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mercredi 3 septembre 2008

La rentrée litteraire

La rentrée littéraire ne concerne pas que les romans. Il y a également un nombre incalculable d'essais et d'ouvrages en tout genre qui paraissent à la rentrée. Parmi la première vague, j'en ai retenu cinq qui me tentent ou plutôt que j'aimerais bien qu'on m'offre :

Rayon sociologie

  • François Dubet, Faits d'école, EHESS, août 2008.

Sur la quatrième de couverture on peut lire : " L'école est un champ de batailles et de conflits plus ou moins feutrés. Quoi qu'il en pense et quoi qu'il en dise, le sociologue est dans cette bataille et y participe, même quand il veut s'extraire de la mêlée. " Par-delà les conflits d'intérêts et les querelles d'appareil, François Dubet pose son regard de sociologue sur les "faits d'école". Comment l'école s'inscrit-elle dans la société Que fait-elle aux individus ? Mutations, crises, débats et réformes sont passés au crible des pratiques et des expériences - celles des élèves et de leurs familles, celles des enseignants et des syndicats, et celles.du sociologue. Observant le monde de l'école, il décrypte ses disputes, analyse ses résistances et tente de comprendre ses explosions de violence. Loin de toute posture de surplomb, François Dubet revendique ici une sociologie de l'éducation engagée et offre une synthèse de ses réflexions et de ses combats. Voici un livre qui devrait permettre de penser l'école aujourd'hui et de donner à chacun une conscience plus claire des effets des politiques publiques.

François Dubet est aujourd'hui l'un des sociologues de l'éducation français les plus reconnus, aux côtés de Marie Duru-Bellat, Pierre Merle ou encore Agnès Van Zanten, tous dans des styles différents. M'est avis que les résultats de ses travaux sont toujours à lire, quoi qu'on en pense. A noter à la fin de l'ouvrage la présence d'une partie intitulée "Pourquoi ne croit-on pas les sociologues ?", ça donne envie d'en lire plus, forcément.

  • Patrick Hassenteufel, Sociologie politique : l'action publique, Armand Colin, août 2008.

Pourquoi cet ouvrage ? Parce que, bizarrement, si ma première rencontre avec P. Hassenteufel s'était bien passée, je ne serais certainement pas professeur de Sciences économiques et sociales aujourd'hui... Et parce que la sociologie politique est toujours passionnante !

  • Pierre François, Sociologie des marchés, Armand Colin, août 2008.

J'aime quand les sociologues s'attaquent au pré carré des économistes (j'aime aussi l'inverse, mais un peu moins, je dois le confesser). Sur la 4 de couv :

Les marchés, un objet sociologique ? Ce qui naguère aurait paru empiéter sur la " chasse gardée " des économistes est devenu une évidence et un enjeu majeur.Une évidence tant les réalités marchandes encadrent désormais toute réalité humaine. Un enjeu majeur tant la juste compréhension de ce qu'est un marché conditionne toute action politique et sociale. Les marchés assurent-ils la libre coopération de chacun, ou sont-ils fatalement instruments de domination et d'exploitation ? Les pratiques qui les portent relèvent-elles de calculs désincarnés, ou engagent-elles conventions et valeurs ? Qu'en est-il de l'omniprésence des marques, normes et labels divers ? De la violence des dynamiques concurrentielles ? Synthèse des travaux sur le sujet, ce livre propose une lecture originale des phénomènes marchands et retiendra l'attention de tous ceux pour qui les sciences sociales ont pour mission d'aider à décrypter le monde et à construire l'avenir

Dans le coin éco :

  • Jean-Louis Muchielli, La mondialisation : chocs et mesures, Hachette Supérieur, août 2008.

J-L Mucchielli est grand spécialiste d'économie internationale et ... le nouveau président de jury de l'agregation de sciences économiques et sociales. A ce propos le nouveau thème* pour 2009 est Economie et finances internationales. A bon entendeur...

*Pour info, trois thèmes sont proposés pour les écrits de l'agregation externe de SES, dont un est renouvelé chaque année.

En histoire sociale contemporaine

  • Elise Ovart-Baratte, Jean-Philippe Rigaud, Les Ch'tis, c'étaient les clichés, Calmann-Lévy, août 2008.

Pour rigoler, même si c'est certainement très sérieux. Voilà une nordiste qui en a marre de voir des boîtes à "hein" servir dans les campagnes de communication politique de sa région. Et je trouve ça fort intéressant :

Masochistes, les habitants du Nord et du Pas-de-Calais ? On le croirait bien.Ils aiment passionnément leur région, "braient" quand il s'agit de la quitter, et pourtant, ils sont les premiers à diffuser des clichés catastrophiques. Dernier avatar en date, le film de Dany Boon, Bienvenue chez les Ch'tis. Une comédie avec un cœur gros comme ça, gentille et humaniste. et qui, pourtant, enfonce le clou d'un Nord ouvert sur les autres mais replié sur lui-même, bourré de complexes.pour ne pas dire bourré tout court. Non, le Nord-Pas-de-Calais, ce n'est pas cela, proteste Elise Ovart-Baratte, jeune chercheur du Nord, qui, pour s'être étonnée que le Conseil régional ait accordé une subvention de 600 000 euros au film de Dany Boon, s'est fait sévèrement réprimander par son entourage. Aujourd'hui, elle persiste et signe en posant des questions qui fâchent : pourquoi cette région sait-elle si peu mettre en valeur ses innombrables atouts ? Pourquoi ses habitants se complaisent-ils dans une vision passéiste de leur région ? Dans un pamphlet salutaire et revigorant, Elise Ovart-Baratte fait valser les idées reçues en interrogeant l'identité d'une région longtemps méconnue et souvent méprisée.

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lundi 10 mars 2008

Monopole et monopsone

Le monopole et le monopsone sont deux structures de marché caractéristiques de la concurrence imparfaite. Le monopole, tout le monde connaît, c'est quand une entreprise est seule à offrir un produit sur un marché (La Poste et le courrier de moins de 30 grammes, la SNCF et le transport ferroviaire de voyageur, Microsoft et le système d'exploitation pour PC jusqu'à l'arrivée des plate-formes libres). Le monopsone est plus rare. C'est la situation inverse du monopole, c'est-à-dire une structure de marché caractérisée par la présence d'un seul acheteur. Je ne m'étais jamais posé la question pourquoi "pole" et pourquoi "psone". D'où viennent ces suffixes ? Je me doutais de leur origine grecque, mais ne savais pas exactement de quoi il retournait. J'ai la réponse :
- monopole vient du grec polein qui signifie vendre
- monopsone est issu de opsônein qui veut dire s'approvisionner.

Comme dit l'expression, je me coucherai moins con ce soir... et en plus je saurai quoi répondre à l'élève qui m'a collé aujourd'hui.

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lundi 24 décembre 2007

Noël, les Francais et la consommation.

Souvenez-vous, il y a à peine deux mois, Jean-Pierre Pernault vous garantissait que les Français allaient réfréner leurs envies de consommation pour Noël. C'était la faute au pouvoir d'achat, ou à la vie chère, au ras-le-bol du tout consommation. Bref c'était facilement prévisible. A coup de Robert Rochefort (sociologue, directeur général du Credoc) dans tous les articles pour la caution scientifique, on expliquait que cette année allait être synonyme de chute libre de la consommation par rapport aux autres années. Mais c'était sans compter sur les sournoises guirlandes électriques, les dindes et les sapins qui ne perdent plus leurs épines !

"Les français en ont marre de l'hyperconsommation"
Début Novembre, la nouvelle tombe, sous la forme d'une enquête d'opinion (miam!) réalisée par TNS Sofres, le chiffre est sans appel. Plus d'1/4 des Français sont décidés à moins consommer cette année pour Noël. Pour Robert Rochefort, c'est clair, "les Français en ont marre de l'hyperconsommation de Noël". On en parle un peu partout, sur France Inter Isabelle Giordano y consacre une brève dans son emission Service Public dans laquelle elle nous apprend, grâce à une autre enquête, que comme nos amis Américains les Français sont de plus en plus tentés d'offrir des "vouchers", ces chèques-cadeaux qui ont fleuris un peu partout. Et surtout qu'ils veulent de l'argent à Noël pour régler les dépenses courantes, et non plus des cadeaux. Moins de dépenses pour les cadeaux, les distributeurs s'étranglent...

Le bon filon cette année, c'était les guirlandes
Avant veille de Noël. Dans les gros titres du journal de France 2, nous sommes le 23 décembre au soir, le trés cher réveillon de Noël des Français, surtout si vous vous y êtes pris à la dernière minute. C'est bien connu, pressé par le temps, le consommateur de dernière minute perd toute sa rationalité et il est prêt à dépenser une fortune pour ce boa en peluche d'un vert immonde. Le chiffre tombe, les prévisions annoncent plus de 550€ de dépenses en moyenne par foyer pour Noël. Le budget "cadeau" en prend un coup par rapport à 2006, c'est vrai, mais par contre le budget "fête" explose. Le sapin qui ne perd plus ses épines (le Nordmann, mais s'il ne perd plus ses épines, est-ce toujours un vrai sapin de Noël ? Plus besoin du sac à sapin Unicef... raah), la guirlande étanche pour accrocher à la gouttière et faire enrager le voisin parce que la notre elle est plus belle d'abord, les petits santons made in Provence, tout ça explose, et finalement le chiffre de la consommation Noël n'est pas plus faible en 2007.

Mais d'où sort ce chiffre de 556€ ?
Une étude à la sortie des Ikea, Leclerc et autres Jardiland ? Que nenni, c'est le trés important cabinet Deloitte qui avait rendu public son étude internationale le 12 novembre dernier. Eh oui, c'est la même étude qui a servi début novembre à expliquer que les Français consommeront moins pour leurs cadeaux, et qui a servi hier au soir au JT de 20h pour expliquer que les Français consommaient quand même beaucoup pour Noël. De quand date alors précisément l'enquête ? Première semaine d'octobre : personnellement, le 2 octobre je ne savais pas où je passerai le réveillon, quels cadeaux je comptais faire, si mon balcon méritait vraiment sa guirlande...

C'est une petite blague : Pourquoi Dieu a-t-il créé l'économie ?
Pour que les prévisions météorologiques soient prises au sérieux.


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mardi 30 octobre 2007

Service après vente... des billets de blog

Petites vacances, petits billets... Comme les vacances des profs ça sert à travailler (oui, oui, vous avez bien lu !) le format des billets est raccourci pendant quelques jours. Voire même il risque d'y avoir une interruption de service vers la fin de la semaine.

La lecture de la presse quotidienne économique a ceci de bien qu'elle permet d'assurer le service après-vente des billets postés ici ou là.

Dans La Tribune d'aujourd'hui (30 octobre 2007) on peut lire une brève en page 10 qui vient compléter ma précédente note sur les jeux videos :

Sony pessimiste pour sa division jeux video ; Quelques jours après la publication des résultats de son 2e trimestre fiscal, marqué par la bonne santé de sa branche électronique, le groupe japonais a annoncé s'attendre à une perted'exploitation de sa division jeux video deux fois plus lourde que prévu pour l'exercice en cours, qui s'achève fin mars 2008. Cette perte devrait atteindre 605 millions d'euros contre 302 millions prévus initialement.


En page 6 du quotidien, la suite de la cession de Danone Biscuits à l'américain Kraft Foods que j'avais eu l'occasion de présenter cet été :

Danone signe la cession de son pôle biscuits à Kraft ; Danone a vendu à l'américain Kraft Foods son pôle biscuit et produits céréaliers (dont la marque LU), pour 5,3 milliards d'euros. L'opération aprouvée par le conseil dadministration de Danone avait été annoncée en juillet. Elle demeure soumise à certaines conditions, notamment au feu vert de la Commission européenne dont la décision est attendue le 9 novembre. L'es deux groupes entendent clôturer la vente d'ici à la fin de l'année.


Sur la même page, deux articles et un encart sur la grève à Air France. On y parle de l'inexpérience des syndicalistes pour expliquer la situation de blocage, ainsi que de la nécessité de mettre en place le service minimum dans le transport aérien. Autant dire que cela illustre plutôt bien le dernier post sur le blog Econoclaste : Pourquoi les medias sont ils biaisés. Je vous renvoie aux deux notes de juin dernier portant sur le service minimum et le droit de grève (note 1 et note 2).

A suivre...

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mercredi 3 octobre 2007

Microsoft, Halo3 et la théorie des marchés contestables


Lu dans Le Monde récemment : Avec "Halo 3", Microsoft joue son avenir dans le jeu vidéo. C'est un truc de fou, un jeu vidéo qui explose à lui tout seul tous les records de l'industrie culturelle en terme de ventes au jour de sortie, industrie cinématographique incluse (mais à l'exception du dernier tome de Harry Potter bien sûr !). Plus fort que Titanic, Le soldat Ryan, Le seigneur des Anneaux, Spiderman, etc... 170 millions de dollars en quelques heures. Tout ça pour un jeu dans lequel on est un super soldat qui tue de bêtes bizarres aux alentours en l'an 2100 et des brouettes. Et Le Monde nous dit que la branche Jeux Vidéo de Micro$oft risque joue son va-tout.

Effectivement, le marché des fabricants de consoles est particulier. On pourrait croire que si Microsoft, Sony ou Nintendo risquent leurs peaux de vendeurs de consoles, c'est parce que la concurrence est rude. D'autres en ont fait les frais, comme Sega, qui a quitté le marché après avoir produit sa dernière console, la Dreamcast, au début des années 2000 (si mes souvenirs sont bons). Mais est-ce vraiment de la concurrence ?

Concurrence pure et parfaite
Pour qu'il y ait concurrence pure et parfaite, il faut que le nombre d'acheteurs et de vendeurs en présence soit grand, que les produits échangés soient homogènes, que l'information soit transparente, et que l'entrée/la sortie du marché soit libre. Bon là, déjà, on est mal. Grand nombre d'acheteurs, ok, mais grand nombre de vendeurs... moi j'en compte que trois. Produits homogènes ? La Xbox360, la PS3 et la Wii sont loin d'être les mêmes consoles... il suffit de comparer les manettes de la Wii et avec celles des deux autres. Enfin, que celui qui sait là maintenant combien de polygones chacune des consoles est capable d'afficher à la seconde lève la main... personne, c'est bien ce que je pensais.

Marchés contestables
On doit à William Baumol la théorie des marchés contestables. En quoi cela consiste ? Est-ce que cela peut prouver que le marché des fabricants de consoles est concurrentiel ? Cette théorie élargie considérablement la conception même de la concurrence. En bref, elle postule que seule la dernière des conditions sus-citées est importante, à savoir la libre entrée et la libre sortie du marché. Et même surtout la libre sortie du marché. Si je regarde mon petit dico préféré je lis :
Les entreprises qui sortent après une tentative d'entrée ratée ne doivent pas risquer un montant de pertes trop important. Plus les coûts de sortie (c'est-à-dire les frais engagés pour se lancer sur le marché) sont faibles, plus les entreprises extérieures sont prêtes à tenter une entrée : le marché est contestable.

Et quand un marché est contestable, même s'il y a peu (oligopole) ou un seul producteur (monopole), ce dernier est obligé d'agir comme en situation de concurrence, car il n'est pas à l'abri d'un nouvel arrivant sur le marché. Baumol a donc démontré que la concurrence parfaite ne dépendait pas tant du nombre de producteurs que des conditions de contestabilité des positions dominantes.

On peut faire un parallèle avec notre Xbox360 et Halo3 : les coûts de conception de ces petites merveilles de technologie que sont les jeux et les plates-formes qui les font tourner sont exorbitants. Si on rajoute à cela le fait que les constructeurs vendent à perte leurs premières consoles (voir ici ou là) pour capter des parts de marché, et qu'en plus ils doivent faire face aux impondérables et autres problèmes techniques à coups de milliards de dollars, on se retrouve dans une situation où les coûts d'entrée sur le marché sont proprement rédhibitoire sauf à être une firme multinationale géante, et les risques encourus en cas d'échec économique clairement astronomiques. Ce marché est donc clairement incontestable.

De deux choses l'une...
A risquer leur peau sur un jeu, les marchands de machines vont forcément finir par faire le faux-pas qui les perdra. C'est un peu comme si on savait déjà qu'un jour Bill Gates (ou M. Sony ou M. Nintendo) mangera son Mikado (eh oui, Mikado... la petite faiblesse qui vous perdra. Bon d'accord, elle est nulle). Il n'y en aura plus que deux... et puis un jour il n'en restera qu'un. Ou comment la concurrence peut tuer la concurrence. Les gamers n'auront plus que leurs yeux pour pleurer, il n'y aura plus qu'une seule console, les trois seuls jeux coûteront le même prix que la machine... Autre solution : les trois finissent par conclure une entente pour assurer leur survie. Mais au final, le résultat sera le même pour les "petits joueurs" que nous sommes.

Sources : W. J. Baumol et alii, Contestable markets and the Theory of Industry Structure, 1982

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