mardi 13 janvier 2009

L'esperance de vie ne progresse plus

Il y a un an presque jour pour jour je commentais le bilan démographique de la France pour l'année 2007. L'avantage du blog, c'est qu'il se souvient à votre place de ce que vous pouviez raconter un an auparavant. Il y a un an on imaginait que la France allait franchir la barre des 64 millions d'habitant. Et la prévision s'est réalisée. Par contre, on n'imaginait pas que l'espérance de vie allait s'arrêter de progresser dans notre pays, et ça, c'est la grande nouvelle du jour.

Pour la première fois depuis bien longtemps, l'espérance de vie des Français ne progresse plus. Pour être précis, il progresse de 0.1 an pour les hommes et de -0.1 pour les femmes. En clair, un enfant qui naît aujourd'hui, si on imagine qu'il bénéficie de l'espérance de vie moyenne mesurée à chaque âge actuellement, vivra en moyenne 77,5 années si c'est un garçons et 84,3 si c'est une fille. Cette stagnation s'explique par un taux de mortalité des enfants de moins de 1 an qui ne diminue plus en France depuis trois ans (Sur 1000 enfants de moins de un an en 2008, 3.8 décèdent). Nous ne parvenons plus à faire diminuer la mortalité infantile comme c'était le cas auparavant.

Cette évolution a forcément un écho sur le débat autour du système de retraite en France. Les projections de population d'ici à 2050 prévoyaient une augmentation continue de l'espérance de vie (voir ici par exemple). Ainsi les dernières projections centrales envisageaient 89 ans d'espérance de vie à la naissance pour les femmes en 2050, et même les hypothèses basses tablaient sur une augmentation constante entre 2005 et 2050... C'était d'ailleurs un argument fort des politiques (et des économistes) en faveur de l'augmentation de l'âge de départ à la retraite à taux plein : une augmentation de l'espérance de vie a pour conséquence "d'aggraver" le ratio actifs/inactifs, de sorte qu'une part toujours plus faible d'actifs contribue à la rémunération d'une part toujours plus grande d'inactifs. Les choses n'ont pas l'air de se passer comme prévues...


Intéressés par le sujet ? Pour aller plus loin, dans la blogosphère économique je vous conseille la série de billets qu'Antoine Bozio a consacré à ce sujet chez Ecopublix. Et autre spécialiste de la question des retraites, Arnaud Parienty, du côté des blogs d'Alternatives Economiques.

Source :
Bilan démographique 2008 : plus d'enfants de plus en plus tard, Insee Première n°1220, janvier 2009

5 commentaires:

savant ? a dit…

C'est bien pourquoi, il faut prendre les prévisions démographiques avec de très grandes pincettes. Elles sont toujours faites à politiques et habitudes sociales constantes. La dégradations des systèmes de santé n'ont pas été prévues dans les projections. Ou alors par des cyniques.

Olivier Aubert a dit…

Elle ne progresse plus, et pourrait même bien régresser. C'est la thèse, très pessimiste mais qui me convainc plutôt, de Claude Aubert, un des fondateurs de Terre Vivante, dans son livre "Espérance de vie, la fin des illusions" :
http://www.intelligenceverte.org
/EsperanceVie.asp
Un livre éclairant.

Dark Pioupiou a dit…

A ce titre l'exemple de l'évolution de l'espérance de vie en Russie est très significatif : http://www.robert-schuman.eu/question_europe.php?num=sy-40

Anonyme a dit…

Vous dites ""Cette stagnation s'explique par un taux de mortalité des enfants de moins de 1 an qui ne diminue plus en France depuis trois ans ""

Or cela ne suffit pas. La meilleure preuve en est que ce n'était pas seulement la baisse de ce taux qui faisait monter l'espérance de vie.

Il suffirait pour s'en convaincre de comparer l'évolution de l'espérance de vie à un an.

Pierre Maura a dit…

@ Anonyme 2 : Tout à fait, j'ai été un peu vite en besogne (y en a qui suivent, ça fait plaisir). Mais si nous avons gagné près de 3 ans d'espérance de vie en 10 ans, c'est bien parce que nous parvenions à diminuer la mortalité infantile, c'était d'une certaine manière le moteur de nos gains en espérance de vie. Après je suis d'accord pour dire que cela n'est pas suffisant pour expliquer le phénomène de stagnation, mais cela y contribue quand même.