mardi 21 août 2007

Pour vivre vieux, vivons à deux


Retour de vacances, il y a des restes de romantisme dans l'air, et l'Insee nous aide à y voir plus clair : pourquoi recherchons nous l'âme soeur ? Peut-être pour vivre plus longtemps. Non l'amour ne rend pas immortel, mais le couple protège de la maladie et de la mort. Et moi qui aie toujours cru que les vieilles filles devaient leur longévité précisément au fait qu'elles sont restées des "filles"... ai-je eu tort ? L'INSEE nous répond avec une petite enquête plutôt intéressante, voyez plutôt.


Rachid Bouhia, de la division enquête et études démographiques de l'INSEE, nous livre ce mois ci les résultats d'une enquête fort intéressante. Si on ne le savait déjà, elle nous apprend que les femmes de 40 à 90 ans sont moins en couple que les hommes du même âge. Pourquoi ? Parce que les femmes vivent plus longtemps que les hommes, parce que les veuves ont moins tendance à reformer des couples que les veufs, et cette tendance se retrouve à l'identique chez les divorcés/séparés et les divorcées/séparées. On a tous l'exemple du beau-frère ou du tonton qui se remarie avec une jeunette, de la tante ou la cousine qui reste célibataire après le décès de son mari.

Autre élément intéressant, on retrouve dans cette étude le fait que le mariage ou le couple est un outil d'ascencion sociale pour bien des femmes. Ainsi, le fait de n'avoir jamais été en couple est beaucoup plus présent dans les catégories sociales basses pour les hommes (les femmes des catégories sociales basses cherchant un partenaire plus élevé socialement qu'elles), et dans les catégories sociales hautes pour les femmes (là encore, le fait de ne pas trouver de conjoint socialement plus élevés peut conduire à une situation de célibat). Une lecture plus féministe de cette donnée consisterait à penser que les hommes ne veulent pas de femmes ayant un statut social plus élevé que le leur, car ils ne pourraient ainsi laisser exprimer leur domination, trait particulier se rattachant au genre masculin. De même l'ouvrier agricole ne trouve personne à dominer... Cela nous ramène à ce slogan si bien trouvé : la femme est le prolétaire de l'homme.

L'étude nous apprend donc qu'à âge donné, le célibat est moins protecteur que la vie de couple. Les personnes seules sont plus nombreuses à décéder, et cette surmortalité est plus prononcée chez les hommes que chez les femmes. Mais le syndrome de la "vieille fille" que j'évoquais en introduction est bien réel : les individus n'ayant jamais connu que le célibat ont une plus faible mortalité aux trés grands âges. Il y aurait un "effet de choc" du au passage de la vie de couple au célibat. Ainsi, lorsqu'un conjoint décède, le conjoint survivant est plus exposé aux risques de décès. Exposition que ne connaitra pas la personne restée seule toute sa vie.

Par contre, le célibat endurci est à la source d'une surmortalité entre 40 et 60 ans, et c'est plus marqué chez les hommes. "Pour les quadragénaires en célibat continu, le risque de décéder dans l’année est presque double de celui d’une personne de mêmes caractéristiques mais vivant en couple." Gare au passage de la quarantaine si vous êtes seuls ! Mais comme pour les femmes, le rapport s'inverse lorsque l'on se dirige vers les grands âges. Et les hommes qui ont vécu seuls ont une espérance de vie plus importante que les autres entre 70 et 80 ans.

Au niveau sociologique, l'enquête nous montre que "la surmortalité au sein de la catégorie des individus en célibat continu est amplifiée par la présence de personnes qui cumulent les difficultés. Un état de santé dégradé, l’exclusion du marché du travail ou des conditions de vie précaires interagissent et s’imbriquent avec la difficulté de se mettre en union."

Enfin, on apprend que les hommes sont plus fragiles que les femmes après une séparation ou le décès de leur conjoint. Et l'auteur de l'étude de rappeler très justement que "la répartition des tâches dans le ménage rend les hommes moins autonomes pour vivre seul, notamment aux âges avancés, et accentue pour eux le choc d’une séparation ou du décès de la conjointe." La séparation va de pair avec des risques de mortalité accrus dans les milieux sociaux défavorisés. On peut ici penser à la carrière de l'exclus tel que V. de Gauléjac a pu le mettre en avant dans son ouvrage La lutte des places. D'une position fragile, l'individu peut évoluer vers une situation de rupture : si trop de lien sont rompus, alors les autres rompent aussi. C'est l'enchaînement des chocs : chômage, éloignement de la sphère productive, perte de revenus, rupture conjugale, perte du logement, addictions et comportements à risques, etc. La rupture conjugale apparaît donc comme une étape dans un processus d'exclusion (je préfère le terme désinsertion, mais bon..) qui fragilise l'individu et l'expose à un risque de surmorbidité et surmortalité.

Heureusement, les enfants sont là pour protéger le couple. Cela pourrait être une réponse à Corinne Maïer, auteur du livre No Kid : 40 bonnes raisons de ne pas faire d'enfants. En voilà une bonne pour en faire deux ! Pour les hommes comme pour les femmes, le fait d'avoir deux enfants protège des conduites à risques et apporte une meilleure intégration sociale, deux éléments qui font chuter la surmortalité.

Voilà une petite note de vacances, qui apporte son lot de réponses à nos préjugés sur les hommes, les femmes, la vie, le couple... Seul sur le sable, les yeux dans l'eau, mon rêve était trop beau... Pauvre Roch, il a aujourd'hui 44 ans, j'espère qu'il a retrouvé Hélène. Moi en tout cas, j'ai bien fait de me marier !

Source :
INSEE Première, Les personnes en couple vivent plus longtemps, n°1155, août 2007.

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Quelle découverte !

Après 40 ans, les maladies ou accidents de santé étant plus probables/fréquents, il est évident qu'une compagne ou un compagnon permet d'être aidé ou secouru !

Quand on est seul chez soi et que l'on tombe de sa chaise, hein...

Pierre Maura a dit…

Hmmm... la fulgurance du bon sens.

Alors on fait quoi, on remplace un fonctionnaire sur deux à l'Insee ?? Ah tiens, c'est déjà ce qu'on fait... Bien fait, ils font que des enquêtes qui servent à rien.