jeudi 10 janvier 2008

100

Et voila la 100e note. Je profite de ce non évenement (pourquoi la 100e note représenterait quelque chose et la 101e rien ?) pour à la fois vous souhaiter une très bonne année 2008 et lancer un petit coup d'oeil dans le retroviseur : le blog Comprendre a 9 mois (jour pour jour, c'est la fin de la gestation), plus de 10000 visiteurs uniques y sont passés pour lire plus de 25000 pages et laisser près de 200 commentaires, et vous n'avez jamais été aussi nombreux à vous abonner au flux RSS (Rester Scotchés au Site) qui compte désormais environ 230 "abonnés". Merci donc de votre fidélité.

Et une fois n'est pas coutume, je voudrais ici adresser des remerciements spéciaux à ceux qui ont permis de faire connaître ce site. On le fait rarement et pourtant la réciprocité c'est bien le principe du Web ; donc sans eux, point de salut puisqu'ils sont à l'orgine de 40% de vos visites :
- le site Rezo.net qui régulièrement indexe mes billets en bonne position
- Denis Colombi et son heure de peine, de la précision sociologique comme on en fait plus.
- Marjorie Galy et sa Toile SES, LE site de référence des profs de SES.
- Emmeline, Jean-Edouard et toute l'équipe du blog RCE, spécialistes de la chasse au canard.
- Gizmo, le gentil Mogwaï qui fait plutôt office de Maître Yoda pour moi. Je redoute le jour de la transformation en gremlins...
- et last but not least, Manuel Canevet, pour ceux qui en veulent toujours plus !

Grand merci à vous et bonne continuation !

[ironie]
A ceux que je ne peux citer (que voulez vous, c'est la méritocratie : il faut bien fixer où commence le mérite et où il s'arrete) considérez votre non présence dans la liste comme l'aiguillon de la concurrence qui devrait provoquer une saine émulation, et donc vous faire progresser dans la liste des gens qui m'envoient des visiteurs. Ne rigolez pas, c'est quasiment du Ludwig von Mises dans le texte.
[/ironie]

A bientôt.

Photo : My Eye sur Flickr

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mercredi 9 janvier 2008

Les basketteurs américains victimes de l'effet Tocqueville

...Ou quand les coupables parviennent à se faire passer pour des victimes.

Un article étonnant est paru le 8 janvier dans le quotidien Le Monde, à propos des basketteurs américains. La psychose gagne du terrain dans l'esprit des sportifs à mesure que les agressions dont ils sont victimes deviennent de plus en plus fréquentes. Comment peut-on expliquer et tenter de comprendre ce qui amène des citoyens américains à s'en prendre à leurs idoles ?

Sur la longue période, les écarts de revenus n'ont eu de cesse de diminuer. Or depuis quelques années, cet écart stagne. En France, le rapport interdécile - qui mesure les inégalités de revenus en rapportant le revenu le plus faible des 10% les mieux payés au revenu le plus élevé des 10% les plus pauvres - scotche entre 3,5 et 3,2 depuis maintenant une vingtaine d'années. Il faut comprendre que le revenus le plus faible des plus riches représente 3,2 fois le revenu le plus élevé des plus pauvres. Si vous voulez aller plus loin dans le rapport interdécile, allez faire un tour ici puis ensuite .

Lorsque les inégalités étaient incommensurables (entre un gueu et son roi, Louis VI le Gros, en l'an de grace 1123 par exemple), elles n'étaient pas forcément moins vivables, car la société n'était pas démocratique, ne pronait ni l'égalité des droits, ni celles des chances, encore moins celles des conditions. Le gueu se satisfaisait de sa condition puisque le bon Dieu l'avait voulu ainsi, c'était déjà bien aimable de la part de son suzerain de bien vouloir l'abriter dans sa basse-cour quand les voisins débarquaient dans la campagne.

La frustration relative
Aujourd'hui il en est autrement. Et bizarrement Alexis de Tocqueville avait prédit dès 1835 ce qui arrive aujourd'hui à nos stars des parquets américains. En effet, dans un cadre démocratique où les hommes sont sensés être semblables (un homme = une voix), les inégalités résiduelles sont insupportables. Ainsi on peut lire dans De la démocratie en Amérique :
Lorsque l’inégalité des conditions est la loi commune de la société, les inégalités les plus marquées ne frappent pas le regard ; mais quand tout est presque au même niveau, les plus légères sont assez marquées pour le blesser. Il en ressort que le désir d’égalité devient plus insatiable à mesure que l’égalité est plus complète.

L'égalité, plus on en a, plus on en veut. Or en 2006, parmi les 30 sportifs les mieux rémunérés au monde, 9 sont basketteurs, à plusieurs dizaines de milliers d’euros... par jours. Les basketteurs américains les mieux payés gagnent en une année l'équivalent d'un siècle de mon salaire actuel. Cela signifie que chaque jour ils touchent 3 à 4 années de mon salaire (ou du votre si vous vous situez aux alentours du salaire médian) ! Si ça c'est pas de "l'inégalité résiduelle". Pas étonnant que dans leur passion pour l'égalité, les citoyens américains que Tocqueville avait observé il y a deux siècles, finissent par s'en prendre à leurs joueurs de basket, de baseball, ou de football américain. Ah, il est loin le bon vieux temps, quand Larry Bird était MVP, et qu'il touchait 1 pauvre petit million de $ (c'était l'année de ma naissance !). Alors en prime, une petite image de collection (trouvée sur Flickr, évidemment).

Bientôt la suite : pourquoi les salaires de ces basketteurs sont socialement injustes.

Sources :
Pascal Giberné, La psychose des basketteurs de NBA, cibles d'agressions, Le Monde daté du 8 janvier 2008.
Eric Keslassy, Démocratie et égalité, Bréal, 2003.
Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique, 1830-1835.

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Devenir Media

C'est la traduction d'une partie de la célèbre formule "Don't hate the media. Become a media" dont je ne savais pas à qui attribuer la paternité avant de lire cet article sur Media Part. Inculte que je suis. C'est aussi le titre du dernier ouvrage de Olivier Blondeau et Laurence Allard. Universitaires, tous deux docteurs en science de l'information et de la communication, ils ont déjà à leurs actifs plusieurs articles remarqués. Pour ma part j'ai rencontré les travaux de Laurence Allard au début des années 2000 lors d'une enquête ethnologique que j'ai réalisé sur les cybercinéphiles, ces gens qui passent leur vie à commenter des oeuvres sur Internet.

S'il vous reste quelques sous après les cadeaux de Noël, et que vous avez envie de me faire plaisir (on peut toujours rêver, non ?), achetez moi Devenir Media.

Pourquoi je parle de ce livre ? Parce que le journaliste de MediaPart nous dit qu'il "donne au Réseau ce qui lui fait souvent défaut, la mémoire". Et ça, ça m'intéresse, ça me donne envie de le lire. Et connaissant déjà les travaux de Laurence Allard, ça me donne envie d'en parler. Très vite j'en parlerai plus (je ne vais pas attendre une ame généreuse pour me le procurer...), mais déjà vous pouvez en trouver le sommaire ici. Et je pense qu'il est susceptible d'intéresser quelques éventuels lecteurs de ce blog comme Manu, Valério ou Nicolas, qui ont fait de l'internet leur lieu de travail. Qui a dit que le progrès technique détruisait des emplois ? De la destruction créatrice, comme disait Joseph, de la destruction créatrice...

[Ajout du 15 janvier 2008 : une note de lecture est disponible sur www.liens-socio.org]

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lundi 7 janvier 2008

Sarkozy, les femmes et les personnes agées

Une petite réflexion concernant les résultats des sondages portant sur la cote de popularité de l'exécutif français, publiés ce matin.

La Tribune de Genève, bien informée, affirme que "la cote de Sarkozy s'effrite chez les femmes et les personnes âgées". Pourtant c'est précisément dans ces catégories que le vote Sarkozy avait été fortement majoritaire le 6 mai 2007, j'en parlais dans une note daté du 7 mai. Si la variable sexe n'était pas la plus clivante (52% de femmes, 54% des hommes avaient voté N. Sarkozy) la variable âge quant à elle revêtait un caractère tout à fait opératoire avec une population qui, passée la soixantaine, flirtait avec les 70% de vote Sarkozy.

Quand on sait que le vote systématique grandit avec l'âge (avant de décroitre après 80 ans, comme nous l'apprend l'INSEE dans sa dernière publication) et que la population va connaître un vieillissement sans précédent dans les décennies qui viennent(1/4 de la population aura plus de 60 ans en 2015, 1/3 en 2050), les gens de droite peuvent être rassurés. Quant aux autres, il risque de trouver le temps long...

Mais à court terme, le chef de l'Etat semble commettre une erreur stratégique, puisque ceux qui ont, en partie, fait son succès électoral, commence à lui tourner le dos. Et la Tribune de Genève de rajouter "l'«effet» Carla pèse sans doute sur une partie de l'électorat, qui n'imagine pas Carla Bruni jouer le rôle rassurant d'une Anne-Aymone Giscard d'Estaing ou d'une Bernadette Chirac."
No comment

A noter, pour remonter le niveau de ce billet, la publication dans le dernier numéro du Courrier des statistiques (INSEE) de deux notes de lectures très intéressantes :
- Les sondages : c'est pas sorcier - À propos de l'ouvrage « Les techniques de sondage », de Pascal Ardilly
- À propos de l'ouvrage collectif « Méthodes d'enquêtes et sondages - Pratiques européenne et nord-américaine »


Crédit photo : Fr@nçois sur Flickr

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lundi 31 décembre 2007

La participation électorale en 2007

Vite fait, en passant, pendant la trève des fêtes de fin d'année, je me permets de recommander la lecture de Insee Première n°1169 consacré à la participation des Français aux différents scrutins de 2007.

Rappelons aux allergiques de la politique que 2008 sera également une année électorale avec les municipales en mars. Il ne vous reste plus que quelques heures pour vous inscrire sur les listes électorales si ce n'est déjà fait.

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lundi 24 décembre 2007

Noël, les Francais et la consommation.

Souvenez-vous, il y a à peine deux mois, Jean-Pierre Pernault vous garantissait que les Français allaient réfréner leurs envies de consommation pour Noël. C'était la faute au pouvoir d'achat, ou à la vie chère, au ras-le-bol du tout consommation. Bref c'était facilement prévisible. A coup de Robert Rochefort (sociologue, directeur général du Credoc) dans tous les articles pour la caution scientifique, on expliquait que cette année allait être synonyme de chute libre de la consommation par rapport aux autres années. Mais c'était sans compter sur les sournoises guirlandes électriques, les dindes et les sapins qui ne perdent plus leurs épines !

"Les français en ont marre de l'hyperconsommation"
Début Novembre, la nouvelle tombe, sous la forme d'une enquête d'opinion (miam!) réalisée par TNS Sofres, le chiffre est sans appel. Plus d'1/4 des Français sont décidés à moins consommer cette année pour Noël. Pour Robert Rochefort, c'est clair, "les Français en ont marre de l'hyperconsommation de Noël". On en parle un peu partout, sur France Inter Isabelle Giordano y consacre une brève dans son emission Service Public dans laquelle elle nous apprend, grâce à une autre enquête, que comme nos amis Américains les Français sont de plus en plus tentés d'offrir des "vouchers", ces chèques-cadeaux qui ont fleuris un peu partout. Et surtout qu'ils veulent de l'argent à Noël pour régler les dépenses courantes, et non plus des cadeaux. Moins de dépenses pour les cadeaux, les distributeurs s'étranglent...

Le bon filon cette année, c'était les guirlandes
Avant veille de Noël. Dans les gros titres du journal de France 2, nous sommes le 23 décembre au soir, le trés cher réveillon de Noël des Français, surtout si vous vous y êtes pris à la dernière minute. C'est bien connu, pressé par le temps, le consommateur de dernière minute perd toute sa rationalité et il est prêt à dépenser une fortune pour ce boa en peluche d'un vert immonde. Le chiffre tombe, les prévisions annoncent plus de 550€ de dépenses en moyenne par foyer pour Noël. Le budget "cadeau" en prend un coup par rapport à 2006, c'est vrai, mais par contre le budget "fête" explose. Le sapin qui ne perd plus ses épines (le Nordmann, mais s'il ne perd plus ses épines, est-ce toujours un vrai sapin de Noël ? Plus besoin du sac à sapin Unicef... raah), la guirlande étanche pour accrocher à la gouttière et faire enrager le voisin parce que la notre elle est plus belle d'abord, les petits santons made in Provence, tout ça explose, et finalement le chiffre de la consommation Noël n'est pas plus faible en 2007.

Mais d'où sort ce chiffre de 556€ ?
Une étude à la sortie des Ikea, Leclerc et autres Jardiland ? Que nenni, c'est le trés important cabinet Deloitte qui avait rendu public son étude internationale le 12 novembre dernier. Eh oui, c'est la même étude qui a servi début novembre à expliquer que les Français consommeront moins pour leurs cadeaux, et qui a servi hier au soir au JT de 20h pour expliquer que les Français consommaient quand même beaucoup pour Noël. De quand date alors précisément l'enquête ? Première semaine d'octobre : personnellement, le 2 octobre je ne savais pas où je passerai le réveillon, quels cadeaux je comptais faire, si mon balcon méritait vraiment sa guirlande...

C'est une petite blague : Pourquoi Dieu a-t-il créé l'économie ?
Pour que les prévisions météorologiques soient prises au sérieux.


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