vendredi 8 juin 2007

La Chine va-t-elle racheter la planète ?

Cette semaine, un petit article dans Les Echos passerait presque inaperçu... et pourtant le titre est ravageur : La Chine prête à racheter le monde. Comment est-ce possible ? La menace qui pèse sur l'économie mondiale est-elle avérée ? Le gouvernement chinois est-il en passe de bousculer durablement les (des)équilibres économiques mondiaux ? Quelques notions de macroéconomie pour comprendre les enjeux financiers de demain.

La plus grosse réserve de change du monde
Pour comprendre ce qu'est une réserve de change, un petit peu de théorie. Imaginons un pays avec trois secteurs institutionnels : les entreprises, les ménages et l'Etat. Chacun épargne de l'argent, chacun investit. Mais parmis ces trois agents, deux sont structurellement en besoin de financement, les entreprises et l'Etat : cela signifie que leur épargne ne suffit pas à couvrir leur investissement. Ils doivent emprunter. Ils empruntent auprès du troisième secteur, les ménages, qui eux sont en capacité de financement (Epargne > Investissement). Clairement, en 2005, les entreprises dégageaient un besoin de financement de 50 milliards d'€ et les ménages une capacité de financement de 53 milliards d'€. Oui mais voilà, les administrations publiques étaient elles en besoin de financement de 52 milliards. Notre économie nationale était donc globalement en besoin de financement. Que faire dans ce cas là ? Se tourner vers le reste du monde.

Les Etats-Unis ont ceci de particulier que les ménages consomment beaucoup et n'y épargnent quasiment pas. Plusieurs explications à cela : nombreuses facilités d'emprunt, marchés financiers particulièrement fluides, innovations financières qui font privilégier des actifs liquides... Les ménages dégagent donc, eux aussi, un besoin de financement. Quand tout le monde tire dans le même sens, le déficit se creuse et le besoin de financement des Etats-Unis vis-à-vis du reste du monde est colossal et continue d'augmenter. Les pays en capacité de financement achètent des obligations émises par les Etats-Unis. Le Japon a longtemps été le premier prêteur des Etats-Unis. Il a été doublé par la Chine, dont les réserves de change ne sont pas moins colossales (elles dépasseraient les 1200 milliards de $).

Le communisme n'est plus ce qu'il était...
Un peu d'ironie ça fait pas de mal. Comme le remarque justement Nathalie Halpern, la journaliste des Echos, Mao aurait surement profité de ce trésor pour déstabiliser le billet vert et par la même le capitalisme mondial. Mais la République populaire de Chine n'est plus ce qu'elle était. Aujourd'hui elle estime que le placement de ses réserves ne lui rapporte pas assez, et décide de créer un fond d'investissement afin de pouvoir prendre des participations dans des entreprises et investisseurs étrangers et améliorer la rentabilité financière de ses réserves. Le capitalisme semble avoir du bon pour Hu Jintao. Son premier achat : 10% de Blackstone, un puissant fond d'investissement américain. Avec 300 milliards de $ dans un premier temps, l'agence créée par Pékin pourrait acheter WalMart et GénéralMotors d'un coup !

De prêteuse des Etats-Unis, la Chine pourrait devenir "propriétaire de la planète" à en croire certains spécialistes, au risque de provoquer une guerre économique. Et pendant ce temps, les inégalités continuent de croitre au pays du soleil levant. Christian Noyer, gouverneur de la Banque de France, déclarait en juillet 2006 :
"Un Martien qui contemplerait aujourd'hui les flux d'épargne mondiaux ne pourrait manquer d'être étonné devant le spectacle qui s'offrirait à lui : celui de 1,2 milliards de Chinois "pauvres", avec un revenu moyen de 900 dollars par an qui, individuellement, prêtent chaque année selon les sources de 100 à 170 dollars – c'est – à – dire 12 à 20% de leur revenu - à des résidents américains, dont le revenu est quinze fois supérieur au leur".
Déjà que pour nous c'est dur à comprendre, pauvres Martiens...

1 commentaire:

Tefy a dit…

Un régime à parti unique, proprio de la planète ? ça n'augure rien de bon...