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mercredi 19 novembre 2008

Et j'entends siffler la Marseillaise (Hugo Frais)


Non ce n'est pas une reprise d'Hugues Aufray. La Marseillaise sera-t-elle encore sifflée au Stade de France ce soir avant le match amical France-Uruguay ? C'est la question du jour semble-t-il, et c'est en passe de devenir un nouveau marronnier médiatique, à chaque fois que les Bleus jouent à Saint-Denis on n'y échappe pas. Est-ce que la sociologie peut permettre de comprendre quelque chose à ces sifflets ? Bonne question.

En préambule, je tiens à préciser que comprendre et expliquer ne signifie pas tolérer, justifier ou cautionner. La sociologie tente d'expliquer le monde social, un point c'est tout. Des fois ça plait et souvent non, et c'est tant mieux.

"Arbitre, salaud, on crèvera ton vélo".
Au lendemain de France-Tunisie, le pouvoir exécutif s'est offusqué d'entendre la Marseillaise huée. Sans trop savoir qui huait et pourquoi, des décisions ont été prises, décisions qui risquent bien d'amplifier le phénomène plutôt que de calmer la situation. Si tant est que celle-ci a besoin d'être calmée. Après tout siffler dans un stade est un comportement tout à fait normal pour un supporter. Ici normal s'entend au sens de la norme sociale, c'est à dire du comportement majoritaire dans un groupe. Au sein du groupe des supporters, siffler les joueurs, huer, crier sur l'entraîneur, applaudir une belle action, et même insulter l'arbitre, à défaut d'être fair-play, c'est normal. Comme le rappelait le sociologue William Nuytens, spécialisé dans les comportements des supporters, dans un interview accordée au journal Le Monde, "il y a forcément une dimension récréative, de sociabilité festive. Je suis convaincu que certaines gens sifflent parce que c'est l'occasion de s'amuser, qu'il y a un jeu. Les supporters sont beaucoup dans la provocation, le jeu, "l'intox". Mais ensuite, on fait immédiatement un amalgame et l'on donne tout de suite une dimension politique à ces sifflets sans même savoir si c'est effectivement le cas".

Est-ce la Marseillaise symbole de l'équipe de France qui est sifflée, ou bien la Marseillaise symbole de la France, de la nation ?? Est-ce qu'on siffle pour des raisons sportives ("Bidule est une quiche, il devrait pas jouer", "Machin est le plus mauvais entraineur que l'équipe de France ait connue", etc) ou bien pour des raisons culturelles et politiques ? Voire même, est-ce qu'on se siffle pas plutôt la chanteuse ? Ce soir, le dispositif est clair : si la Marseillaise est huée, le volume de la sono sera augmenté pour couvrir les sifflets. Encore une bonne raison pour Roselyne Bachelot, Ministre de la Santé, de se prendre le bec avec son Secrétaire d'Etat au sport, Bernard Laporte. J'espère que les supporters de Saint-Denis ont de bons ORL.

Le rejet d'un symbole, le symptôme de l'acculturation ?
Toujours dans le journal Le Monde, le journaliste Mustapha Kessous est allé dans une classe de Seine-Saint-Denis assister à un cours d'éducation civique en collège, au lendemain du fameux France-Tunisie. Il a pu recueillir plusieurs témoignages intéressants, qui mériteraient d'être plus souvent exposés dans nos médias.

Anissa, aussi, a hué. Elle ne regrette rien. "Mais ça ne veut pas dire que je suis raciste des Français", clame-t-elle. "Je ne suis pas française, souffle Anissa. Si, de nationalité". Elle hésite, silence dans la classe. "J'en sais rien. Je ne sais pas ce que je suis. Je veux me considérer comme une Française, mais dès qu'on me traite de sale Arabe, ça me perturbe, ça me travaille." Sahra lui vient en aide. "On se sent plus français quand on est au bled, argue la jeune fille, parce que, là-bas, on nous prend pour des immigrés. Mais, ici, on est des Arabes." Anissa : "C'est vrai, on ne sait pas d'où on vient : t'es d'ici, de là-bas, nous sommes un peu de nulle part."

Toute la classe acquiesce. M. Tchicaya : "Quand vous dites "On nous traite d'Arabe, de sale nègre", qui est-ce, "on" ?" Sahra : "Les Français, les Blancs, qui se croient supérieurs." Sabrina, 16 ans, la plus ancienne, riposte. "Si, en France, on me pointe du doigt en disant que je suis arabe, où est le problème ?, débite-t-elle. Je ne veux pas choisir entre la France et mes origines, et quand on te dit "T'es une Arabe", il ne faut pas le prendre comme une agression. Tu es les deux à la fois !" Yacob : "Je respecte, mais moi j'ai choisi le Maroc." Puis, il médite : "Peut-être que ces sifflets vont créer encore plus de préjugés sur nous." "De toute façon, dit Anissa, les Français pensent que ce sont que les Arabes et les Noirs qui foutent la merde dans ce pays."


Ces témoignages (en plus de faire réfléchir le citoyen français blanc qui ne connaît pas les contrôles d'identité récurrents), sont particulièrement utiles pour comprendre ce qu'est l'acculturation. L’acculturation désigne l’ensemble des phénomènes qui résultent d’un contact continu et direct entre des groupes d’individus de cultures différentes, et qui entraîne des changements dans les modèles culturels initiaux de l’un ou des deux groupes. C’est un phénomène à la fois universel (toutes les cultures y sont confrontées, il n'existe pas de culture "pure") et permanent. L'acculturation a trois types de conséquences : l'adoption d'une nouvelle culture (assimilation), la combinaison de deux cultures (syncrétisme), ou encore la réaction (contre-acculturation). Nos petits collégiens sont de véritables cas d'école.

Bien qu'étant de nationalité française pour la plupart, ils ne se sentent pas intégrés à la société française, notamment du fait des discriminations et du racisme qu’ils subissent (« on me traite de sale arabe », « sale nègre », « préjugés », « les Français pensent que ce sont que les Arabes et les Noirs qui foutent la merde dans ce pays »).

Les élèves ont le sentiment d’être « entre deux cultures » : « on ne sait pas d'où on vient : t'es d'ici, de là-bas, nous sommes un peu de nulle part ». L’un d’eux souhaite clairement être assimilé à la culture française (« Je suis Française de nationalité, Je veux me considérer comme une Française »), mais face à la discrimination subie par les enfants français de parents immigrés, c’est une réaction qui se développe, plus qu’une adoption. La réaction peut se traduire par un retour à la culture d’origine : « Je respecte, mais moi j'ai choisi le Maroc », « je veux rester là-bas ». Sabrina, citée dans l'article, n’exprime ni une volonté d’assimilation (être uniquement considérée comme Française), ni un retour total vers sa culture d’origine qui traduirait une contre-acculturation. Au contraire elle plaide en faveur de la combinaison de ses deux cultures.

Enfin la réaction peut également prendre la forme de comportements contre-culturels, comme les sifflets lorsque l’hymne national, symbole de la France et de sa culture, est chanté. Cette contre-culture apparaît alors comme un refus actif de la culture dominante. Dans ces conditions, il semblerait que l'on prenne le problème à l'envers en menaçant de vider les stades.

Sources :
- "Le stade, c'est un des rares endroits où l'on peut encore manifester publiquement", Interview de William Nuytens, propos recueillis par Alexandre Roos, Le Monde, 15 octobre 2008

- Mustapha Kessous, « Ceux qui se sentent français, levez le doigt », Le Monde, 18 octobre 2008

Photos :
Empty chairs in Stade de France par WouteR

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mercredi 23 avril 2008

Le livre de la semaine : Le travail au noir

Le blog est réduit au silence pour cause de surcharge phénoménale de travail. Je prends quand même le temps de signaler des sorties d'ouvrage qui me paraissent particulièrement intéressant. En espérant un jour pouvoir mettre en ligne de véritables notes de lecture.

Cette semaine c'est au tour du nouveau livre de Florence Weber, Le travail au noir : une fraude parfois vitale ? L'auteur est bien connue des étudiants de sociologie pour avoir publié la bible du petit enquêteur avec Stéphane Beaud, le Guide de l'enquête de terrain. Florence Weber est anthropologue et sociologue, directrice des études au département de sciences sociales de l'Ecole Normale Supérieure.

Cet ouvrage tombe à point nommé alors que plusieurs centaines de travailleurs salariés sans-papiers ont déposé des demandes de régularisation suite à leur mouvement de grève de la semaine passée. Plusieurs voix s'élèvent à l'heure actuelle pour que cette régularisation "au cas par cas" ne se transforme pas en une loterie arbitraire comme cela avait déjà pu l'être par le passé, dans des processus plus ou moins similaires (je fais référence ici à la circulaire de 2006 portant sur la régularisation des familles dont les enfants étaient scolarisés en France. La CIMADE avait d'ailleurs publié il y a un an un rapport à ce propos, rapport que je présentais dans ce billet).

L'étude de la sociologue sur le travail au noir est plus large que la seule question des travailleurs en situations irrégulières qui, par définition, n'ont d'autre alternative que l'économie souterraine. Elle revient donc sur une pratique bien connue de ceux dont les papiers sont en règle mais qui peut prendre diverses formes tout à fait particulières.

Voici le résumé de l'éditeur :
Le maintien, voire l’augmentation du travail au noir dans les économies développées sont révélateurs des dysfonctionnements durables du marché du travail et des politiques fiscales et sociales.

Sans chercher à unifier le phénomène, Florence Weber distingue les différentes règles qu’il transgresse. Elle s’attache ensuite à deux enquêtes ethnographiques significatives, dans la Bourgogne industrielle des années 1980 et dans la région parisienne des années 2000. Épouses bénéficiant des droits sociaux de leur conjoint, femmes seules ou travailleurs sans papiers enfermés dans des carrières au noir, sans-abri faisant feu de tout bois, prestataires de l’aide sociale, professionnels ou bénévoles en quête de reconnaissance — les stratégies, parfois inévitables, parfois risquées, mises en œuvre par les individus sont très diverses, revêtant une double dimension économique et morale ; et ceux qui les observent de près sont confrontés à de véritables dilemmes.

Entre la tolérance bien informée et la réforme des politiques fiscales et sociales, la solution n’est-elle pas à chercher du côté d’une économie mondiale qui construirait des droits sociaux au lieu de s’adonner à une course au profit sans règles ?

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mercredi 9 avril 2008

A propos d'immigration

A l'occasion de la dernière crise de logorrhée de Jacques Marseille dans les colonnes du Point, je me suis demandé si j'étais le seul à trouver que Jacques dérivait de plus en plus vers les thèses frontistes. Apparemment non. Vous aussi vous arrive-t-il de penser cela ? Victimisation, techniques rhétoriques douteuses, cassage de tout ce qui ressemble de près ou de loin à un fonctionnaire et maintenant promotion de thèses bizarroïdes sur l'immigration, Jacques va mal...

Plus sérieusement. Quelques liens valent mieux que les trois paragraphes bâclés que l'on peut lire dans Le Point :

- N'en déplaise à certains l'immigration favorise la croissance, par Jean-Christophe Dumont, Telos, 10 juin 2006
- Immigration : le savoir et les luttes, Entretien avec Gérard Noiriel, La vie des idées, 8 janvier 2008
- L’immigration choisie est-elle une bonne solution ?, par Timothy Hatton, Telos, 13 mars 2008
- Comment on identifie les étrangers, par Quentin Deluermoz, La vie des idées, 11 mars 2008
- La République, l’immigration et le droit des étrangers, par Pierre-Yves Manchon, La vie des idées, 6 février 2008
- De l’immigration choisie aux régularisations choisies, par François Brun, Mouvements, 25 février 2008.

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lundi 17 mars 2008

Quelle politique européenne de l'immigration ?

LeMonde.fr relaie ce soir la sortie d'une étude européenne soulignant la sévérité de la France en matière de politique d'immigration. Il faut savoir que plus de 30000 étrangers non européens vivent dans 224 centres fermés sur tout le continent. Alors que la France s'apprête à prendre la Présidence de l'Union Européenne pour 6 mois, et que N. Sarkozy a annoncé que la question de l'immigration serait abordée lors de cette présidence, il serait bon d'ouvrir un débat constructif, qui évite le travers qui consiste à alimenter le torrent des contre-vérités.

Trop souvent l'objet de l'instrumentalisation politicienne, l'immigration est pourtant, avec le vieillissement de la population, un défi démographique pour la France et l'Europe. Le babyboom s'est déjà transformé en papyboom, et dans 25-30 ans le solde migratoire ne suffira plus à compenser l'excèdent des décès sur les naissances. En clair, l'Europe va faire face à un déclin démographique sans précédent, et les politiques migratoires envisagées à l'heure actuelle risquent d'accentuer ce déclin.

Vous l'aurez compris, la question de l'immigration ne peut se passer des éclairages de la démographie. La lecture de quelques ouvrages de démographes ne seront pas de trop pour permettre aux dirigeants politiques européens de comprendre les enjeux de demain. Citons l'ouvrage de François Héran, Le temps des immigrés, dont on peut lire l'introduction ici. Ou encore les ouvrages d'Hervé Le Bras, et plus particulièrement la première partie des 4 mystères de la population française.

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vendredi 5 octobre 2007

ADN et famille

Petite mise en perspective de deux textes de nature presque semblable : un extrait de projet de loi, et un extrait de Bulletin Officiel du Ministère de l'Education Nationale. L'un a une valeur juridique reconnue, l'autre est en passe de connaître la même issue.

Projet de loi modifié par le sénat relatif à la maîtrise de l’immigration, à l’intégration et à l’asile. Article 5 :
Le demandeur d'un visa pour un séjour de longue durée supérieure à trois mois (...) ressortissant d'un pays dans lequel l'état civil présente des carences peut (...) demander que son identification par ses empreintes génétiques soit recherchée afin d'apporter un élément de preuve d'une filiation déclarée avec la mère du demandeur de visa… Les agents diplomatiques ou consulaires saisissent sans délai le tribunal de grande instance de Nantes, pour qu'il statue, après toutes investigations utiles et un débat contradictoire, sur la nécessité de faire procéder à une telle identification (...). Ces analyses sont réalisées aux frais de l'État

B.O.hors-série n° 6 du 29 août 2002 (Programme officiel de l'enseignement de sciences économiques et sociales en classe de 2nde)

La famille : une institution en évolution : diversité des formes familiales, relations de parenté, ménage. L'étude de la famille devrait permettre aux élèves de relativiser leurs propres représentations de la famille et de comprendre son évolution. On montrera, sans développements approfondis puisque cette question sera reprise en classe de première, que la famille est une instance de socialisation. Il s'agit simplement de faire comprendre que le processus de socialisation est plus une interaction qu'une inculcation.


"Diversité des formes familiales", "relativiser les représentations"... En fin d'année de seconde, il semble évident pour les élèves que la filiation ne saurait en aucun cas être réduite au seul aspect biologique... Mais pas pour les sénateurs qui ont encore raté une occasion de montrer l'utilité du Sénat dans la Ve République... En attendant le Conseil Constitutionnel.

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lundi 11 juin 2007

Petite pause... mais liste de lectures et consigne de vote

Je fais une pause, pour cause d'occupation importante cette semaine, et ne reviendrai que lundi prochain. Donc pas de notes d'ici là. Mais il y avait pourtant quelques sujets qui me tenaient à coeur, et dont j'aurai voulu traiter ici. Faute de temps, voici quelques liens. En quelque sorte ce sont mes "à ne pas rater" de ces derniers jours :


Par ce dernier lien je suis on ne peut plus explicite. Jamais je n'aurai cru pouvoir signer un texte coécrit par Jean-Marie Bockel, représentant de l'aile social-libérale du PS. Mais les choses ont changé, la France a changé, Nicolas Sarkozy a changé... non, ça c'est pour rire.

Il n'est plus l'heure de faire de sectarisme, de sombrer dans la guerre des courants. Il faut endiguer la vague. Je n'accepte pas le discours de certains qui consistent à dire que, parce que les urnes ont parlé (ou vont parler dimanche, mais maintenant on a le résultat à l'avance, les instituts de sondage ne se trompent plus), on ne peut contester le fait qu'avec 53% des voix à la Présidentielle, on retrouve un mois plus tard 80% de députés UMP à l'Assemblée Nationale. Je comprends la cohérence du système, la cohérence de la constitution qui veut que, dans un régime présidentiel, le Président puisse disposer d'une majorité pour appliquer son programme. Mais dans le cas actuel, la majorité devient outrance, presque inutile. Le tout renforcé par le "poison de l'inversement du calendrier" comme dit mon ami Michaël.

Surtout, la situation ne serait pas révoltante si les contre-pouvoirs pouvaient jouer leurs rôles. Mais nous sommes dans une situation où tous les pouvoirs sont concentrés entre les mains de quelques uns... le neveu, l'ami, le parrain, le témoin : ils possèdent le tout Paris médiatique, ils sont les "entrepreneurs de morale" comme dit Howard Becker dans Outsiders. Depuis TF1 jusqu'à LCI en passant par France Télévision, la presse Lagardère, Dassault et Bolloré. Puissance médiatique, financière, politique... puissance totale.

Oui, le temps des idées viendra, le temps de la réactualisation du logiciel de la gauche (appuyez sur F5 sur votre clavier pour voir le nouveau parti socialiste ;-). Mais aujourd'hui, à 6 jours du deuxième tour des élections législatives, nous sommes dans l'urgence.

Le 17 juin, votez et faites voter pour le candidat de l'opposition dans votre circonscription.

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vendredi 13 avril 2007

De la loterie à la tromperie


La semaine dernière la Cimade a rendu public un rapport : De la loterie à la tromperie. Il s'agit d'une enquête sur les conditions d'application de la circulaire du 13 juin 2006, signée par N. Sarkozy, relative à la régularisation des familles étrangères d'enfants scolarisés. Avant son application, l'annonce de cette circulaire avait redonné espoir à des milliers de familles. De nombreux collectifs RESF se sont constitués un peu partout en France, les associations se sont mises au travail pour épauler les familles dans leurs démarches administratives. Oui mais voilà, c'était sans compter sur le parcours d'obstacle administratif, le médiateur pompier-pyromane Arno Klarsfeld, les critères appliqués de façon arbitraire, dans un manque de transparence manifeste. En 50 pages, ce rapport retrace de manière simple, dépassionnée, efficace et insoupçonnable, le quotidien de familles étrangères humiliées par l'injustice. Il était censé interpeller les candidats à la présidentielle, mais force est de constater que le sujet n'émerge guère dans le débat.

Et pourtant, nous avons besoins d'eux.
François Héran, à la tête de l'Institut National des Etudes Demographiques (INED) depuis 1999, tente régulièrement de faire tomber les préjugés sur l'immigration. En 2004 il avait signé un numéro de Population et société (le bulletin mensuel de l'INED) dans lequel il revenait sur 5 idées reçues sur l'immigration.
  1. La France n'est pas un pays d'immigration massive.
  2. Le taux de fécondité n'est pas massivement dû aux familles immigrées.
  3. L'immigration irrégulière n'est pas innombrable.
  4. La statistique publique n'est pas impuissante pour comptabiliser les immigrés.
  5. Accueillir l'immigration ne signifie pas accueillir la misère du monde.
Il vient de publier dernièrement Le temps des immigrés à la République des idées. Toutes les projections démographiques montrent que l'immigration va devenir à la fois le principal facteur de croissance de la population, mais aussi une solution pour pallier les nombreux départs à la retraite des papy-boomers. Selon les projections de l'INSEE, alors qu'en 2005 la France comptait 2.2 actifs pour un inactif, il n'y aurait plus que 1.4 actif pour 1 inactif en 2050. Et ce vieillissement de la population n'est pas tant dû à un taux de fécondité faible - certes les enfants du baby-boom n'ont pas suivi l'exemple de leurs parents - puisque celui-ci a presque atteint le taux de renouvellement des générations (2.1 enfants/femme) avec 1.94 enfant/femme (champion d'Europe !). Non le vieillissement de la population française est plutôt la conséquence de l'allongement de l'espérance de vie : c'est frappé au coin du bon sens, mais ça va mieux en le disant. En clair, il ne suffirait pas d'un nouveau baby-boom pour régler notre problème.

Dominique Reynié, polititologue au CEVIPOF, rappelait très justement ces derniers jours sur le plateau de C dans l'air qu'il y avait un choix politique à faire entre l'augmentation de l'âge à la retraite ou l'accueil massif d'une population immigrée pour faire face à la diminution de la population active française dans les 40 années à venir. Ce choix est un véritable choix de société, qui fait clivage entre la gauche et la droite dans ce pays. A chacun de choisir son camp.

Update : Daniel Schneidermann parle du rappot de la CIMADE sur le BigBangBlog ici et encore ici.

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