mardi 29 septembre 2009

Repassage pour les femmes, bricolage pour les hommes

La sociologie des rapports sociaux de sexe a encore du boulot...

C'était la première de "Tournez Manège !" hier soir sur Tf1, et en prenant la peine de chausser ses lunettes de sociologue, ça valait son pesant de cacahuètes. Tout le travail de Sylvette Denèfle, Annie Dussuet, Kaufman et De Singly... parti en fumée, en moins 15 secondes. Elle, avec son petit accent de Nancy, elle les aime "un peu macho", qui font le bricolage pendant qu'elle s'occupe du linge. Tant qu'il y aura du linge...



Les habitudes ont la peau dure, il semble toujours naturel que les tâches domestiques soient si inégalement réparties. Toutes les enquêtes emploi du temps des ménages le montrent, et si les tâches sont inégalement réparties quantitativement - en terme de temps de travail domestique - elles le sont également qualitativement.

Ces quelques secondes de programme télévisé nous renvoie directement aux travaux de Françoise Héritier. Dans Masculin/Féminin, l'ethnologue démontre que la différence de sexe structure toute la pensée humaine qui finalement repose comme premier critère de classement sur les concepts d'identité et de différence. On oppose homme et femme comme on oppose chaud et froid, extérieur et intérieur, sec et mouillé, vif et inerte, etc... Et chaque culture construit cette différence à sa manière. Pour revenir à notre exemple et dans nos sociétés occidentales contemporaines, c'est aux hommes que semblent revenir naturellement les travaux d'extérieurs (jardinage, bricolage, entretien du véhicule et des façades du logement), pour les femmes les travaux d'intérieur (au point que dans les enquêtes on retrouve un vrai clivage entre plantes d'extérieur, entretenues souvent par les hommes, et plantes d'intérieur arrosées par les femmes).

Pour les femmes la saleté du quotidien, des travaux le plus souvent invisibles car il faut les refaire tous les trois jours. Pour les hommes les taches qui se donnent à voir : jardinage et bricolage ont des résultats visibles et durables, qui pourront être exposés à des regards extérieurs au ménage, l'homme pourra en tirer une reconnaissance. On a encore jamais vu quelqu'un s'esbaudir devant la propreté d'un carrelage. La particularité des lieux de travail domestique des femmes, c'est qu'on ne les remarque que s'ils sont sales.

Du point de vue de la charge psychologique, on jardine, on bricole pour penser à autre chose. Mais la charge mentale de la programmation des différentes taches, la prévision des courses et de leur liste, c'est aux femmes que cela revient.

Des gants Mapa universellement roses, impossible à trouver en grandes tailles pour des mains d'hommes, jusqu'à la toute dernière pub Persil, tout semble fait pour cantonner les femmes dans leurs buanderies.



Pour finir sur une petite note d'humour, rappelons nous quand les inconnus sévissaient encore à la télé.



Pour aller plus loin :
Sylvette Denefle, Tant qu'il y aura du linge à laver, Paris, Arlea-Corlet, 1995
Annie Dussuet, Logiques domestiques, essai sur les représentations du travail domestique chez les femmes actives de milieu populaire, L’Harmattan, 1997
Jean-Claude Kaufman, La Trame Conjugale - Analyse du couple par son linge, F Nathan, 2000
Dumontier, Guillemot, Meda, Evolution des temps sociaux au travers des enquêtes emploi du temps des ménages, Economie et Statistique, INSEE, 2002

L'INSEE est en train de procéder à une nouvelle enquête emploi du temps des ménages en cette fin d'année 2009, la dernière enquête de ce type datant de 1999.

10 commentaires:

Pierre Maura a dit…

je me commente moi-même c'est pas joli joli. C'est juste pour remarquer une réplique du candidat qui m'avait échappé. Juste après avoir dit "la vaisselle, à la femme de la faire", la candidate répond "on aura un lave vaisselle". Et le candidat de poursuivre : "moi tu sais je préfère à l'ancienne". Donc si on résume : à la femme de faire la vaisselle, et de la faire à la main !

Denis Colombi a dit…

En plus, faire la vaiselle à la main, ça utilise beaucoup d'eau, et c'est pas écologique. Inacceptable cette émission.

Denis, qui a une tonne de vaisselle en retard et qui rêve d'un lave-vaiselle (chez moi, la vaiselle, c'est une affaire d'homme).

fredsocio a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Socio-Voce a dit…

Chez nous aussi, la vaisselle est une affaire d'hommes !
Benoit

Manuel a dit…

je fais le repassage et la vaisselle, par contre je déteste bricoler. Dites professeur Maura est-ce que je souffre de troubles de genre ;-) ?

Pierre Maura a dit…

ah ben non, on n'enferme pas les individus dans les statistiques. Cela dit, moi aussi j'aime faire la vaisselle, mais c'est surtout parce que j'aime pas faire la cuisine. Et j'aime repasser, probablement parce que je cherche à atteindre la perfection de mon modèle maternel. Bref, il est pas inintéressant de voir que dans les 4 couples de cadres sup que nous sommes dans les commentaires, la vaisselle soit une affaire d'hommes. Après elle peut l'être pour différentes raisons :-)

telephone a dit…

C'est pas tres ecologique mais moi j'achete que tu jettable, pas de souci de vaiselle comme ca...

NLC conseils a dit…

... Et tout dépend comment nous sommes façonné(e)s !
C'est une affaire de stéréotypes, de croyances, d'héritages familiaux et touti cuanti ...
Sinon Mr Maura, pourquoi cherchez vous " à atteindre la perfection de votre modèle maternel ?" plus que votre modèle féminin ?
Le repassage : uniquement une affaire de mères de famille ?
Au demeurant, voici un blog intéressant !

Pierre Maura a dit…

@NLC : parce que je repasse déjà mieux que ma femme, mais pas encore aussi bien que ma mère :-) merci pour le compliment.

Anonyme a dit…

Remarquez que faire la cuisine soi-même et laver son linge chez soi n'est pas réellement rentable : au prix du mètre carré, il est certainement plus intéressant d'externaliser ou à défaut de faire extra-muros.

C'est donc réellement et bien plus encore qu'on ne le pense une question de relation de couple : si le couple tient réellement à se couper lui-même sa nourriture conservée dans un frigidaire amateur avec ses propres doigts avec son propre couteau, c'est un choix personnel fort.

Car c'est peu hygiénique, coûteux en temps personnel, en espace, en contingences annexes.