lundi 29 septembre 2008

Lundi noir et Bretton Woods

Ca va pas fort sur les marchés financiers. Le vote du plan Paulson est repoussé jusqu'à au moins jeudi... d'ici là, les places financières risquent de continuer la dégringolade et les faillites bancaires de se rapprocher de la France (voir les derniers rebondissements en Belgique et au Royaume-Uni). Mais faut-il encore le rappeler après les annonces du pompier-pyromane (La France a peur), petits épargnants pas de panique, votre livret A est protégé.

A lire au sujet du fameux slogan "on socialise les pertes, on privatise les profits", un billet sur le blog de mon collègue Arnaud Parienty.

Enfin je me posais la question après avoir entendu Laurent Fabius hier parler de "nouveau Bretton Woods" du sens de cette expression. Il me semble que François Hollande en avait parlé également lors de l'Université d'été du PS au mois d'août, avant que cela ne soit Nicolas Sarkozy qui reprenne à son compte l'expression. Le même Sarkozy qui viendrait de missionner Henri Guaino pour mettre sur pied cette réunion. Quoi qu'il en soit, les derniers à avoir appelé à un nouveau Bretton Woods, ce sont les très sectaires Larouchiste de J. Cheminade. Cela devrait vous mettre la puce à l'oreille.
J'avoue ne pas comprendre... et visiblement je ne suis pas le seul puisque Antoine B. du blog Optimum s'est posé la même question.

Et je me demande, si nouveau Bretton Woods il y a, quel rôle jouera notre Président : celui de John M. Keynes, Harry D. White ou P. Mendès-France ???

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jeudi 25 septembre 2008

Jedi's links [16]

Ça continue à parler de finance dans tous les coins.

Robert Sidelsky, Economie : adieu à la révolution néoclassique, sur Project Syndicate

Jacques Sapir, Sept jours qui ébranlèrent la finance, sur ARHV. Toujours pas compris pourquoi c'était sur ARHV que l'on trouvait cette superbe analyse de Jacques Sapir, mais c'est pas grave et même c'est tant mieux.

Au passage, sur le même blog (Actualité de la recherche en histoire visuelle), un petit post sympathique à propos de l'usage de la photo sur Facebook.

La note de veille n°109 du Conseil d'Analyse Stratégique se demande "le modèle social européen est-il soluble dans la mondialisation ?". Un beau sujet de Capes... c'est quoi le modèle social européen, est-ce que ça existe vraiment, c'est quoi la mondialisation, etc. La première partie est consacrée à la question de la protection sociale. La note n°110 sera consacrée à la question de l'emploi.

Encore merci aux collègues profs de SES qui repèrent tous ces liens. Je ne fais que du recyclage du travail des autres cette semaine.

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mercredi 24 septembre 2008

Mercredi c'est librairie

Petit tour hebdomadaire des rayonnages, et petite sélection : cette semaine la sociologie domine.

Je l'avais raté, le numéro 49-3 de RFS (la revue française de sociologie, rien à voir avec l'ancien article de la constitution) est consacré à la sociologie des réseaux sociaux et au capital social.

Les mémoires d'Edgar Morin dans un livre d'entretien. Mais si Edgar Morin, le penseur complexe de la "politique de civilisation" dont il était tellement question au nouvel an dernier.

Didier Lapeyronnie co-signe Ghetto urbain - Ségrégation, violence, pauvreté en France aujourd'hui. De la sociologie compassionnelle dirait les mauvais journalistes (et le rapport Guesnerie), mais de la sociologie quand même. De celle qui explique le monde dans lequel on vit.

Le sociologue Baptiste Coulmont, pionnier de la blogosphère sociologique, a participé à l'élaboration d'un manuel, Les courants contemporains de la sociologie, qui paraît aujourd'hui même aux PUF.

Et last but not least, enfin traduit en français, l'ouvrage de Mary Douglas et Baron Isherwoods The World Of Goods (ce qui donne en français, Pour une anthropologie de la consommation - Le monde des biens). Ecrit en 1979, cet ouvrage a fait date. Il réalise l'appariement entre économie et anthropologie cher aux professeurs de sciences économiques et sociales. Pour en savoir plus sur l'anthropologue britannique, la revue SociologieS vient tout juste de mettre à jour un article paru en 2006, à propos de l'analyse culturelle de Mary Douglas. Bon par contre je ne connais pas l'économiste Baron Isherwoods

Côté science politique, si vous préparez l'agreg de sciences économiques et sociales et que vous avez choisi la bonne option, deux ouvrages collectifs publiés par les éditions du CNRS : La communication politique et L'espace public. Si vous ne préparez pas l'agreg, ça doit être intéressant quand même.

Un peu d'économie. Dani Rodrick nous l'avait annoncé sur son blog, son livre Nations et mondialisation - Les stratégies de développement dans un monde globalisé vient de paraître aux éditions La Découverte.

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mardi 23 septembre 2008

Une sociologue à La Poste

J'étais jeune, j'usais les bancs de la fac de Nantes, je squattais la machine à café ou tenais mes permanences dans le local de l'Unef à la Censive (n'est ce pas Manuel ?), j'allais au cours de Marie Cartier (entre autres). Une normalienne au parcours royal : bac L, khagnes à H4, Normale Ulm, agrégation de lettres, une pelletée de DEA sous la direction de Christian Baudelot et de Florence Weber, qui dirigera également sa thèse sur la sociologie des facteurs. Elle est fraichement promue maître de conf à Nantes lorsque je suis ses cours. Et tiens, voila qu'elle "parle" dans le journal (La Voix du Nord) à propos de la recherche qu'elle a menée au sein de La Poste.

Marie Cartier, sociologue : « C'est un service public rendu quelle que soit sa condition sociale. »
mardi 23.09.2008, 04:58 - La Voix du Nord

Trois questions à Marie Cartier, sociologue, maître de conférence à l'université de Nantes et auteur de Les facteurs et leur tournée.

En quoi La Poste est-elle un service public particulier ?

« De tous, c'est celui qui est le plus proche des usagers. C'est un service à domicile, accessible, qui facilite la vie de tous et offre un lien plus familier. Le service postal est un service public populaire, surtout vis-à-vis de populations de plus en plus en marge. Ce service est rendu quel que soit le niveau de revenu ou la condition sociale. La symbolique est forte : même les plus pauvres sont reconnus à part entière. »

Mais ce service a déjà connu des changements ?

« En fait, le début de la modernisation date du début des années 80. Tout doucement, la personnalisation de ce service, par le facteur ou le guichetier, est remise en cause. Cette personnalisation repose sur la stabilité des tournées. Or La Poste a introduit un dispositif de mobilité. Et j'ai été frappée, quand j'ai mené mon enquête, de la tension que cela pouvait occasionner, notamment dans les grands ensembles urbains, quand le facteur ne connaissait pas les noms. L'un d'eux a répondu à une gardienne qu'il distribuait le courrier au numéro. Ça a été l'incompréhension. »

Le facteur d'hier n'est plus celui d'aujourd'hui ?

« Les agents de La Poste sont plus diplômés et certains ont d'autres intérêts, comme une carrière. Cela correspond bien à la politique délibérée de La Poste de transformer le métier de facteur, de guichetier, en des métiers plus commerciaux. Il faut bien présenter, donner une meilleure image... La Poste ne met plus en place de travail de "sociabilité" : avant les facteurs étaient d'anciens ouvriers ou paysans. Elle permettait une intégration sociale. »

C'était une autre particularité de La Poste ?

« Par rapport à France Télécom, ou EDF-GDF, La Poste employait plus encore de salariés d'exécution, peu diplômés, avec la spécificité d'offrir un statut d'agent de service public. Or le dernier concours pour entrer à La Poste remonte au début des années 90 et presque la moitié des salariés sont aujourd'hui contractuels. On ne parle que de réformes mais il faut d'abord se poser la question de la définition du service public comme service social. Il est important de garder des emplois protecteurs pour des jeunes qui galèrent. » • RECUEILLI PAR SOPHIE LEROY

Aller plus loin :
Marie Cartier, Les facteurs et leur tournée : un service public au quotidien, La Découverte, 2003.

Lire la note de lecture rédigée par Arnaud Parienty sur le site de la revue Idees, la revue des Sciences Economiques et Sociales.

Lire le billet rédigé par Frédérique de Fred&Ben sociobloguent, qui n'a rien à voir avec Marie Cartier, mais qui parle quand même de facteur et de tournée.

L'actualité de Marie Cartier : elle a participé à un ouvrage collectif consacré à la sociologie des individus conïncés entre classe populaire et classe moyenne(les "petits-moyens"). Il sorti en mars 2008 aux éditions La Découverte. La fiche est là

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lundi 22 septembre 2008

Pourquoi le Sénat est-il structurellement de droite ?

C'est la question que tout le monde se pose depuis hier... enfin presque tout le monde. Bon au moins quelques observateurs interessés par le fonctionnement de nos institutions. Depuis 1958 (naissance de la Ve république), le Sénat a toujours été à droite. Et quand De Gaulle a voulu le réformer par referendum, le Général a du démissionner. Ce n'était certes pas sous la pression des sénateurs, mais c'est pour dire que le Sénat est vraiment une institution.

Le Sénat à droite, la faute à qui ?
La faute à Mirabeau, l'Orateur du peuple, le révolutionnaire, celui qui ne sortirait "que par la force des baillonettes". En effet, le 14 décembre 1789, l'Assemblée Nationale vote une loi sur proposition du marquis de Mirabeau qui institue la commune comme le plus petit échelon administratif et qui vient recouvrir toutes les paroisses que compte la France, histoire que le pouvoir spirituel se trouve concurrencé par le pouvoir séculier. Aujourd'hui on ne compte près de 37000 communes en France. A titre de comparaison, il y a autant de communes en France que dans le reste des 14 pays de l'UE à 15.

Or les listes électorales pour les sénatoriales sont composées des députés, des conseillers régionaux, des conseillers généraux et surtout des représentants des conseillers municipaux. Vu le nombre hallucinant de commune en France, les représentants des conseillers municipaux composent 95% du collège electoral (142000 des 150000 grands électeurs). Si les socialistes ont bien raflés les Conseils généraux et Régionaux en 2004, et qu'ils ont connu une poussée aux municipales de 2008, il n'en reste pas moins que la France rurale reste durablement ancrée à droite. Parmi les 37000 communes françaises on en compte 33000 de moins de 2500 habitants.

Comme si cela ne suffisait pas, il n'y a pas eu de révision démographique depuis 1976 ! C'est-à-dire que depuis plus de 30 ans, le nombre de sénateurs élus dans chaque département n'a pas bougé. C'est une sorte de prime à la ruralité, qui désavantage les départements ayant connus une forte croissance démographique depuis plusieurs décennies. On peut lire ceci chez Paul Allies (Politiste et militant de la "convention pour la 6e république") :

Les conseils municipaux des communes de moins de 500 habitants (qui abritent 7% de la population) désignent 16% des grands électeurs. Celle des communes de 500 à 1500 habitants (15% de la population) 25%. Seules les villes comprises entre 1500 et 15 000 habitants sont à peu prés équitablement représentées. Mais la France urbaine (plus de la moitié de la population dans les villes de plus de 190.000 habitants) ne dispose que de 30,8% des délégués. Si l’on retient les départements comme base de la comparaison l’inégalité est tout aussi criante : la Creuse a un sénateur pour 65.000 habitants alors que le Var, un pour 271.000. Les départements les moins peuplés pèsent deux fois plus que les départements les plus peuplés.


La réforme de 2003
Elle aurait pu être le moment de réviser la répartition des sénateurs sur le territoire. A part quelques corrections à la marge, la répartition reste quasi-identique, malgré l'augmentation du nombre de sénateurs (de 328 il est passé à 331 en 2004, 343 en 2004, il atteindra 348 en 2011 quand la phase de transition induite par la réforme sera terminée). Le mandat des sénateurs a été abaissé de 9 à 6 ans et l'égibilité est maintenant fixée à 30 ans (contre 35 avant 2003). Les membres de la chambre haute seront désormais remplacés par moitié tous les trois ans (ils étaients remlacés par tiers tous les 3 ans). Sur les 343 sièges actuellement pourvus, le groupe UMP ne compte plus que 145 membres. Mais cela suffit pour conserver une majorité relative, et ce d'autant plus que les sénateurs centristes ont bien le coeur à droite (bien que le Sénat comprenne un groupe parlementaire regroupant à la fois des élus de la majorité et de l'opposition). Par contre, le prochain renouvellement a lieu en 2011 : certes après les régionales et cantonales, mais avant les prochaines municipales... ce qui signifie que le gros du corps électoral n'aura pas changé. Mais demain est un autre jour.

Photo par Hamza Hydri

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Régulation et réglementation

Il parait que la répétition c'est le début de la pédagogie. Je n'en suis pas si sûr, parce qu'on a beau répéter qu'il ne faut pas confondre régulation et réglementation, tout le monde se prend les pieds dans le tapis et on ne sait plus trop de quoi on parle. N. Demorand en interviewant Eva Joly ce matin même faisait l'erreur d'utiliser le mot français "régulation" dans son sens anglais, c'est-à-dire "réglementation". En avril dernier je publiais déjà un article pour évoquer le faux-amis. Je vous invite à y refaire un petit tour : c'est par là.

Maintenant vous comprendrez mieux Charles Wyplosz lorsqu'il écrit ceci :

Fin du laissez-faire ? Retour de la réglementation ? On en est loin. Evoquer le laissez-faire en matière bancaire consiste à s’imaginer le dix-neuvième siècle. Aujourd’hui, la profession bancaire est sans doute celle qui est la plus réglementée. La question n’est pas « réguler ou pas réguler », mais comment améliorer la réglementation actuelle. La crise a montré que la réglementation actuelle est mal conçue, peut-être même trop tatillonne. En tout cas bien trop complexe.
C. Wyplosz, "La fin du capitalisme ? Non, bien au contraire", Telos-eu.com, 19/09/08

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