jeudi 6 décembre 2007

Le sexe des étudiants

On a parlé récemment des étudiants des universités qui se sont mobilisés (ou pas) contre la récente loi relative à l'autonomie des universités. On en a parlé même beaucoup, parfois en bien, souvent en mal, mais qui sont-ils vraiment, ces étudiants de 2007 ? On m'a demandé tout récemment dans une discussion pourquoi "y a que des filles en lettres et que des garçons en sciences économiques ?". La réalité statistique est plus nuancée que cela, même s'il est vrai que certaine filière sont toujours fortement féminisées alors que d'autres le sont beaucoup moins. Alors voila quelques petites précisions sur la composition des filières.

Alors que des filles en lettres ? Presque... Selon les chiffres de la Direction des Etudes et de la Prospective (et de la Performance, mais ce dernier P est récent) elles seraient entre 70% et 75% selon les filières (Lettres, Langues, Sciences humaines et sciences sociales). Mais cela nous donne tout de même près d'une étudiante sur quatre qui est en réalité un étudiant, ce qui n'est pas négligeable.

Que des mecs en éco-droit ? Que nenni. Plus de 51% de filles en Economie, plus de 59% en AES (Administration Economique et Sociale), et près de 65% en Droit et sciences politiques. Par contre il est vrai que les filles sont minoritaires du côté des sciences dites "dures". C'est vrai en Maths-Physique-Chimie (31%) mais pas en sciences naturelles (biologie géologie). Autre filière où les filles sont encore minoritaires, STAPS (Sc. et techniques des activités physiques et sportives) avec un taux de féminisation de la filière à 41%.

Mais le plus intéressant est peut-être de différencier les niveaux de ces différents cursus universitaires. Entre le niveau Licence (Bac+3), Master (Bac+5) et Doctorat (Bac+8) il y a de fortes disparités. Les femmes s'évaporent au fur et à mesure qu'elles avancent dans leurs études. Plusieurs causes à cela. Si le nombre de femmes dans les études supérieures ne cessent de croitre, il est normal qu'il y en ait relativement plus dans les premières années, en espérant qu'au fil des années elles viennent grossir les rangs des niveaux supérieurs. Mais je ne crois pas trop à cet effet. Je penche plutôt pour un effet d'autosélection des femmes, renforcé par une anticipation de la "carrière familiale" encore très présente dans les mentalités. Les filières étant toutes sélectives à partir du Master 2 (et une bonne partie avant), on peut imaginer une discrimination : à niveau de diplôme égal, à âge égal, un candidat masculin serait préféré à une candidate.

Probablement existe-t-il des enquêtes qui pourraient permettre d'approfondir cette question de l'évaporation féminine dans les études supérieures, notamment du côté de l'OVE (et si vous avez des références, n'hésitez pas à les poster dans les commentaires). Le droit est une discipline particulièrement éloquente sur cette question : quand les étudiants en Master sont pour les 2/3 des étudiantes, il n'en reste "plus que" 48% en doctorat.

Il n'en reste pas moins que les filles restent majoritaires dans le système universitaire français (56%) alors que, contrairement aux idées reçues, il n'y a pas plus de filles que de garçons dans la classe d'âge concernée. Il nait en France, 51 garçons pour 49 filles. Mais si elles sont depuis près de quarante ans plus nombreuses à avoir le bac que les garçons, elles sont 57,4% en cursus Licence, 56,4% en cursus Master, plus que 46,9% en Doctorat, 40% parmi les Maîtres de Conférence, 17,9% parmi les Professeurs d'Université, et moins de 10% parmi les Présidents d'Université... Cela fait réfléchir.

Source :
Repères et références statistiques 2007, "Les étudiants", pp 182-183, DEPP.
"Carrières scientifiques et universitaires : à quand l'égalité Hommes/Femmes", Actes du coloque, 15 octobre 2003, Paris.

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mercredi 5 décembre 2007

Ne soyons pas simplistes

Aux visiteurs qui ne passeraient pas leur temps sur les blogs qui parlent d'économie, je conseille toutfois la lecture chez RCE de ce post très intéressant sur la question du pouvoir d'achat.
Mais encore plus intéressant, ce commentaire pétri de "bon sens" et posté par un courageux anonyme, et cette réponse magistrale , titrée "J'éclaire le débat public et c'est ma joie" (j'adore !).

Régalez-vous !

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mardi 27 novembre 2007

Rapport Olivennes, à la benne !

Le titre est un peu racolleur, il est vrai. Mais que voulez vous ? Le rapport Olivennes - du nom du PéDéGé de la Fnac - sur le piratage sur internet provoque un tollé, et pas seulement chez les associations de consommateurs et d'utilisateurs du Web. Les économistes bloggers ont laché les chiens sur le texte qui plaisait tant à Patrick Bruel et ses amis. Pour y voir un peu plus clair, j'ai recensé une bonne partie des notes qui en parlent :

@ Regards croisés sur l'économie : De Rackham le Rouge à Loïc, 11 ans
@ Notes d'un économiste : Le rapport de la mission Olivennes
@ L'éconoclaste : Le plus vif d'entre nous

Moins économique, mais non moins expert, le très bon Ratiatum :
Le rapport décrypté point par point

Et toujours sur Ratiatum, le très croustillant :
Petits mensonges de Denis Olivennes

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lundi 26 novembre 2007

et ils pompaient...

Un peu d'humour dans ce monde de brutes... Vous l'avez peut-être déjà reçu dans vos boites mails, mais je ne résiste pas à l'envie de le partager. Monsieur Olivennes, je suis désolé mais je n'ai pas trouvé qui était l'auteur de ce très bon document. Je ne peux donc pas le retribuer.

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mercredi 21 novembre 2007

Du luddisme à la SNCF ?

Ce matin l'info en tête de gondole c'était le "sabotage coordonné" de lignes grande vitesse aux quatre coins de la France (ou plus précisément de l'étoile ferroviaire). Comme un non dit, le doute planait : était-ce des cheminots qui avaient volontairement dégradé leur propre outil de travail (encore que les infrastructures ferroviaires sont entretenues par Réseau Férré de France, mais on ne va pas rentrer dans les détails) ? La dégradation de l'outil de travail, le luddisme, n'est pourtant pas dans la culture ouvrière française, et encore moins dans la culture cheminotte, très attachée aux machines et aux voies. D'ailleurs le mot "Cheminot" qui apparait dans la deuxième moitié du XIXè siècle désignait précisément ceux qui construisaient et entretenaient les voies, les chemins de fer. Et aujoud'hui le terme désigne tout employé de la SNCF, roulants comme sédentaires. Petite histoire du luddisme, et retour sur la notion de sabotage...

Du sabotage...
Il est assez curieux que la direction de la SNCF ait employée le terme de "sabotage" pour décrire les exactions commises cette nuit. Historiquement le saboteur était un employé des chemins de fer qui, dans les gares de triage, posait des sabots de bois sur les voies pour ralentir le mouvement des wagons lorsqu'ils n'étaient pas accrochés à une loco. Toujours dans l'histoire des chemins de fer, l'action de sabotage (au sens où on l'entend aujourd'hui) consistait pour les cheminots résistants à l'occupant pendant la seconde guerre mondiale, à dégrader les infrastructures ferroviaires de manière à empêcher la déportation de juifs, à retarder le ravitaillement des occupants, etc. Cf la photo qui illustre le billet. A l'heure où Nicolas Sarkozy met en avant le courage du jeune résistant communiste Guy Môcquet, il est curieux qu'un terme qui, de plus, trouve une connotation positive dans l'histoire des chemins de fer se retrouve utilisé pour qualifer les dégradations. Les "casseurs" assimilés à des "héros résistants", seraient opposés à la réforme des régime spéciaux, donc en résistance contre le gouvernement ? L'emploi du terme à rajouté à la suspicion. Mais il faut bien reconnaître qu'il n'existe pas énormément de synonymes, donc de solutions alternatives pour les nommer.

... au luddisme.
Casser son outil de travail, cela porte un nom, c'est le luddisme. Tiré du nom de Ned Ludd, ouvrier du textile en Grande Bretagne en pleine révolution industrielle, qui aurait détruit des métiers à tisser, les machines étant accusées de détruire des emplois. On retrouve ici la peur du machinisme et plus globablement des innovations technologiques, idée que Joseph Alois Schumpeter a combattu en affirmant que le processus d'innovation consistait en une destruction-créatrice (ou création-destructrice mais c'est un autre débat). Les destructions d'emplois sont compensées par des créations nouvelles liées précisément aux nouvelles technologies, en amont comme en aval de celles-ci (il faut des gens pour les construire, les faire fonctionner, les entretenir, et pour assurer des débouchés nouveaux offerts par l'arrivée de ces machines). Mais le luddisme n'est guère employé en France, si ce n'est la révolte des canuts à Lyon en 1831, lorsque les tisseurs font arrêter les métiers à tissers parfois par la force.

Détruire l'outil de travail est un moyen d'action exceptionnel, qui est utilisé lorsque la négociation est totalement bloquée, et que les autres moyens de contestation ont tous été utilisés (souvenez-vous les salariés de Cellatex menaçant de faire exploser leur usine de produits chimiques et d'entraîner ainsi la pollution extrême d'une rivière dans les Ardennes). Or le round de négociations ne fait que commencer à la SNCF. On peut alors se demander à qui profite le crime... et rappeler que pour l'instant, rien ne prouve que ce sont des cheminots qui ont saccagé les LGV.

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mardi 20 novembre 2007

petite réaction à chaud à propos de Cdanslair

Un billet au ton un peu plus personnel qu'à l'habitude mais bon... J'aime bien l'émission Cdanslair sur France 5. Je trouve le concept plutôt sympathique, les intervenants souvent intéressants, l'animateur assez pro quoiqu'il fait souvent venir les mêmes. Et ce soir, ça n'a pas loupé, on parlait des fonctionnaires, il a donc invité Jacques Marseille. David Martinon n'a qu'à bien se tenir, on lui dispute la place de porte-parole de Nicolas Sarkozy. Bref j'ai trouvé l'émission de ce soir décevante, parce que déséquilibrée, et je le fais savoir par voie de blog.

Jacques Marseille, historien et économiste. J'ai pour habitude de vanter les mérites de l'interdisciplinarité, mais là j'ai quand même l'impression que je tiens mon exception qui confirme la règle. A vouloir faire deux choses en même temps, il en réussit aucune. Et Jacques Marseille c'est de pire en pire. Vous me direz, quand y a Marseille sur le plateau, y a pas Elie Cohen. C'est vrai qu'en terme de coût d'opportunité on y gagne, mieux vaut avoir un Marseille en mauvaise forme, qu'un Cohen qui aboie à tout bout de champ sur tout ce qui est de l'autre côté du clivage droite-gauche par rapport à lui.

Enfin bon bref, il se fait tard et je m'emporte. Tachons de retrouver le fil de l'histoire. Sur le plateau on retrouvait un autre habitué, Dominique Reynié. Souvent placé à gauche de l'écran (Marseille est toujours à droite, mais bizarrement Cohen se balade en fonction de l'émission), D. Reynié n'a pas toujours été dans la défense des fonctionnaires, le sujet du jour.

Et puis il y avait deux nouveaux : le patron de L'Etudiant, "publication incontournable de la vie étudiante" dixit Y. Calvi, qui vit des marroniers nombreux dans le PUF (le Paysage Universitaire Français), mais qui est le plus souvent déconnecté des réalités des campus universitaires (L'Etudiant aime bien mettre en avant les Grandes Ecoles qui payent les espaces de pub... comment ça je sors ?) : à la fin de l'émission, il hurle que le grand chantier c'est le statut social de l'étudiant (c'est vrai, mais c'est démagogique de sa part) et qu'en plus ça couterait rien (sic).

Le deuxième nouveau était une nouvelle : 20% de femmes sur le plateau au milieu de 80% d'hommes, vive la parité. En plus elle était la caution "jeune et jolie" instrumentalisée "by herself" (total respect, s'instrumentaliser soi même, c'est toujours très fort). En effet, elle a cru bon de rappeler que, elle, elle faisait partie des jeun's, de la génération 30-40, celle qui bouge, les forces vives, tout ça, enfin celle qui a voté majoritairement N. Sarkozy aux dernières élections avec les plus de 65 ans. Un jour il faudra dire que la majorité des électeurs de N. Sarkozy, les plus de 65 ans, sont aussi ceux qui ne sont plus du tout concernés par l'avenir du système de retraite, mais on va pas déclencher une guerre inter-générationnelle, c'est pas bien. Cette jeune femme est présentée comme une responsable de l'iFRAP, Institut Français de Recherche sur les Administrations Publiques, "un organisme qui travaille sur les politiques publiques". Ca veut tout dire et rien dire. Mais bon, je me dis que ça doit être un labo de recherche en science politique, genre un concurrent du CRAPE, puisque ça sonne pareil.

En fait non. L'IFRAP, je m'en rends compte en faisant une recherche sur le net, c'est un think tank de droite, plutôt "obscur et sombre" comme dirait les inconnus, avec un site internet qui fait peur. Pour planter le décor, le fondateur de ce groupe a rédigé deux livres annoncés comme rien de moins que des "best sellers" : Les profiteurs de l'Etat, et La dictature des syndicats. Bref, des best sellers inconnus quoi. En plus ils sont proches de Liberté Chérie (droite extrême) et appelle à manifester dans toutes les manifs anti-grèves. Bravo Yves Calvi pour la présentation tout à fait impartiale des invités.

Bref, il n'y avait pas grand monde pour sauver le fonctionnaire gréviste (donc non payé, je tiens à le rappeler). Et Jacques Marseille, ma bête noire, y a été de son lot d'imprécisions, de carricatures, de manipulations des mots dont il est très friand. En vrac :
"les fonctionnaires de catégorie A se recrute à Bac+5", raté les concours sont ouverts à niveau Bac+3 sinon tous les profs auraient des Master... ça se saurait.
"il y a des fonctionnaires de catégorie D"... Lui qui veut que la France regarde vers l'avant et accepte la réforme, il semble avoir oublié que les catégores D ont été supprimées en... 1988 ! Eh oui, 20 ans, ça passe vite.
"Les fonctionnaires cotisent 7,85% de leur traitement pour leur retraite, beaucoup moins que dans le privé", mais il ne précise pas que les cheminots cotisent 36% de leurs salaires bruts, beaucoup plus que dans le privé. Mais ça, on le dit pas.
"Le progrès de l'espérance de vie est colossal, on vit 25 à 30 ans après son départ en retraite"... 60+30 = 90. Espérance de vie à 90 ans, c'est pas mal, sauf que la moyenne française plafonne à 79 ans, et que le Japon est en tête à 82. On oublie aussi souvent de dire que les ouvriers ont cotisé pendant longtemps sans en profiter : leur espérance de vie était inférieur à l'age de départ à la retraite jusque dans les années 70, les ouvriers cotisaient pour leurs patrons.
"la greve des fonctionnaires coute des centaines de millions"... mais personne ne déduit les économies que représentent les traitements non versés (les grévistes ne sont pas payés, je le répète). Avec un salaire brut moyen dans la fonction publique d'Etat à 2540€ (a titre de comparaison, 2513€ dans le privé, mais les agents de l'Etat sont sensiblement plus diplômés que les salariés du privé, donc au final les agents du public sont moins bien payés), un jour de grève représente une économie de 85€, soit près de 130 millions rapportés au nombre de gréviste.

Mais rendons à Cesar... J. Marseille ne s'est pas trompé lorsqu'il s'est agit de compter les syndicalistes en France. Ils sont 1 880 000, soit près de 9% de la population salariée. Après une baisse continue des effectifs, ces derniers semblent stagner voire progresser légèrement. Mais rien ne vaut une petite lecture personnelle de ce dossier de la DARES.

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