraies réformes structurelles
Le mérite d'une telle démarche c'est quelle est la composante d'une double réforme qui consisterait à :
Repenser le rôle des Régions qui prendraient là une place encore plus importante notamment dans le domaine de l'emploi. Il y a une vraie pertinence à décentraliser ces questions à des échelles plus restreintes que l'Etat, pour des questions de cohérence avec les bassins d'emploi, des questions de coordination avec les différents acteurs de l'insertion, de la formation professionnelle, acteurs que les Régions connaissent déjà bien.
Repenser les dispositifs d'entrée dans l'emploi, l'idée originale est de ne pas faire du CPC un contrat aidé supplémentaire mais un point de départ afin de décomplexifier les dispositifs d'aide consistant à rapprocher les actifs inoccupés de l'emploi. "Les employeurs se verraient ainsi proposer plus qu'un seul modèle d'emploi aidé, dont l'intensité d'aide serait variable en fonction de la distance à l'emploi du bénéficiaire", le CPC constituant la configuration maximale d'intensité d'aide.


On est donc bien loin du CPE. Depuis, François Chérèque (CFDT), Bruno Julliard (UNEF) l'ont reconnu. Ces deux organisations se sont dites rassurées, voire intéressées par la formule. Mais bien peu de média font écho de cela. Par exemple, Jean-Michel Aphatie (RTL, Canal+) est persuadé de sa pertinence de commentateur politique quand il nous apprend que certains dirigeants socialistes ont renommé le CPC Contrat Première Connerie. Pourquoi n'a-t-il pas préféré opposer les propositions des différents candidats en matière d'insertion des jeunes non qualifiés, pour nous montrer quelles sont les philosophies qui les sous-tendent ? Non, il a préféré une petite phrase de couloir. Mais où est le fond dans tout ça ? Vous me direz, on est peut-être pas loin de le toucher...

Update
Retrouvez Benjamin Vetelé, vice-président de l'Unef, interrogé par LCI sur le CPC.


Update 2
Jacques Auxiette, Président de la Région Pays de la Loire, nous livre sur son blog ses impressions sur le Contrat Première Chance

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