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mercredi 11 juin 2008

L'empire Microsoft contre-attaque

Le déploiement du logiciel libre dans les établissements d'enseignement fait peur au géant du logiciel Microsoft. Ce dernier se lance dans une contre offensive importante en ouvrant un site internet (http://www.officepourlesenseignants.fr/) et surtout en proposant pour les enseignants la suite Office 2007 dans sa version professionnelle en téléchargement gratuit. Office 2007 gratuit, vous avez bien lu. Je sens qu'on va encore traiter les profs de privilégiés...

Il faut dire que les logiciels Open Source sont de plus en plus prisés par l'ensemble des administrations publiques. De la gendarmerie à la DGA en passant par l'Assemblée Nationale et bon nombre de collectivités territoriales, de plus en plus de postes sont équipés de la suite Open Office, voire même des systèmes d'exploitation libres comme Ubuntu.

Les logiciels libres ne se contentent plus d'investir les infrastructures réseaux (serveurs, etc.) mais équipent de plus en plus de postes de travail (poste client). La stratégie de Microsoft consiste donc à tenter de conserver des relais importants dans la diffusion de leurs produits. Les enseignants, qui font de plus en plus travailler leurs élèves sur postes informatiques, jouent un vrai rôle de prescripteurs. On peut penser que des élèves qui auront travaillé sur des postes équipés de la suite bureautique de Microsoft seront moins enclins à utiliser des logiciels libres par la suite que s'ils avaient déjà utilisé Open Office pendant leur scolarité. On retrouve là un phénomène de barrière à l'entrée du marché. Mais celle-ci semble inexorablement se transformer en un château de sable, la marée montante du logiciel libre faisant son œuvre.

Le plus intéressant dans tout cela est peut-être le discours officiel tenu par le géant Microsoft. Son argumentation est basée sur la pure philanthropie. E. Le Marois, directeur Education et Recherche de MS France : "nous voulons aider au développement des usages, à l'heure de la généralisation du b2i" (Brevet Informatique et Internet, que tous les collégiens doivent avoir pour passer le diplôme national du brevet, ex-brevet des collèges. Bientôt les lycéens devront passer le B2i-lycée en même temps que leur bac).

Point de stratégie marketing, nulle question de parts de marché dans la bouche des porte-paroles français de Microsoft. Juste envie de rendre service... Que Microsoft se défende, on ne peut pas le reprocher, mais le faire en se cachant frise l'hypocrisie.

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mardi 27 mai 2008

La stratégie du TBI


Derrière le sigle TBI se cache le Tableau Blanc Interactif. De quoi s'agit il ? Imaginez un ordinateur relié à un vidéoprojecteur classique (jusqu'ici tout va bien) projetant l'image du bureau sur un écran blanc un peu particulier. Cet écran contient une grille qui va permettre de repérer les mouvements d'un stylet spécial lorsqu'on approche celui-ci du tableau. Le stylet permet entre autre de guider le pointeur de la souris. En gros, votre écran d'ordinateur est sur le tableau, et vous travaillez avec un stylet à la place de votre souris.

C'est magique, ça écrit, ça ouvre des logiciels, ça permet de ne plus être scotché à son écran, et de faire travailler les élèves sur des supports plus pratiques et maniables que la feuille de papier photocopiée. Le grand écran a les vertus du tableau classique pour le travail collectif, l'interactivité en plus. Comme toute innovation dans le domaine de l'enseignement, le TBI est un moyen et pas une fin en soi. Il n'en reste pas moins que ce type de tableau risque de devenir, de par les fonctionnalités qu'il offre, l'outil incontournable des salles de classes dans les 5-10 ans à venir.

En ce moment c'est la guerre entre les firmes qui produisent ce genre de matériel très spécifique (et encore particulièrement onéreux, plus de 1000€ l'unité au bas mot). De deux choses l'une : j'imagine que la production de ce genre de matériel doit demander une échelle de production relativement grande pour que le modèle économique de l'entreprise devienne rentable ; une fois la rentabilité assurée, le marché du TBI est potentiellement gigantesque à travers le monde. Ne serait-ce qu'en France, on compte 68000 établissements scolaires (avec parfois plusieurs dizaines de salles de classe). Et si on ajoute à cela les applications extra-scolaires, on ne compte plus les salles de réunions d'entreprise qui pourraient bénéficier de ce genre d'équipement. D'ailleurs au départ le TBI était plutôt voué au monde du travail qu'à celui de l'éducation.

La stratégie des producteurs doit donc consister à gagner le plus rapidement possible la majorité des parts de marché. Comme bien des marchés liés aux nouvelles technologies, seule la position de quasimonopole est rentable : lorsqu'un utilisateur s'attache à une version (d'un logiciel, d'un système d'exploitation, d'un périphérique), il est difficile de lui faire changer ses habitudes. Les barrières à l'entrée du marché sont donc très importantes : on pense bien sûr au modèle du genre, le marché des systèmes d'exploitations, complètement verrouillé par Microsoft sur PC jusqu'à l'arrivée des plateformes libres. On comprend alors que les marchés publics représentent une manne importante pour les constructeurs de TBI. Un contrat avec un rectorat et hop, des dizaines d'établissements équipés. Pour l'instant, Promethean et Hitachi sont les deux marques les plus diffusées. En France, au dernier trimestre, un TBI vendu sur deux était de marque Hitachi. Le japonais a d'ailleurs dépassé Prométhean. La concurrence fait rage, et la concurrence tue la concurrence : si la marque Smart progresse encore au niveau mondial, eBeam et Mimio voient leurs résultats en baisse.

C'était sans compter sur l'offensive de InterwriteLearning qui vient de signer une convention de coopération avec les IUFM (Instituts universitaires de formation des maîtres): 31 TBI offerts, un pour chaque IUFM. Ca c'est stratégique ! Les IUFM, en tant que centre de formation initiale et continue des enseignants, voient passer des générations entières de nouveaux profs, souvent plus à l'aise avec les technologies de l'information et de la communication appliquées à l'enseignement que leurs prédécesseurs (même si toutes les générations d'enseignants s'y mettent progressivement). S'il y avait une cible à viser, c'était bien celle-là. Maintenant il faut relativiser l'impact de la stratégie de Interwrite. Bon nombre d'IUFM sont déjà équipés en TBI. De plus chaque IUFM est "explosé" sur plusieurs sites (par exemple l'IUFM de Poitou-Charentes est divisé en quater sites : Poitiers, Niort, La Rochelle, Angoulême). Il n'en reste pas moins que le geste est fort, alors que le secteur de l'éducation représente près de 80% du marché des TBI. Ma main à couper que la structure du marché des TBI dans 5 ans aura plus la forme d'un oligopole (voire d'un duopole) que d'un marché de concurrence atomistique, avec des barrières à l'entrée qui empêcheront les entrants potentiels.

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