mercredi 7 janvier 2009

Homogamie sociale et inégalités

Le dernier numéro d'INSEE Première est consacré à une étude sur les inégalités de conditions de vie des enfants de couples et de familles monoparentales. Cette étude a été réalisée à partir des résultats de la campagne de recensement 2004-2007. Je rappelle ici que le recensement ne se fait plus en une fois tous les 7-8 ans, mais il est réalisé partiellement tous les ans (pour en savoir plus) de sorte que 9 à 10 millions de français sont recensés chaque année.

Au milieu d'une foule de renseignements très intéressants, un paragraphe a retenu mon attention plus que les autres. Il fait le lien entre l'homogamie sociale, c'est à dire le fait de "choisir" son conjoint dans la même catégorie sociale que soi, phénomène très important en France comme ailleurs, et reproduction des inégalités sociales. Les individus diplômés ont une forte probabilité de se retrouver en couple avec un individu diplômé, et inversement les individus non diplômés ont tendance à se retrouver ensemble. Or on sait que la réussite scolaire des enfants est corrélée avec le niveau de diplôme des parents et plus largement l'origine sociale (je ne rentre pas ici dans le débat sur les causes de la réussite différenciée des enfants de cadres et d'ouvriers : capital culturel et/ou stratégies individuelles des familles). Les avantages ou les désavantages se cumulent pour les enfants de ces couples : deux parents diplômés ou deux parents non diplômés, ce n'est pas la même chose. Attention à ne pas avoir une vision totalement déterministe de la chose : ce n'est pas parce que vos deux parents ne sont pas diplômés que vous échouerez forcément, on enferme pas les individus dans les statistiques.

Extrait

Les proximités sociologiques entre parents renforcent les inégalités entre enfants

Les couples se forment fréquemment entre deux personnes qui ont poursuivi des études similaires ou appartiennent aux mêmes catégories sociales. En conséquence, la présence ou l’absence d’atouts en matière de diplôme, d’emploi ou de catégorie socioprofessionnelle du père et de la mère ont souvent tendance à s’additionner, d’où de fortes disparités au sein des enfants vivant avec deux parents. Parmi ces enfants, 32 % vivent avec deux parents bacheliers alors qu’ils seraient 22 % si les couples s’étaient formés au hasard. À l’inverse, la proportion d’enfants des couples vivant avec deux parents non bacheliers (40 %) n’aurait été que de 28 % si les couples s’étaient formés au hasard.

À tout âge, la proportion d’enfants vivant avec deux parents occupant un emploi a augmenté, du fait de l’emploi accru des mères : 53 % en 2005, contre 49 % en 1999. En revanche, la part des enfants n’ayant, en leur foyer, aucun parent occupant un emploi n’a pas baissé par rapport à 1999 (un sur dix).

D’une part, toujours plus d’enfants vivent dans une famille monoparentale ; tandis que, d’autre part, toujours plus d’enfants ont leurs deux parents en emploi : ces deux évolutions tendent à accroître les inégalités entre les enfants. En 2006, le taux de pauvreté des enfants des familles monoparentales est de 38 %, contre 13 % pour les enfants des couples (5 % quand les deux parents travaillent).

3 commentaires:

Denis Colombi a dit…

Et pour comprendre pourquoi certains échappent aux statistiques, on peut se reporter à Lahire : les socialisations sont plus complexes qu'on ne le croit généralement.

Croucrouch a dit…

Parler d'un tel sujet en s'appuyant sur des statistiques est à mon (humble) avis une erreur.
Les statistiques sont établies par rapport à quoi ? Quelles sont les sources ? Quel échantillon ? L'homogamie et les inégalités qui en découlent sont un sujet intéréssant par ailleurs mais quel dommage d'utiliser systématiquement les mathématiques quand on parle de sociologie...

Pierre Maura a dit…

Oula, pas d'accord du tout. On a grand besoin de statistiques en sociologie, ne serait ce que pour dégager des régularités sociales, des permanences ou des évolutions. Et si l'ethnographe ne peut se faire statisticien et inversement, il faut bien se garder d'opposer quanti et quali. Ce que gagne l'ethnographe en rigueur et précision, il le perd en extension, et inversement pour le statisticien. C'est un faux débat, une "bataille contre les moulins à vent" comme dirait Stéphane Beaud et Florence Weber. C'est un peu comme si l'on vous demandait si vous préférez marcher sur votre jambe droite ou votre jambe gauche. Et on voit bien ici, grâce aux statistiques, les différences sociales d'existence entre familles monoparentales et couples. Et en ce qui concerne les sources et l'échantillon, comme je le précise dans le billet, on a pas trop de soucis à se faire : INSEE, recensement de la population.