jeudi 28 juin 2007

Paye tes résultats du bac !!!

C'est le moment de crier au scandale.

Voici un communiqué du SE-UNSA à propos du retour des marchands d'angoisse.

"Le SE-UNSA dénonce le caractère scandaleux des pratiques de certaines académies en matière de communication des résultats au baccalauréat. En effet, celles-ci communiquent à des entreprises privées les fichiers des résultats la veille de l’affichage dans les centres d’examen. Ces entreprises donnent alors un accès anticipé aux résultats aux candidats qui acceptent de payer leur service en ligne (3 euros dans les académies de Dijon, Versailles et Nantes par exemple).

Le SE-UNSA dénonce l’inégalité créée par ce système entre les candidats et rappelle le principe intangible de la gratuité d’accès aux résultats à des examens nationaux. Les jeunes et leurs familles n’ont pas à supporter le coût de la sous-traitance au privé de la communication de ces résultats.

Le SE-UNSA exige du ministère qu’il fasse immédiatement cesser ces pratiques indignes du service public d’éducation."



Du côté de la FCPE, on dénonce le fait que les candidats au bac soient sollicités par de la pub via SMS :
"D’autres rectorats, eux, ont visiblement cherché à favoriser l’exploitation commerciale en ligne des résultats par des entreprises privées, en retardant l’affichage des résultats devant les établissements, pratique proprement scandaleuse. Ils ont alors invoqué une « licence nationale signée avec des opérateurs privés ».

La FCPE veut savoir s’il existe une convention au niveau national entre le ministère de l’Education nationale et de telles entreprises commerciales et quels en sont les termes exacts.


Dans certaines académies, les candidats vont aussi recevoir des messages écrits sur leurs téléphones portables pour les inciter à aller consulter les résultats sur des sites marchands. Comment ces entreprises ont-elles obtenu les numéros de téléphone portable des candidats, qui sont parfois mineurs ?"

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dimanche 24 juin 2007

La philantropie de Bill Gates vue par Robert Barro

Il y a quelques jours, Bill Gates s'est vu décerner le Doctorat Honoris Causa de Harvard, après avoir reçu le même prix honorifique de l'Université de Qinghua en avril dernier. Dans son discours, l'ex-petit génie devenu l'homme le plus riche du monde a reconnu que jusqu'à maintenant, son oeuvre avait surtout profité aux actionnaires de Microsoft... et à lui-même !!

En créant la Bill and Melinda Gates Foundation, il a assuré qu'il était temps pour lui de rendre. Fini l'égocentrisme, M. Gates veut oeuvrer pour le bien de la société.

Pour Barro, Gates se fourre le doigt dans l'oeil !
Rattaché à la Nouvelle Economie Classique (encore plus radicale que les monétaristes), Robert Barro est économiste à l'université de Harvard. Il a publié récemment dans le Wall Street Journal un article pour nous donner sa thèse quant à la meilleure façon pour Gates de distribuer sa fortune. Et ça vaut le détour !

Selon Barro, n'importe quel calcul montrerait que l'action de Bill Gates en tant que businessman a beaucoup plus fait pour la société que ce qu'il sera capable de faire en distribuant sa fortune personnelle, estimée entre 60 et 90 milliards de dollars. La richesse créée par Microsoft ne peut se résumer aux quelques 13 milliards de bénéfices dégagés en 2006 par l'entreprise, mais elle doit englober la richesse créée par les entreprises utilisatrices de Windows. En effet, Barro part du principe qu'un entrepreneur est prêt à payer Windows 50$ parce qu'il anticipe le bénéfice qu'il va pouvoir tirer de l'utilisation de ce logiciel (forcément supérieur à 50$, sinon il n'y aucune raison de l'acheter). De cela, Barro déduit que Microsoft, en diffusant Windows, participe indirectement d'une création de richesse qu'il évalue à hauteur de 1000 milliards de dollars, soit 10 fois plus que la fortune de Gates.

Aider les pauvres ? Quelle drôle d'idée !
A quoi bon mettre 90 milliards sur la table afin de faciliter la distribution des médicaments en Afrique ??? Une goutte d'eau dans l'océan des aides publiques déjà existantes, semble oser dire R. J. Barro. Finalement il estime que Gates aurait plus vite fait de distribuer un chèque de 300$ à chaque américain, voire de donner sa fortune au Trésor en vue du désendettement de l'Etat.

De plus Barro estime que la réduction de la pauvreté dans le monde, en particulier en Chine et en Inde, est due à l'ouverture des marchés et à l'adhésion au système capitaliste. C'est pas plus compliqué que cela. L'Afrique ferait bien de suivre ce modèle si elle souhaite sortir la tête de l'eau, d'autant plus que les aides publiques finissent souvent par y alimenter les réseaux de corruptions.


Un poil cynique, le Barro...
...et un peu à côté de la plaque. Pour commencer, on achète rarement Windows volontairement, il est quasiment installé d'office dans les PC, on en paye simplement le prix. Barro a-t-il alors vraiment raison de croire que les consommateurs optimisent ainsi leur satisfaction en achetant Windows... Je doute. D'un côté Microsoft occupe une position de quasi monopole, au marché peu contestable, qui limite de fait les choix des acteurs. De l'autre le combat que livrent les irréductibles du logiciel libre prouve bien que tout le monde n'a pas la même conception de la valeur sociale d'un tel système d'exploitation.

Ensuite il semblerait qu'il prenne à l'envers le problème de la corruption et de l'inefficacité de l'aide publique vers les pays en voie de développement. On ne peut que partager le constat de la corruption. Mais faut-il cesser d'aider les populations à ce seul titre ? Peut-on raisonnablement croire que l'ouverture des marchés et le capitalisme sont les seuls remèdes pour réduire les inégalités à l'échelle de la planète ? (Lire le papier de P. Krugman sur Telos à ce sujet). Si l'économie de marché permettait de lutter contre la corruption, cela se saurait. Le capitalisme est un système économique qui peut exister indépendement du système politique dans lequel il s'inscrit... qu'il soit démocratique ou non.

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vendredi 22 juin 2007

A propos du service minimum et du droit de grève (2)

Une petite idée reçue sur la grève
Contrairement à ce qu'on pourrait penser, on a jamais fait si peu grève en France. C'est un phénomène de long terme, le nombre de jours de grève par travailleur et par an diminue continuellement en France. A part des pics en 1995 et en 2000, le nombre de jours de grève diminue de manière continue dans le secteur privé. On remarque plusieurs choses lorsqu'on dépasse les apparences d'une vision macro de ce phénomène.

Moins de jours de grève, mais plus de conflictualité
La DARES a récemment mis en avant le fait que les conflits étaient plus nombreux et plus diversifiés. La conflictualité du travail s'est intensifiée au cours de la dernière décennie. Les conflits ont davantage porté sur les salaires et sur le temps de travail. Et si les arrêts de travail (grèves et débrayages) demeurent un mode d'action collective fréquent, d'autres formes, comme le refus d'heures supplémentaires et la pétition, ont davantage progressé. Les conflits individuels sont aussi plus nombreux.

Solidarité public/privé
Le nombre de jours de grève diminue surtout dans le secteur privé, pourquoi ? Ce n'est pas parce que les fonctionnaires sont des feignants, comme on peut l'entendre au café du commerce, mais parce qu'ils sont juridiquement plus protégés. En faisant une analogie avec la théorie du marché du travail de Assar Lindbeck et Dennis Snower, il y aurait les insiders, protégés, et les outsiders, exposés. Leur théorie ne s'applique pas précisément au clivage public/privé, et ils mettent en avant une rivalité entre insiders et outsiders. Mais cette distinction peut quand même être réutilisée ici, on peut penser que le nombre de jours de grève en chute dans le privé, et stable dans le public, avec un taux de syndicalisation beaucoup plus important dans le public, sont des signes du fait que les droits sociaux des travailleurs ne sont pas aussi bien respectés dans le secteur privé. Et dans les faits, la DARES réalise régulièrement des enquêtes sur des licenciements de délégués syndicaux... On peut clairement penser que les salariés du public compenseraient l'impossibilité de mobilisation des salariés du privé. Et là encore, dans les faits, si l'on remonte aux grèves de 1995 (oui ça fait 12 ans déjà), l'opinion publique - si tant est qu'elle existe - recevait plutôt bien les blocages de la SNCF et des routiers.

Le conflit n'est pas une réaction anormale
Pour l'auteur allemand Georg Simmel (1858-1918), le conflit est une composante normale de toute vie en société : "loin de se confondre avec une cause de dysfonctionnement désastreuse, le conflit est une source de régulation qui traverse et structure une multitude de champs et de formes sociales (…), il structure les relations collectives et renforce, quand il ne crée pas, l’identité sociale". Le conflit est donc à la fois une forme et un facteur de socialisation, c'est-à-dire qu'il permet à l'individu de s'intégrer dans un groupe social. Il amène des individus qui n'auraient jamais eu de relation sans le conflit à se rassembler. Bref, il a une fonction bien particulière dans l'assurance de la cohésion sociale. Pourtant le sens commun pourrait nous amener à croire que le conflit est destructeur de ce lien social. Mais il n'en est rien.

Le vote à bulletin secret lors des grèves, ou la tyrannie de la majorité
Une des innovations du projet de loi consiste en l'instauration d'un vote à bulletin secret au bout de 8 jours de conflit. Or la grève n'est pas forcément un phénomène majoritaire lorsqu'elle se produit. Elle est parfois le fait d'une minorité qui souhaite, au sein de l'organisation, faire entendre sa voix. Selon Albert O. Hirschman, il y a trois modalités de réponse face à une situation répressive : l'exil (exit), la protestation (voice), ou la collaboration (loyalty). Si une majorité choisit de se taire ou de quitter les lieux, elle n'est pas forcément hostile à ceux qui osent donner de la voix. Mais si un conflit dure huit jours (ce qui est un long conflit), c'est que les racines du malaise au travail sont profondes, tous les spécialistes des conflits du travail le disent. Or un vote à bulletin secret pourrait permettre à ceux qui ne prennent pas part au conflit de terminer celui-ci, et ce sans garantie que les choses changeront à l'avenir.

Je vois déjà les plus énervés d'entre vous me répondre : le vote c'est la démocratie. Je reproduit simplement ici un passage d'un texte classique parmi les classiques (tellement classique que c'est la première fiche de lecture réalisée par Bernadette pour Jacques C. lorsqu'ils entrèrent à Sciences Po) :

Lorsqu'un homme ou un parti souffre d'une injustice aux États-Unis, à qui voulez-vous qu'il s'adresse ? À l'opinion publique ? c'est elle qui forme la majorité; au corps législatif ? il représente la majorité et lui obéit aveuglément; au pouvoir exécutif ? il est nommé par la majorité et lui sert d'instrument passif; à la force publique ? la force publique n'est autre chose que la majorité sous les armes; au jury ? le jury, c'est la majorité revêtue du droit de prononcer des arrêts: les juges eux-mêmes, dans certains États, sont élus par la majorité. Quelque inique ou déraisonnable que soit la mesure qui vous frappe, il faut donc vous y soumettre.[...]
Je ne dis pas que dans le temps actuel on fasse en Amérique un fréquent usage de la tyrannie, je dis qu'on n'y découvre point de garantie contre elle, et qu'il faut y chercher les causes de la douceur du gouvernement dans les circonstances et dans les mœurs plutôt que dans les lois.

Tocqueville A. de, De la démocratie en Amérique, 1835
Alexis de Tocqueville craignait la tyrannie de la majorité... il avait bien vu.

Sources :
  • Hirschman A. O., Exit, Voice, and Loyalty: Responses to Decline in Firms, Organizations, and States, Harvard University Press, 1970.
  • Hirschman A. O., Défection et prise de parole, 1995.
  • Lindbeck A., Snower D.J., The Insider Outsider Theory of Employment and Unemployment, The MIT Press, Cambridge, Massachusetts, 1988.
  • Simmel G., Le Conflit, 1912, (Circé, 1995).
  • Tocqueville A. de, De la démocratie en Amérique, 1835, 1840, (Gallimard Folio, 1996)

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jeudi 21 juin 2007

A propos du service minimum et du droit de grève (1)

Le Président est revenu hier, lors d'une interview assez surprenante par ailleurs, sur la question du service minimum dans les transports. Aujourd'hui les partenaires sociaux rencontraient le ministre du travail pour se voir présenter l'avant-projet de loi "sur le dialogue social et la continuité du service public de transport". Mais cet avant-projet devrait rapidement devenir un projet, puis une loi : il sera présenté au Conseil d'Etat dès ce soir, son retour en conseil des ministres est prévu pour le 3 juillet, et une adoption éclair par le Sénat et l'Assemblée Nationale dans la foulée, pour une application au 1er janvier 2008. Dans l'immédiat c'est donc le service minimum... de la concertation.

Droit de grève
C'est en 1864 qu'une loi va reconnaître le droit de grève, et en 1884, à l'initiative du nantais Pierre Waldeck-Rousseau, la liberté de constituer des organisations syndicales. C'est donc l'abolition de la loi Le Chapelier et le décret D'Allarde qui interdisaient les coalitions depuis 1791. Mais la grève, sous la IIIème République, est toujours considérée comme une rupture du contrat de travail, donc un motif de licenciement de fait, et souvent réprimée par la force de façon violente. La véritable reconnaissance du droit de grève tel qu'on le connait aujourd'hui, il faut attendre la libération pour l'avoir. En effet, il sera inscrit dans le préambule de la constitution de 1946, puis repris dans celle de 1958.

Aujourd'hui (et depuis un certain temps) on nous parle de service minimum. Il faut savoir que celui-ci existe déjà, dans certains secteurs. Les fonctionnaires de police, de l'administration pénitentiaire, des transmissions du ministère de l'Intérieur, de la magistrature, ou de l'armée n'ont purement et simplement pas le droit de faire grève. Les personnels de santé ou du contrôle aérien par exemple, ont bien le droit de grève mais ils font l'objet de réquisition par les Préfets pour assurer la continuité de service. Et cette continuité de service, même dans les trasnports, est un des piliers du service public en France : même les jours de grève, les trains roulent à la SNCF. On a jamais vu ces 10 dernières années le réseau ferroviaire complètement bloqué. Et surtout, les plans de circulation sont communiqués dans les gares. Mais les ministres ne semblent pas informés de cela...

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Vaguelette bleue, mais têtes grises

Louis Chauvel, sociologue qui ira loin (il est déjà bien parti), décrypte le talon sociologique des nouveaux députés et alerte sur le fait que le fossé générationnel qui se creuse dans la société se retrouve de la même manière à l'Assemblée Nationale. Très bon papier paru dans Le Monde daté du 21 juin, dont je ne peux que vous conseiller vivement la lecture. Quelques chiffres pour bien comprendre l'ampleur du phénomène :

  • "pour la première fois, les plus de 55 ans représenteront une majorité absolue : 59 % contre 48 % en 2002"
  • "l'écrasante suprématie législative des jeunes seniors de 55 à 64 ans pose question : 48 % dans l'Assemblée de 2007, 8 points de plus qu'en 2002, 24 de plus qu'en 1981."
Pour lire l'article, et en attendant que L. Chauvel le mette à disposition sur son site : >>> cliquez ici

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mercredi 20 juin 2007

De la communication en politique

Le dernier clip de campagne de Hillary Clinton vient de sortir sur le net. On la voit, avec son président de mari, dans un de ces millions de restaurants typiques qui parsèment les Etats-Unis d'Amérique, ça sent le "cliché" (en anglais dans le texte). Hillary ne sait pas quelle chanson choisir sur le juke box du bout de la table, pendant que Bill regarde son assiette un peu désolé par ce qu'il y trouve.



Nous y voila, la politique 3.0, vous voulez savoir quelles chanson Hillary va choisir ?? Mais choisissez vous-même ! Allez voter... C'est ce qu'ont fait des millions d'américains. Ma chanson est la votre, mon avis est le votre, mon projet est le votre. Ca rappelle quelque chose. Nous sommes bel et bien passés d'une démocratie de parti, de projet, à une démocratie d'opinion. Et l'utilisation du net version 2.0 est là pour l'illustrer parfaitement.

La mise en scène est digne de la meilleure série américaine (d'ailleurs les connaisseurs des Sopranos devraient apercevoir quelques clins d'oeil). Et le résultat est tombé hier :



Tout ça pour choisir Céline Dion... pffff, ça valait bien la peine.

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