jeudi 27 novembre 2008

La ComptaNat, c'est de la balle !

La comptabilité nationale qu'est ce que c'est ? Vous avez toujours voulu tout savoir sur la construction des principaux indicateurs macroéconomiques ? Comment qu'on fait le PIB ? C'est quoi la principale fonction des ISBLSM ? Pourquoi un touriste allemand qui se fait couper les cheveux en France provoque-t-il de fait une exportation ? Toutes les réponses sont là : http://www.comptanat.fr

Francis Malherbe, expert chez Eurostat (l'équivalent européen de notre INSEE, c'est le service statistique de la commission européenne), a ouvert un site gratuit, sans pub, à l'ergonomie très carrée (mais pour un comptable national, quoi de plus normal ?) et visiblement hyper complet.

Bonne visite.

mercredi 19 novembre 2008

Et j'entends siffler la Marseillaise (Hugo Frais)


Non ce n'est pas une reprise d'Hugues Aufray. La Marseillaise sera-t-elle encore sifflée au Stade de France ce soir avant le match amical France-Uruguay ? C'est la question du jour semble-t-il, et c'est en passe de devenir un nouveau marronnier médiatique, à chaque fois que les Bleus jouent à Saint-Denis on n'y échappe pas. Est-ce que la sociologie peut permettre de comprendre quelque chose à ces sifflets ? Bonne question.

Anissa, aussi, a hué. Elle ne regrette rien. "Mais ça ne veut pas dire que je suis raciste des Français", clame-t-elle. "Je ne suis pas française, souffle Anissa. Si, de nationalité". Elle hésite, silence dans la classe. "J'en sais rien. Je ne sais pas ce que je suis. Je veux me considérer comme une Française, mais dès qu'on me traite de sale Arabe, ça me perturbe, ça me travaille." Sahra lui vient en aide. "On se sent plus français quand on est au bled, argue la jeune fille, parce que, là-bas, on nous prend pour des immigrés. Mais, ici, on est des Arabes." Anissa : "C'est vrai, on ne sait pas d'où on vient : t'es d'ici, de là-bas, nous sommes un peu de nulle part."

Toute la classe acquiesce. M. Tchicaya : "Quand vous dites "On nous traite d'Arabe, de sale nègre", qui est-ce, "on" ?" Sahra : "Les Français, les Blancs, qui se croient supérieurs." Sabrina, 16 ans, la plus ancienne, riposte. "Si, en France, on me pointe du doigt en disant que je suis arabe, où est le problème ?, débite-t-elle. Je ne veux pas choisir entre la France et mes origines, et quand on te dit "T'es une Arabe", il ne faut pas le prendre comme une agression. Tu es les deux à la fois !" Yacob : "Je respecte, mais moi j'ai choisi le Maroc." Puis, il médite : "Peut-être que ces sifflets vont créer encore plus de préjugés sur nous." "De toute façon, dit Anissa, les Français pensent que ce sont que les Arabes et les Noirs qui foutent la merde dans ce pays."


Ces témoignages (en plus de faire réfléchir le citoyen français blanc qui ne connaît pas les contrôles d'identité récurrents), sont particulièrement utiles pour comprendre ce qu'est l'acculturation. L’acculturation désigne l’ensemble des phénomènes qui résultent d’un contact continu et direct entre des groupes d’individus de cultures différentes, et qui entraîne des changements dans les modèles culturels initiaux de l’un ou des deux groupes. C’est un phénomène à la fois universel (toutes les cultures y sont confrontées, il n'existe pas de culture "pure") et permanent. L'acculturation a trois types de conséquences : l'adoption d'une nouvelle culture (assimilation), la combinaison de deux cultures (syncrétisme), ou encore la réaction (contre-acculturation). Nos petits collégiens sont de véritables cas d'école.

Bien qu'étant de nationalité française pour la plupart, ils ne se sentent pas intégrés à la société française, notamment du fait des discriminations et du racisme qu’ils subissent (« on me traite de sale arabe », « sale nègre », « préjugés », « les Français pensent que ce sont que les Arabes et les Noirs qui foutent la merde dans ce pays »).

Les élèves ont le sentiment d’être « entre deux cultures » : « on ne sait pas d'où on vient : t'es d'ici, de là-bas, nous sommes un peu de nulle part ». L’un d’eux souhaite clairement être assimilé à la culture française (« Je suis Française de nationalité, Je veux me considérer comme une Française »), mais face à la discrimination subie par les enfants français de parents immigrés, c’est une réaction qui se développe, plus qu’une adoption. La réaction peut se traduire par un retour à la culture d’origine : « Je respecte, mais moi j'ai choisi le Maroc », « je veux rester là-bas ». Sabrina, citée dans l'article, n’exprime ni une volonté d’assimilation (être uniquement considérée comme Française), ni un retour total vers sa culture d’origine qui traduirait une contre-acculturation. Au contraire elle plaide en faveur de la combinaison de ses deux cultures.

Enfin la réaction peut également prendre la forme de comportements contre-culturels, comme les sifflets lorsque l’hymne national, symbole de la France et de sa culture, est chanté. Cette contre-culture apparaît alors comme un refus actif de la culture dominante. Dans ces conditions, il semblerait que l'on prenne le problème à l'envers en menaçant de vider les stades.

Sources :
- "Le stade, c'est un des rares endroits où l'on peut encore manifester publiquement", Interview de William Nuytens, propos recueillis par Alexandre Roos, Le Monde, 15 octobre 2008

- Mustapha Kessous, « Ceux qui se sentent français, levez le doigt », Le Monde, 18 octobre 2008

Photos :
Empty chairs in Stade de France par WouteR

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